La reine Margot ; Alexandre Dumas

Publié le par ML

La reine Margot ; Alexandre Dumas

Alexandre Dumas est sans doute l’auteur classique le plus agréable à lire et le mieux à même pour les jeunes lecteurs qui veulent tenter de se lancer dans des lectures plus « scolaires » dirons nous.

     Ce qui caractérise Dumas et le différencie des autres sont les dialogues. Chez les autres « classiques » comme Victor Hugo, Honorée de Balzac… – pour ne citer que des auteurs qui lui sont contemporains – nous trouvons de gros pavés de textes, que ce soit des descriptions ou une narration tout simplement et très peu de dialogues, au contraire de Dumas. En effet, Alexandre Dumas utilise beaucoup les dialogues, ce qui rend son texte plus vivant.

     Tout est fantastique dans ce roman qui se dévore et qui se lit avec un réel plaisir non feint. Même en ne lisant qu’une heure ou deux, en moins d’une semaine, les 696 pages (dans la version que j’ai lue) sont avalées.

     Le style de l’auteur est une petite merveille. Quand on lit, à part quelques petites tournures, nous pouvons croire qu’il s’agit d’un de nos contemporains. Mais par ces petites phrases et le français excellemment bien écrit de l’auteur on se rend compte qu’il s’agit là d’un grand auteur. Alexandre Dumas mérite bien tout ce qu’on dit de lui. Il est rare, voire impossible, de trouver actuellement un écrivain qui a sa plume et qui peut écrire, avec des mots simples, une langue aussi « parfaite ». Vous m’aurez comprise, c’est un pur délice.

     La trame de l’histoire est tout bonnement merveilleuse. Peut-être est-ce le fait que l’histoire se déroule au temps de la reine Marguerite de Navarre, fille de Catherine de Médicis la Florentine et d’Henri II de la dynastie des Valois, et femme d’Henri de Navarre, futur Henri IV de la dynastie des Bourbons.

 

     L’histoire débute le 18 août 1572 avec le mariage de Marguerite, surnommée Margot, et d'Henri. Elle se termine en 1574 un peu après la mort de Charles IX, frère de Margot, et de l’arrivée sur le trône de France de Henri III, second fils de Catherine et frère du défunt Charles IX. Le cadre est simple :

La date : 1572 (rappelez-vous cette date : 24 août 1572, cela ne vous dit rien ?) est l’année du massacre des protestants pendant la Saint-Barthélemy. Le mariage de Henri et de Marguerite n’était rien d’autres (pour beaucoup) qu’une ruse pour que les huguenots soient sur Paris ;

Le lieu : Paris, le Louvres (même si des fois l’histoire se passe en ville dans des auberges ou à la prison de Vincennes quand Henri est fait prisonnier.) Beaucoup de gens se trompent, Versailles n’a pas toujours été le lieu où vivaient les rois. C’est Louis XIV qui a transformé le pavillon de chasse de son défunt père, Louis XIII, en somptueux palais. Avant, Versailles n’était rien, ou presque, simple pavillon de chasse perdu loin de Paris dans des marécages nauséabonds et infectés de moustiques. Avant ce roi (petit-fils d’Henri IV, puisque nous parlons de lui) la famille royale vivait au Louvres, actuel musée (fantastique d’ailleurs ce musée, pour ceux qui ne l’ont jamais visité, c’est une chose à faire. Mais je ne suis pas là pour vous faire la publicité du Louvres ^^) ;

Les protagonistes : Les personnages ont chacun leur histoire et même leur manière de parler. Pour bien mettre cela en avant, Dumas leur attribue à chacun une expression qu’ils sont seuls (ou presque, je vous dirais pourquoi après) à utiliser. Et quand une autre personne le fait, Dumas semble se sentir obligé de rajouter quelque chose pour qu’on comprenne bien que cette expression n’est pas celle de ce personnage là, peut-être une chose qu’on pourrait lui reprocher. Je vais être plus claire en donnant des exemples : Henri de Navarre dit souvent « ventre-saint-gris ! », alors que le Duc Annibal de Coconnas s’exclame toujours avec un « mordi ! » Sa maîtresse, Madame de Nevers, comme elle passe beaucoup de temps à ses côtés, prend ce tic du langage et l’utilise à son tour (mais Dumas est là pour nous préciser qu’elle vole cette expression à Coconnas.) Chez les autres tout cela est beaucoup moins perceptible et je ne veux pas vous assommer avec un article encore beaucoup trop long.

