Singe savant tabassé par deux clowns; Châteaureynaud

Publié le par blondes-and-litteraires.over-blog.com

Singe savant tabassé par deux clowns; Châteaureynaud

Une recueil de nouvelles.

     Le style de l’auteur est limpide et clair, quoique ses histoires soient sombres, absurdes, parfois violentes… Il mélange à la fois des éléments fantastiques (des personnes immortelles, des animaux à tête de bébés, une rue qui n’apparaît que quand on sait où la chercher, des fantômes…) avec des éléments réels.

    L’auteur nous montre tout ce dont l’homme est capable et rend tout cela presque naturel et banal. C’est peut-être une manière de critiquer le fait que nous devenons de plus en plus indifférents à des choses horribles qui se déroulent tout autour de nous (même s’il les accentue dans ses histoires.) On retrouve ainsi le thème de l’argent dans « Tigres adultes et petits chiens » où un médecin « escroquent » ses patients, se servant de sa femme pour séduire ceux qui ne sont plus « rentables » (pour qu’ils se suicident par la suite.)

     Enfin, l’auteur fait preuve d’un certain humour noir, jouant avec le nom de ses personnages ou des mots. Par exemple, dans « la sensationnelle attraction » il prend une expression souvent utilisée au figuré : « Je te donne mon cœur » et l'utilise au sens propre : un jeune homme s’arrache le cœur pour l’offrir à la personne aimée.

 

« Singe savant tabassé par deux clowns »
     Cette nouvelle raconte l’histoire d’un jeune homme qui travaille dans une station essence, vide. Un jour, M.Gorbius s’y arrête et décide de l’engager. Bénigno, le jeune homme, découvre alors un cirque fantasque et une ravissante jeune demoiselle, Angélina Farewell, qu’il « convoite ». Il se prend d’amitié pour un vieux monsieur, M.Laviolette, qui possède un perroquet, Ego, et un chimpanzé, Bourbaki.
    Les personnages ont chacun leur histoire et leur étrangeté. La dompteuse : Fauvina Bestia, est accusée d’avoir une relation intime avec ses animaux, ce qu’elle réfute. Les frères scélérats, des triplets acrobates contorsionnistes persécutent sexuellement la petite Angélina Farewell qui rêve d’une famille nombreuse et d’un mari aimant. Enfin, le chimpanzé Bourbaki abuse du perroquet, heureux quand son persécuteur se fait battre par les clowns, cruels (clin d’œil de l’auteur ? Sûrement.)
Dans cette histoire, les noms des personnages me semblent importants et contribuent à l’humour noir de l’auteur, comme s’il nous laissait des indices ou jouait avec nous.

 

  • « Madame Occlo » ressemble étrangement à « mama Occlo », une fille d’un dieu Inca envoyée sur Terre avec son mari-frère pour apprendre aux hommes à être civilisés. De plus, cette femme est toujours accompagnée de Monsieur Amadeus Gorbius (son mari ), et c’est ensemble qu’ils proposent des inventions étranges comme dans « la sensationnelle attraction » (ils proposent aux gens de pouvoir choisir l’heure de leur mort.) Ils ne sont donc pas un bon exemple de civilité pour les êtres humains ( )
  • La dompteuse de fauves se nomme « Fauvina Bestia. »
  • Les frères s’appellent « scélérats » et quand on sait ce qu’ils font à Angélina, on comprend mieux leur nom.
  • Angélina Farewell a un nom de famille qui signifie « adieu » en anglais...
  • Le perroquet se nomme « Ego » ce qui ne semble pas bénin, surtout quand on pense à sa réaction lorsque le chimpanzé est frappé par les deux clowns.
  • Le singe porte le nom de « Bourbaki » ; or, Bourbaki est un mathématicien imaginaire, inventé par un groupe de savants français. Le singe dans cette histoire paraît savant car il sait compter. Je pense donc que ce lien entre les deux personnages n’est pas anodin. Mais un savant comparé à un singe ?


