La grande librairie : Compte-rendu de l'émission de jeudi 13 décembre 2012 : l'Histoire

Publié le par Marion L.

     Cette semaine du 13 décembre la grande librairie s’installait à la galerie des glaces au château de Versailles pour une émission spéciale sur l’histoire. Ou plus précisément des destins exceptionnels qui ont bouleversé l’histoire universel de la guerre de Troie à la deuxième guerre mondiale en passant par César, Louis XIV et Napoléon.

Sommaire :

  • La Belle Hélène qui déchainait les passions, et Enée qui affronte l’océan pour créer la ville qui deviendra Rome. Le récit de ce périple est raconté par Virgile dans les Eneides. L’historien Paul Veyne propose une traduction de ce texte inachevé. Spécialiste de l’antiquité, il donne un nouveau souffle très contemporain à ce texte.
  • L’an 52 av. J.-C. à Alésia, le chef Gaulois Vercingétorix perd face à César. Vercingétorix a-t-il été trahi par ses alliés et à qui profite la défaite ? Jean-Louis Bruneaux, dans son livre Alésia, s’intéresse à l’archéologie pour répondre à ces questions.
  • 1661, Louis XIV transforme un simple pavillon de chasse en château. Eve de Castro pose son intrigue à cette époque dans Le roi des ombres, où Versailles n’était qu’en construction.
  • 1760 : la silhouette, un nouveau mot, Georges Vigarello retrace dans un beau livre le parcours de la silhouette du 17èmeà nos jours.
  • Napoléon : Comment encore écrire sur lui aujourd’hui ? Rouart s’intéresse aux blessures et aux crises de désespoir de l’empereur.
  • 20ème : la première guerre avec 1914, premier tome d’une série consacrée à cette tragédie.
  • L’histoire d’un « Noir » que les allemands appelaient « le terroriste noir », racontée par Tierno Monénembo.
  • Librairie : voir ce qu’est l’histoire dans la BD à Paris.

     François Busnel remercie les personnes qui ont permis à l’émission de s’installer dans la galerie des glaces. Il rappelle l’histoire de cette galerie, tous ses miroirs, et la représentation des grandes victoires de Louis XIV. 1919, la première guerre a prix fin dans ce lieu même.

     Il présente les auteurs présents.

Paul Veyne : L’Enéide : chez Albin Michel et les Belles lettres : professeur honoraire au collège de France, il se spécialise dans l’Antiquité. Les grecs ont-ils cru en leurs mythes ? Sexe et pouvoir à Rome. L’antiquité romaine n’a plus de secret pour lui. Les anglais ont si bien traduit le texte de Virgile qu’il voulait que la France fasse de même.

     Qu’est l’Eneide ? Censé être le récit des origines de la création de Rome. Complètement légendaire, comment une troupe de troyens qui s’évadent, échappent aux massacres, s’embarquent sur la mer pour fonder une ville. Leur destinée est de fonder une ville qui aura l’empire universel.

     Comment aborder sans être dans le jargon universitaire ? Très simple, c’est comme un film d’action, des épisodes clairs et courts, rapides.

     Enée n’est pas un très grand acteur, c’est un défaut de l’œuvre. Comment voulez-vous montrer De Gaulle amoureux de la reine d’Angleterre ? Car c’est la même situation.

     L’Eneide commence comme un roman, par une scène violente de naufrage. Faut-il le lire comme un récit fabuleux ou comme un livre histoire ? Croyaient-ils dans leur mythe ? Non. Ils savent distinguer la légende et l’histoire.

     Revient sur le personnage d’Enée : s’autorise des comparaisons avec l’époque moderne. Qui est-il ? Quel profil psychologique ? Il a toutes les qualités : pieux, vertueux, clément, grand guerrier. A tel point qu’il devient insipide, ce qui compte c’est le récit, à la façon d’un Western. Beaucoup d’action mais pas de personnages. Pas conscient de sa mission qui lui est révélée par les femmes. Grand rôle politique des femmes.

     Pourquoi abandonne Didon ? Il est difficile de montrer un héros à mission dans les bras d’une femme. Mais les dieux veulent que Rome existe. Il faut donc qu’Enée s’arrache de cette femme et de cette vie. Lui, très pieux, obéit. On lui annonce qu’il doit aller en Italie, il y va, même s’il ne connait pas.

      Il n’a pas une envie folle de devenir un grand conquérant. Il descend aux enfers, que va-t-il y chercher ? Son père est mort, devenu un bienheureux sous terre, on s’y ennuie mais on y est bien. Va retrouver son père car il lui révèle sa mission. Enée trouve que la vie n’est pas intéressante, que c’est mieux mort. Mais quand il connait sa mission, il voit défiler les grands hommes de Rome, et là il sait qu’il a une grande destinée et il ressort. Désormais c’est un homme d’action.