Catherine de Médicis : la reine mère qui complote toujours, monte des plans pour tuer, se venger ou pour n’importe quel motif, haineuse – elle déteste Henri – elle empoissonne… bref c’est le genre de femme qui ne se fatigue jamais et avec qui on ne peut s’ennuyer. Elle est quand même vue comme une vraie petite sorcière, mère qui n’aime qu’un seul de ses enfants : le duc d’Anjou, futur Henri III.

Marguerite de Valois, devenue Marguerite de Navarre : femme fidèle à son mari (en politique, non en amour), qui aime l’amour, fille de France, manigance pour voir son amant (le duc de la Mole, un huguenot qui s’est fait catholique après la Saint-Barthélemy) et sauve  bien souvent son époux.

Henri de Navarre : roi sans couronne, un personnage qui sait immensément bien cacher son jeu et qui aime lui aussi l’amour (rappelons-nous que l’Histoire le surnomme « le ver galant ».) Dumas nous donne l’impression, du moins au début, de ne pas vraiment apprécier Henri. Au premier abord, Henri est vu comme un homme simple, un peu couard, qui se contente de femme… je ne sais comment expliquer car j’ai pensé à cela au fil de la lecture, mais seules les sensations de la fin me sont restées et à la fin on ne le voit pas comme au début.

Charles IX : le roi de France, mais on ne sait pas vraiment ce qu’il veut. Au début il se moque qu’Henri soit tué avant de l’aimer sincèrement et d’aller jusqu’à le faire régent (mais il ne pourra pas à cause d’une autre manigance de Catherine.) On le prend pour fou, mais on se rend compte que c’est un homme comme les autres qui désire être aimé et à qui la couronne pèse lourd sur la tête. On se prend même d’affection pour lui.

     Les autres sont tout aussi intéressants, comme René, le parfumeur et empoisonneur, au passage, de la reine mère.

 

     Ce qui est sensationnel dans cette histoire ce sont toutes ces petites intrigues de Cour que Dumas retranscrit à merveille. Ton meilleur ami peut devenir ton pire ennemi quand le besoin s’en fait sentir. On se trahit mutuellement, on complote, on veut entrer dans les bonnes grâces de l’un ou de l’autre, on veut se venger d’untel…

     Ce qui est fabuleux et ce qui m’a le plus plu ce sont les phrases qui disent une chose mais qui sous-entendent autre chose. Prenons un seul exemple : la reine demande à Maurevel, un tueur, d’arrêter Henri. Mais elle lui fait comprendre qu’elle est persuadée qu’Henri va se défendre et que donc il est logique que Maurevel riposte à cette attaque, qu’on ne saurait l’en blâmer. Et donc qu’en se défendant, il est possible que Maurevel tue le roi de Navarre. Je vais vous mettre ce passage (la première réplique est de Maurevel, la deuxième de Catherine) :

« Mais dans le cas où il résisterait, que faut-il faire ?

-Que faites-vous quand vous êtes chargés d’un ordre du roi, c’est-à-dire quand vous représentez le roi, et qu’on vous résiste, monsieur de Maurevel ?

-Mais, madame, dit le sbire, quand je suis honoré d’un pareil ordre, et que cet ordre concerne un simple gentilhomme, je le tue.

-Je vous ai dit, monsieur, reprit Catherine, et je ne croyais pas qu’il y eût assez longtemps pour que vous l’eussiez déjà oublié, que le roi de France ne reconnaissait aucune qualité dans son royaume ; c’est vous dire que le roi de France seul est roi, et qu’auprès de lui les plus grands sont de simples gentilshommes. »

Maurevel pâlit, car il commençait à comprendre.

« Oh ! oh ! dit-il, tuer le roi de Navarre ?...

-Mais qui vous parle donc de le tuer ? où est l’ordre de le tuer ? Le roi veut qu’on le mène à la Bastille, et l’ordre ne porte que cela. Qu’il se laisse arrêter, très bien ; mais comme il ne se laissera pas arrêter, comme il résistera, comme il essaiera de vous tuer… »

Maurevel pâlit.

« Vous vous défendrez, continua Catherine. On ne peut pas demander à un vaillant comme vous de se laisser tuer sans se défendre ; et en vous défendant, que voulez-vous, arrive qu’arrive. Vous me comprenez, n’est-ce pas ? »

 

     Vous l’aurez aisément compris, j’ai vraiment aimé cette histoire et je suis prête à relire du Dumas dans l’avenir. Il est vrai que j’aurais pu aller bien plus loin, traiter des sujets évoqués, faire le travail d’un étudiant qui étudie en profondeur l’œuvre, mais je pense que cet article a déjà atteint une taille respectable.

En tout cas, je vous conseille vivement ce livre, à lire au soleil, allongée, au calme… c’était fantastique.

M.L.

(Source image: librairie Decitre.)

Publié dans Coups de coeur, Classique

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