La cote 400 ; Sophie Divry (2010)

Publié le par Marion L.

La cote 400 ; Sophie Divry (2010)

L’histoire est simple, un homme s’est endormi au rayon géographie, perdu au sous-sol, d’une bibliothèque. Personne ne l’a vu avant la fermeture. C’est la bibliothécaire du secteur qui le retrouve et qui lui parle durant 60 pages.

     Elle évoque ses détresses, ses espoirs, sa vie… Elle parle de son métier, de certaines réalités malheureusement présentes comme la mauvaise architecture (puisque même la bibliothèque nationale de France est mal agencée pour le personnel. En effet des employés travaillent sans jamais voir la lumière du jour) ; ou la littérature dite légitime (les classiques) et non légitime (lecture facile comme Musso/Levy, policier, romans sentimentaux…)

« Les architectes ne pensent jamais à nous, ceux d’en bas ». « Il y a un ennemi, c’est l’architecte. », d’après Eugène Morel dans son constat des bibliothèques françaises de 1908 (il pointait ce qu’il fallait changer).

     Au début elle reprend les préjugés des bibliothécaires de la très très très vieille école : le lecteur est là pour tout abîmer, mieux vaut ne plus en avoir. Parce que le lecteur dérange « Et il ne faut jamais se faire remarquer dans une bibliothèque. Se faire remarquer, c’est déjà déranger. » Rajoutons cette citation qui vient compléter tout ceci : «  […] au fond, un lecteur ne vient dans une bibliothèque que pour y mettre du désordre. Donc, si on veut limiter la casse, il faut les surveiller de près. Ma mission peut se résumer à cela : empêcher les lecteurs de pervertir le grand ordonnancement de mon sous-sol. Je n’y arrive pas toujours. Régulièrement ils font des bêtises. C’est inévitable. Ils déclassent, ils volent, ils cornent, ils dérangent. Il y en a même qui arrachent des pages. Arracher les pages, quand j’y pense, alors que les photocopies sont à 7 centimes d’euros ! Ce sont toujours les hommes. Comme les maniaques du surlignagne, toujours des hommes. […]

      Elle précise toutefois à la fin (grâce au ciel) que c’est ce que pensent certaines de ses collègues mais pas elle. Elle rejoint la nouvelle vision des bibliothécaires de leur public : que deviendrons-nous sans lecteurs ? La bibliothèque n’a plus aucune raison d’être si personne ne vient l’utiliser.

      On apprend qu’elle avait voulu devenir enseignante et se retrouvait là parce qu’elle avait loupé le concours. A croire que le métier se limite à ça : un métier pratiqué par ceux qui n’ont pu aller ailleurs. Je tiens à préciser que cela arrive, très fréquemment, peut-être trop. Sauf qu'il existe des formations, ce qui prouve qu’il faut des compétences comme n’importe quel métier (ce que j'en dis...)

       Elle raconte qu’elle aime cet univers rangé et ordonné ([…] « classer, ranger, ne pas déranger, moi c’est toute ma vie […] »), que ça lui fait du bien et qu’elle n’a pas besoin d’homme pour vivre. Elle a ses livres. Là encore le stéréotype de la bibliothécaire célibataire qui se contente de lecture. Allons plus loin, la bibliothécaire qui n’a aucune vie sociale, elle vit à travers les histoires qu’elle lit sans avoir besoin de sortir de chez elle et de vivre ses propres expériences. Mais là encore on s’éloigne des stéréotypes puisqu’au fil du récit, elle avoue avoir repéré un étudiant. A la fin elle se perd même dans ses propos, tout revient à lui. Elle pourrait quitter ses livres pour lui. Si ça ce n’est pas une déclaration d’amour !

      A croire que le début reprend les préjugés, avec ce qu’on peut croire des bibliothécaires, comment ils imaginent leur vie, leur métier… Sauf qu’à la fin on se rapproche enfin de la réalité. Et non pas de bibliothécaires acariâtres qui détestent les lecteurs et font tout le temps « chut », pas de célibataires endurcies plongées dans les romans d’amour pour compenser…

      Pourquoi ce titre ? Essayons d’apporter une réponse. Elle se plaint que la cote 400 (les langues) est désertée par les livres, que vide elle ne sert plus à rien, et même plus, qu’elle est une aberration dans le monde ordonné de la Dewey. Peut-on avancer qu’elle se compare à cette classe ? Un peu vide, un peu oubliée par ses collègues et les lecteurs.

     Assez intéressant, même si je pense qu’il n’est pas révélateur de tout le monde des bibliothèques, trop limité à quelques aspects. Distrayant tout au plus.

     Et cette dernière citation pour la route qui fera sourire les bibliothécaires parce qu’elle n’est absolument pas fausse pour ne pas dire complètement véridique : « Le type qui a inventé ce système s’appelle Melvil Dewey. C’est notre père à tous, nous les bibliothécaires […] Dewey, c’est un peu le Mendeleïev des bibliothèques. »

 

Marion L. (Source image : Decitre)

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