     Pourquoi l’historien s’intéresse autant à la fiction ? Car c’est du beau ver. Il cite Baudelaire. C’est bon donc c’est à lire. En plus c’est amusant, car des épisodes rapides bien construits, avec beaucoup d’actions.

     A choisi de traduire ce poème en ver en prose. Un bon traducteur est un bon traitre. Oui, faut traduire une manière banale de parler dans une langue qui ne l’est pas dans une autre. En latin l’ordre des mots est libre. C’est commode. Si on l’oublie et qu’on le conserve, on écrit du charabia. Donc le traduire en français contemporain.

     On sent les références littéraires car il fustige Victor Hugo. L’auteur dit que non ! C’est juste que ce n’est pas court, c’est trop long chez Victor Hugo, pas l’Eneide.

     Pourquoi lui semble-t-il être un poème aussi important que l’Iliade et l’Odyssée ? Non trouve que l’Iliade est supérieur. Eneide ce n’est pas épique, très vif très animé.

    On reste avec Enée, avec son fils Jule qui deviendra quelques siècles plus tard Jules César.

Jean-Louis Bruneaux : Alésia : le tombeau de l’indépendance gauloise : chez Gallimard : archéologue, chercheur au CNRS, spécialiste de la civilisation gauloise. -52, Vercingétorix jette ses armes devant César. Pourquoi cette défaite a été transformée en symbole de l’identité nationale ? Pourquoi cette défaite fait partie des journées qui ont fait la France ? On voulait avoir la nation la plus ancienne possible face aux allemands. Deux questions : c’est étonnant qu’on en fasse une journée nationale, les historiens étaient surpris que pour la première fois les gaulois paraissaient désunis.

     C’est l’image qu’on nous a laissé ? Il brise ces clichés. Les historiens ont remarqué que pour la première fois, 41 peuples, réussissent à s’assembler pour sauver Vercingétorix. C’est incroyable, sans précédent. 4 ou 5 semaines seulement pour la mobilisation, c’est extraordinaire. Suppose des instructions communes que César cache mais qu’on peut décrypter.

      Comment travaille-t-il ? On ne possède qu’on seul témoignage, celui de César, et il a voulu cacher. Peut-on lui faire confiance ? C’est la source principale mais pas unique. César embellit les choses, un siècle plus tard les légions se souvenaient encore du siège.

     D’un côté les légions de César, et de l’autre, les Gaulois. Vercingétorix assiégé et ensuite César lui-même. En -52, César après 7 ans de présence commence à fatiguer et essuie un premier revers à Gergovie. Cette bataille aurait dû être la victoire recherchée ? Mais les Gaulois n’en profitent pas. Il tente de donner le coup de grâce et de piéger César à Alésia. Mais César est plus rapide parce qu’il bénéficie d’un service d’espionnage remarquable et connait les manœuvres. César installe une fortification de plus de 20 km de longueur. 5 semaines de famine. Et puis arrive l’armée de secours, car Vercingétorix a réussi à sauver des cavaliers.

      Pourquoi cette armée ? Ils peuvent gagner la victoire, mais non. Napoléon s’est penché dessus et ne comprenait pas, car 250 000 hommes mobilisés, les Gaulois auraient dû gagner. La moitié n’ont pas combattu, car traitaient avec César.

      Vercingétorix n’était-il pas au fond l’ami de César ? C’est ce qu’apprend la deuxième source. Pendant les premières années les fils de grands nobles ont été les otages de César, dont lui. Ils étaient bien traités et on les éduquait à la romaine, car voulait en faire ses portes paroles.

      César est rapide sur la rescision de Vercingétorix « il fut livré ». Mais que s’est-il passé ? Trahison ? Choix ? Il a voulu se livrer pour sauver ses soldats. Mais trahi par les autres chefs politiques qui n’étaient pas à ses côtés. L’historiographie avec Pétrarque qui brode et revient sur cette rescision très courte. Vercingétorix a été donné comme une chose, chargé de chaînes et emprisonné. Pas fier sur un cheval, certainement pas.  

      Il resitue ce qu’on croit savoir des druides, c’étaient des philosophes : on le sait par les historiens grecs. Ils cherchent des sages potentiels autour de la Grèce, et ils trouvent les druides. Ils s’y intéressent, des philosophes et de grands savants.

     27 septembre, jour de la défaite : ont recalculé d’après la pleine lune qui aurait eu lieu la veille.

Eve de Castro : Le roi des ombres : chez Robert Laffont : romancière, prix des libraires en 92. Et si Versailles était une sirène ? Le roi des ombres raconte la face cachée de la création. Histoire de tous ceux qui ont fait de Versailles ce qu’elle est, beaucoup ensevelis dans le parc. A quoi ressemblaient-ils ? 1666 : on demande au roi de renoncer aux bâtiments, guerre et femme. Le projet commence par les jardins. Battu par les vents, plein de moulins à vent, sur une butte, et un marécage avec des forêts.

