Une année chez les français ; Fouad Laroui (2010)

Publié le par Marion L.

Une année chez les français ; Fouad Laroui (2010)

Une année chez les français

     Medhi est un jeune marocain de 10 ans. Il ne parle que le français, pas un seul mot de marocain. Pourtant rares sont les français qui vivent autour de lui : son instituteur seulement. Medhi ne se sent ni réellement français, ni réellement marocain. Il baigne dans deux cultures différentes et va apprendre à les connaître.

     Grâce à ses excellents résultats scolaires il est envoyé au lycée Lyautey de Casablanca, lycée français. Il ne sait pas encore ce qui l’attend mais le prestige de cette école l’effraie et l’attire tout à la fois. Il est persuadé d’être un membre de l’équipage d’Apollo parti découvrir une planète, celle des Français. Il ne sait pas grand-chose d’eux : ils vivent dans le luxe, adorent les choses immangeables, parlent sans pudeur… Il a une année pour faire sa propre expérience et développer sa propre opinion sur le sujet. Des personnages tout aussi loufoques les uns que les autres vont illustrer cet apprentissage de l’autre.

 

     Il s’agit là avant tout de l’histoire d’un choc entre deux cultures. Medhi est marocain, mais un peu français aussi. Il n’est ni l’un, ni l’autre, mais les deux à la fois. Il est à part et neutre pour observer ces deux peuplades. Il les compare, les décrit, en dépeint les défauts et les qualités de chacune. Pas de préférence.

     Tout ceci est une grande aventure pour lui. Il est loin de sa ville, Atlas, et de sa famille. Et l’intégration est très difficile. Sa non appartenance ne lui facilite pas la tâche. Pour les français il est marocain et Medhi doit tout faire pour se faire comprendre et leur expliquer que non, il tient bien plus d’eux. Et pour les marocains il est marocain par sa naissance mais français par son éducation. Et là aussi il y a une différence de compréhension et de langage qui oblige Medhi à devoir analyser et s’adapter au côté de la famille qu’il ne connaît pas. L’intégration se fait aussi bien d’un côté que de l’autre.

 

Voici ce qui en ressort des Français : Ils sont soit gentils, soit volontairement méchants. Que ce soit Morel, Madin, Lombard ou Dumont. Intolérants pour certains, on se moque de lui, on le rabaisse, car il n’est pas français. Dès qu’un surveillant est « gentil » il est également fou. Il parle de choses étranges et farfelues que Medhi n’arrive pas à comprendre. Nous-mêmes nous ne rentrons pas dans les délires du personnage. Excentrique, en forme, il parle sans interruption, et souvent pour ne rien dire. Il fait des citations, donne des références. Mais Medhi n’a pas les codes pour décrypter tout cela, il ne les connaît pas. Et cela renforce la barrière qu’il y a entre lui et les autres.

     Mais cette incompréhension est mutuelle. Medhi a ses propres sources, sa propre manière de parler. Il a vécu, appris, et grandi avec les livres. C’est à travers eux qu’il connaît la France et sa population. Il découvre au fil du livre qu’il se trompe.

Cette incompréhension n’est pas seulement verbale, et se retrouve aussi dans la mauvaise interprétation de la réaction de l’autre. Voici un exemple pour illustrer ceci. Medhi reste parfois silencieux, ce que les autres prennent pour du retard intellectuel. Ils pensent que Medhi ne comprend pas. Pourtant si. Et nous, en tant que lecteurs, nous le savons. Mais pas les autres personnages. Et de l’autre côté, lui-même ne comprend pas la réaction brutale de la mère de Denis Berger, l’un de ses amis. Elle se montre d’abord violente avec lui lorsqu’elle le voit vêtu d’un pyjama qu’il croyait quelconque. Puis elle le materne et semble l’aimer, du jour au lendemain. Et parfois repart dans une crise de colère. Il ne sait pas pourquoi. Le frère de Denis est décédé et le pyjama lui appartenait. Medhi le sait, mais cela ne l’empêche pas d’être étonné. Et la réponse à tout ceci est le silence. Il préfère se taire.