Avis personnelle : ma nouvelle préférée.
« Les sœurs Ténèbre » : Le héros est producteur de cinéma et ce titre fait référence aux frères Lumière.
     C’est l’histoire d’un homme qui a absolument tout perdu : ses parents (décédés), sa femme (elle le quitte), son job (viré.) Puis il casse sa clé dans la serrure. En sortant de chez lui pour résoudre le problème de clé, il percute une jeune fille du nom de Clotho. Ravissante et jeune, elle le ramène chez lui pour le soigner et lui faire boire du thé. Ils ont des relations et l’homme oublie presque sa clé.
     Clotho lui annonce que sa sœur fait une fête et qu’ils doivent y aller. Il ne veut pas, mais c’est comme si quelque chose de plus fort que lui le poussait à y aller (le destin ? Autre chose ?) Il fait donc la connaissance de Lachésis, la grande sœur de Clotho. Aveugle, elle ne s’en cache pas et ses yeux effraient légèrement le héros. Là aussi elle lui propose quelque chose à boire et l’homme perd quelque peu ses repères et ensuite la mémoire. Il ne sait pas ce qui lui arrive (tout comme ce qui arrive aux héros dans les tragédies grecques ?)
      Ensuite, on lui annonce que l’aînée fait elle aussi une fête et qu’ils doivent encore y aller. Encore une fois, le héros est emporté malgré lui et les choses deviennent de plus en plus effrayantes : le chauffeur de l’hélicoptère est malade et conduit mal, la troisième sœur est jolie mais son manque d’hygiène effraie le héros…
     Elle aussi fait des avances mais le héros préfère s’enfuir. Les autres sœurs appellent leur aînée « l’inflexible », mais on ne sait pas comment elle s’appelle, et ce, jusqu’à la fin de l’histoire.
     Dans cette histoire, l’auteur semble jouer avec nous et nous donne cet indice (pour ceux qui n’avaient pas encore compris le nom des sœurs) :
     « Elle dénoua la ceinture de sa robe noire et en écarta les pans, dévoilant un corps splendide et livide. Suspendus à une chaînette accrochée à sa taille, de petits ciseaux oscillaient entre l’œil d’ombre de son nombril et sa toison de jais » (page 191)
     Le héros prend peur, et cette fois agit par lui-même. Il voit un vieil homme qui possède une barque (l’Achéron ? Surtout en sachant que le fleuve ne peut être traversé qu’une seule fois. Mais patience, je vais en parler) et veut l’utiliser. En échange, le vieil homme ne veut pas de chèques ni d’argent. Par contre, élément absurde qui devrait nous interpeller, il veut bien du bout de clé cassée. Autre élément parlant : le héros, Ringo, dit au vieil homme qu’il veut être à Paris ce soir, ce dernier semble ébahi et l’auteur écrit : « Le vieux avait écarquillé les yeux, comme à l’énoncé d’un projet chimérique », comme s’il était impossible de sortir de cet endroit. Et cela se vérifie un peu plus loin quand ils atteignent le milieu du fleuve. Comme un effet de miroir, Ringo voit exactement la même chose sur les deux rives et l’hélicoptère qui arrive se sépare en deux pour atterrir au même endroit, sur les deux côtés. Ringo est piégé et ne peut s’enfuir. Un peu avant, d’ailleurs, il pêche Roxanne, sa femme, qui le supplie de la laisser. Un corps qui suit le courant ? Cela peut nous faire penser aux fleuves qui abritaient l’âme des défunts dans les enfers des Grecs.
     Ringo est obligé de retourner auprès des trois sœurs et enfin, nous connaissons celui de l’aînée : Atropos. Ce prénom, d’ailleurs, est le dernier mot de cette histoire, comme s’il annonçait une certaine fin.
     Les Parques ? » Eh bien oui, c’étaient elles : Clotho, la plus jeune des trois sœurs dans la mythologie grecque, tient le fil de la destinée humaine ; Lachésis met le fil sur le fuseau ; et Atropos, la plus âgée, coupe ce fil. Le fait qu’il soit passé par les trois sœurs, et dans cet ordre-là n’est pas anodin.

 

M.L.

(Source image: librairie Decitre.)

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I
<br /> moi aussi j'ai aimé ce livre et spécialement "les soeurs ténèbres"... et la plume de l'auteur est une merveille. question: dans "les soeurs ténèbres" si j'ai bien compris ça veut dire que Ringo est<br /> mort c'est ça? ou bien juste perdu entre la vie et la mort?<br /> en tout cas très beau article!!<br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Merci beaucoup pour ton commentaire, cela fait toujours plaisir d'avoir des commentaires sur ce que l'on fait. Je pense que Ringo est mort. Je ne sais pas quand exactement, si c'est quand il<br /> fonce dans Clotho ou après (car c'est la dernière des filles qui doit couper le fil de la vie.) Mais s'il passe par les trois Parques, c'est qu'il y a de grandes chances qu'il ne soit plus en<br /> vie. Après, c'est une analyse personnelle, chacun peut penser ce qu'il veut.<br /> <br /> <br /> Sa manière de parler des choses, de se moquer, de laisser des indices un peu partout c'était franchement plaisant. Pour "les soeurs ténèbres" je me suis amusée à tenter de trouver les<br /> sous-entendus. Contente de ne pas être la seule.<br /> <br /> <br /> <br />