     Combien de temps ? 30 ans. 36000 ouvriers de tous les corps de métier. Un chantier pharamineux. 67-68, les travaux du canal commencent, Louis XIV décide de faire une perspective d’eau pour qu’il se marie avec le soleil couchant. Fait visiter le château aux trois reines : sa femme, Montespan et la Valières. Explique ce que ça va devenir. Une femme en guenille se jette sur lui et le traite de tyran. Elle est saisie et fouettée en place publique, a perdu son fils sur le chantier. Cette anecdote lui a donné envie de suivre la trace de tous ces petites gens.  30 km sous les jardins de Versailles qu’on peut encore visiter : des tuyaux : ce qui reste du tout premier Versailles.

     Voilà pour le contexte, on passe aux personnages : deux gens de peu, mais ont l’envie de s’élever, profiter de ce chantier fou. Nine La Vienne est la fille du baigneur La Vienne, où Louis XIV venait prendre des bains de délassement. Manque d’hygiène ? La mode n’était pas à prendre des bains car les médecins et le clergé avaient décrété que c’était mauvais pour la santé, peur de la peste. On part du principe que l’eau transportait les maladies, qu’elle ouvrait les pores. On ne se baignait que quand le médecin le demandait. Mais on se prélassait en compagnie dans les bains publics. Elle commence comme apprentie baigneuse, façon pour elle de montrer le rapport entre le corps, l’hygiène, la perception de la beauté et de la santé. Elle approche le roi dès les premiers temps.

     Ses rapports aux femmes sont sidérants. On a une image de lui où il est toujours accompagné de femmes. Mais en vrai c’était compliqué, n’aime pas les femmes trop brillantes. Quel est son rapport aux femmes ? Tout lui était bon, servante à la marquise. Un consommateur rapide. Craignait la raillerie. Les femmes trop mordantes le mettaient en porte à faux. Avant Montespan il les évitait.

     « Regardez Versailles comme la sirène qu’elle est » : Versailles fascine. C’est passé à la postérité, image de la gloire, mais incarnée. Nine La Vienne monte les échelons. Elle soigne par le nez, quand la médecine se limitait à a purge, à la saignée. Un courant qui disait que c’était par les pores de la peau que les miasmes entraient.

      Nine La Vienne essaie d’apprendre la sensualité, la médecine, comment se guérir ? Une histoire qu’elle a été cherchée chez Dumas, d’après François Busnel.

Jean-Marie Rouart : Napoléon ou la Destinée : Chez Gallimard : Il fallait oser prendre Napoléon, et ne pas le lire avec ses victoires et sa splendeur, mais avec ses failles, ses échecs, et ses tentations morbides. Pas historien, mais journaliste, écrivain. Qu’est-ce qu’il l’a convaincu de faire ainsi ? A une relation ancienne avec lui. A 18 ans quand il ratait tout, échoué au bac, son amie le trompait, premier manuscrit refusé, il pensait à Napoléon. Il a subi des échecs. A voulu percer cette énigme de l’identification. On ne s’identifie pas à Louis XIV, mais à lui si. Il a remarqué que beaucoup de gens s’identifiaient à lui pour ses échecs. C’est ce qui le rend humain, fraternel, et que sa vie est une source d’énergie, d’ambition et d’espérance.

     Pas un grand démocrate attentif à la morale : pas le seul.

     Des échecs d’abord sentimentaux : le premier le conduit à des extrémités avec Joséphine de Beauharnais. Ce coup de foudre défie la raison, pas un bon parti, elle est ruinée. Pourquoi devient-il fol amoureux d’une femme qui le trompe avec tout Paris ? Il se met dans des positions où il faut vaincre l’échec. Avec elle, (on n’a jamais joué la Marseillaise sous l’empire car a couché avec son auteur), tous les hommes qui venaient mettaient leur nom et Napoléon regardait et l’interrogeait. Très amoureux : passion physique, elle a le parfum de l’Ancien Régime. Lui un Jacobin, il incarne la révolution, mais fascinée par l’Ancien Régime.

      Une autre dimension de l’échec : le suicide. On balaye des clichés d’un Napoléon fort qui brave tout. La tentation du suicide ne le quitte pas. Quand et jusqu’à quand ? Elle commence tôt, car il affronte des difficultés. Joséphine refuse de le rejoindre, et il sera obligé de se mettre à genoux par lettre pour qu’elle vienne. Et elle vient avec un nouvel amant.