     Dire qu’il s’agit d’une découverte des français n’est pas tout à fait vrai, il faudrait dire des françaises à certain moment. Ce sont les femmes qui l’intriguent le plus et qui le fascinent. Il y a la mère de Denis Berger, une femme magnifique et froide. Elle met un temps à l’accepter. Mais aussi Sabine Armand, le professeur de Théâtre, belle aussi. Elle l’aime bien, il est doué pour le théâtre. Et Cathy Kirchkoff, belle et blonde. Il veut l’épouser plus tard et lui faire des enfants. Elle est la seule qui lui rappelle un des personnages de ses livres. Il n’est pas amoureux, non, il veut juste que ce soit elle sa future femme.

 

 

Et voici sa vision des Marocains : Ils sont tous très expressifs, surtout en comparaison des Français, mais beaucoup plus accueillants. Medhi assiste par exemple à un mariage. Il se termine mal puisqu’une bagarre éclate entre les deux familles. Ils prennent cela très à cœur. Medhi, quant à lui, les trouve trop excentriques. Surtout que les femmes se mettent à hurler et à pleurer. Et l’un des invités désire se suicider. Dans leur manière de parler, d’appréhender les situations et d’y réagir, tout chez eux le rend perplexe. Ils sont comme des acteurs qui sur-jouent leur rôle.

     Pourtant il préfère de loin leur accueil. Chaleureux, il les adopte tout de suite. Il ne parle pas leur langue, mais peu importe.

Voici deux grosses différences : la compréhension se fait par la parole et l’incompréhension par les réactions avec les Français, et l’inverse avec les Marocains. Il adore être accueilli par l’une de ses tantes. Il les choisit à la famille Berger.

     Il parle bien plus des français, ceux avec lesquels il a le plus de contact.

     Il y a une scène qui m’a marquée et me semble être la représentation de tout ceci. La famille Berger et Medhi se promènent près de l’eau. Alors que madame lui manifeste une hostilité visible, le père reste poli et semble l’accepter. Il s’avère qu’en vrai l’inverse se fera. L’acceptation du père n’est pas feinte, elle est respectueuse et poli. Ceci se voit dans le fait où le père tient la main de son fils, Denis, mais refuse de faire de même avec Medhi de l’autre côté. Le garçon tente de se saisir de cette main qui pend. Elle ne veut pas se laisser faire. Medhi évoque la main sans parler du reste du corps. Non, c’est cette main là qui l’attire, à quelques centimètres et pourtant inaccessible. Il n’y a pas d’acceptation intime. Le père veut bien l’accueillir, le nourrir, lui témoigner un peu d’affection, mais les choses s’arrêtent là.

     Voilà ce que la plupart des Français lui réservent. Il ne fait pas réellement parti des leurs. Contrairement aux Marocains. Le physique et la naissance joueraient-ils un rôle capital dans toute cette histoire ? Je le pense.

 

    J’ai beaucoup aimé cette histoire. On s’attache très vite au personnage. Le plus drôle est de jouer le jeu. Nous ne faisons nous-mêmes pas parti d’un peuple. Et nous découvrons les personnages à travers ses yeux. Nous les analysons comme lui. Pourtant au fond, étant Français, on regarde également ce récit sous ce regard là. Personnellement je ne nous trouve pas aussi « cinglés ». Nous sommes critiques sur nous-mêmes et les Français qui abordent ce petit garçon. C’est un exercice très intéressant.

     J’avoue que j’adore toutes ces histoires où les étrangers donnent leur avis sur les Français. La plupart du temps j’ai découvert l’opinion d’auteur anglais, et pour une fois les choses changeaient. C’est toujours captivant de savoir ce que l’on pense de nous. Les stéréotypes sur nous sont connus : sales, dragueurs, élégants, mangeurs d’escargots ou de grenouilles, froids… et j’en passe.

     Je vous laisse découvrir ce livre et j’espère que vous l’apprécierez autant que moi.

 

Marion L. (Source image : librairie Decitre)

Commenter cet article