La messagère des deux mondes ; Jeri Smith-Ready

Publié le par M.L.

La messagère des deux mondes ; Jeri Smith-Ready

La messagère des deux mondes raconte l’histoire de Rhya, une femme corbeau. Tous les habitants ont été choisis par un dieu animal qui leur donne des capacités magiques et un caractère. Rhya est choisie par le corbeau, ce qu’elle vit très mal. Peu de gens ont cette chance mais la jeune femme le vit comme une malédiction. En effet le corbeau est l’animal de la mort. C’est lui qui prend les âmes des mortels pour les amener dans le royaume de la mort. Dès qu’une personne meurt ou va mourir Rhya entend des ailes de corbeau. Dès que le corbeau se pose, cela signifie que la fin est proche. Après la mort de sa mère, une loutre (les guérisseurs) elle accepte enfin sa condition et part dans un village voisin pour apprendre auprès d’une autre femme corbeau, comme elle. Elle y fait la connaissance de Marec, un jeune loup qui a atteint la phase trois de ses pouvoirs trop vite.

     Les Esprits punissent parfois les humains en pervertissant leurs pouvoirs. Ces derniers ont trois phases : la première est là depuis la naissance. Les humains s’imprègnent de leur Esprit jusqu’à avoir les caractéristiques de l’animal qu’il représente. La deuxième phase intervient lorsqu’ils deviennent parents. Leur pouvoir se développe. Enfin, la dernière survient dès lors que leurs enfants ont eux-mêmes des enfants.

     Quand la compagne de Marec est tombée enceinte, il n’a pas accepté sa qualité de père. Pour cela, son Esprit du loup l’a puni en l’empêchant de contrôler son pouvoir de deuxième phase : l’invisibilité. Dès que le soleil se couche Marec devient invisible. 

     Rhya doit quitter sa famille : son père Téréus (un cygne)  et ses deux demi-frères, des jumeaux  Glouton (Lycas et Nilo.) Mais aussi son premier amant, Aras. Ce dernier était persuadé d’être Ours, un combattant. Mais c’est l’araignée qui est venu lui rendre visite lors du rituel.

     Chaque animal a sa fonction dans la communauté selon ses capacités : les ours sont des soldats qui commandent et des tacticiens hors pairs ; les loutres et les tortues guérissent (Mayra la mère de Rhya et Elora), les premiers n’importe quel blessure qui peut l’être et les seconds sont spécialisés dans les accouchements ou les avortements ; les gloutons sont également soldats mais ont la fâcheuse tendance à être fainéant, sauf en période de guerre où leur force se décuple et leur peau se durcit (pouvoir de deuxième phase ; Nilo et Lycas) ; les araignées sont les artistes (Arcas le fils du chef et Skaris) ; les cygnes interprètent les songes (Téréus, le père de Rhya) ; les chouettes ou les faucons sont les chefs, ils ont la capacité de déceler les mensonges (Galen et Etar) ; les corbeaux qui sentent la mort arriver et qui peuvent aider les âmes à partir ou rendre la vie en de rares occasions (Rhya et son maitre Coranna) ; les papillons ; les guêpes combattent aussi et sont douées d’un fort caractère bien piquant (Mali, la belle sœur de Rhya) ; les moineaux ont un chant qui peut émouvoir, séduire, ou rasséréner les plus fatigués (Torynna, la meilleure amie de Mali) ; la Corneille ne prend personne, elle est la mère des Esprits. Elle est source de sagesse et peut voir à travers le temps et l’espace…) ; les renards qui ont le pouvoir de métamorphose à leur troisième phase (Razvin, le père d’Alanka) ; les loups voient dans le noir, sont habiles et se rendent invisibles lors de leur deuxième phase. Ils vivent en meutes et ne combattent pas au front. Ils restent en arrière pour protéger ceux qui y sont (Marec, Kerza, Alanka…) ; des lynx, des couguars… et bien d’autres encore.

     Ils pourraient tous vivre en paix si les Descendants ne désiraient pas leur terre et s’ils n’avaient pas aussi peur de leur pouvoir. Les descendants vivent loin et n’ont pas d’Esprits. Ils vénèrent des Dieux à forme humaine et ne communient pas avec la nature.

      Pour tous ceux qui n’aiment pas les histoires d’amour, ne lisez pas ce livre. Pour tous ceux qui ne supportent plus de voir des passages érotiques, n’ouvrez pas ce livre. Et oui Rhya perd sa virginité dans un champ avec Arcas mais tombe folle amoureuse de Marec avec qui elle se laisse aller à la sensualité.

     Malgré tout cette œuvre en vaut la peine, même pour les personnes qui ne supportent plus tellement les œuvres fantastiques (au sens moderne du mot.)

     L’idée est originale et bien utilisée. Les personnages sont attachants.

     Cette différence de religion et la guerre qui en résulte ne sont pas sans nous rappeler le passage au christianisme. Mais l’un des dieux est appelé Zeus et tient des éclairs dans la main. Je ne sais pas pourquoi mais cela me rappelle la religion grecque (;-))

     Dans l’ère humaine il y a eu deux modes de religion : porter des cultes à des êtres avec forme humaine (polythéiste ou monothéiste, même si le ou les dieux sont ici plus puissants qu’un simple mortel) et ceux qui vénèrent la nature même et ses représentants (animaux, végétaux, eaux…) C’est ce combat entre ces deux modes de croyance qui s’illustre ici. Sauf que nous abordons cela du point de vue de ceux qui glorifient la nature. Cela a pour effet de rendre l’autre croyance ridicule et barbare. Ils veulent exterminer le peuple de Rhya par peur de leur pouvoir et de leur religion.

     Le livre est le reflet de notre société : la difficulté d’accepter l’autre car il est différent.

M.L. (source image : Decitre)

Publié dans Coups de coeur

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