      Lors d’une bataille il fait tout pour mourir, il s’expose. Mais personne n’ose. La mort ne veut pas de lui. Quelques jours plus tard à Fontainebleau, il avale un poison. Il vomit étrangement. La mort ne veut toujours pas de lui. Ce suicide est un suicide romain, comme les héros qu’il a aimé.

      Le désespoir amoureux, le suicide, mais aussi cette volonté d’aller au combat, et cette certitude d’être un élu du destin, d’où vient cette conviction ? Montre le paradoxe entre le grand stratège rationnel et l’esprit soumis : il fait des prédictions qui se réalisent. Il a un lien avec l’irrationnel. Il a un caractère logique, mais croit aussi aux forces obscures. Depuis qu’il est petit il a des admirations pour tous les grands hommes. Il a un enthousiasme pour la grandeur.

     Est-ce que l’on subit le destin ou peut-on l’effacer ? C’est complexe. Il est fataliste. Mais aussi un homme archi volontaire, et un troisième élément, il est un homme plein de reconnaissance. Il passera son temps à remercier tous ceux qui l’ont aidé, on oublie cet aspect. Mal payé car trahi par tout le monde par la suite. Un côté christique chez lui. Un côté religion, car résumé de toutes les passions de l’histoire de l’humanité. Avec De Gaulle on n’a pas ce côté romanesque.

      Dialogue entre De Gaulle et Malraux : « il a laissé la France plus petite qu’il ne l’avait trouvée […] il fallait le faire, ne marchandons pas la grandeur ».

Librairie : Buzz en tête à Paris. Le librairie a choisi différents ouvrages cette semaine :  Il était une fois en France, Fabienne : histoire d’un juif roumain qui émigre en France. En 43 il devient l’un des hommes les plus riches de France. Vite rattrapé par son passé.  Patrice Pellerin avec L’épervier : très détaillé. Pour dessiner l’ensemble de la série, il a fait appel à des gens qui ont accès à des plans des bateaux de l’époque. Être capable de retrouver les plans de cabinet sous Louis XIV malgré les transformations après. Jacques Martin l’ombre de sarabie : une série toujours très lue par les jeunes, conseillée par les enseignants, la découverte de ce monde romain.

Georges Vigarello : la silhouette du XVIIIe siècle à nos jours : chez Seuil : historien atypique, car historien mais agrégé de philosophie, professeur de sport… Auteur sur l’histoire de l’hygiène, de la santé, de la virilité, du viol… L’obsession de la minceur, de la grosseur, a façonné notre rapport à nous-mêmes. Qui était Georges Vigarello ? Il était convaincu que ce mot avait toujours existé, mais non, issu d’un nom propre : Etienne de Silhouette, ministre des finances de Louis XV. Remercié à cause des exigences qu’il avait. Ce ministre avait pour désir de dessiner des profils existant à partir de contraste (blanc au fond et noir pour le profil) ça existait depuis longtemps, mais des gens ont pensé que c’était la manière la plus précise de retranscrire la personnalité. Permet de manifester la singularité. A la même époque, les illustrateurs, les romanciers, les hommes de théâtre, s’intéressent à la singularité. Même chez Rousseau, la beauté n’est pas ce qui renvoie à une norme admise à tous, mais renvoyée à des individus.

      C’est le romantisme qui a donné à Silhouette toute sa place. En réalité si Balzac nous fait tant de descriptions, c’est parce que M. Silhouette a lancé cette mode. Comment cela a atteint la littérature ? Faut croiser les discours. Se demander pourquoi les individus deviennent si importants, fin 17ème, la société se diversifie, et au 18ème, après la révolution française, le fait de craindre que des individus ne se distinguent plus avec la disparition des ordres, les visions changent. Des silhouetteurs vont proposer des profils différents les uns des autres. Cela permet de rejoindre la question de comment décrire le corps ? On s’intéresse aux normes, à la perfection. Les illustrateurs vont donner un profil humain à des instruments par exemple.

     A partir de quand elle va se resserrer sur l’anatomie ? Le mot crée quelque chose. Ce sont les illustrateurs qui l’ont mis en évidence, mais à partir du milieu du 19ème, ce mot va transiter et s’installer dans l’univers de la mode. Car les corps de mode ont changé car l’habit lui-même a changé, il colle à l’anatomie. Et la nécessité de rendre plus fonctionnels. Les modistes disent que c’est la silhouette qui parle. Le 20ème se préoccupe de la tenue du corps, l’amincir, le muscler, pour que le corps soit efficace.

      A recours à tout ce qui a trait à la culture. Par quel mécanisme tout cela se fait ? Plusieurs raisons : manière dont l’individu est traduit par sa propre singularité, il se témoigne à travers lui-même, pas son métier. Ce qu’il parait est ce qu’il est. Mais aujourd’hui des exigences. Tout ceci se porte sur le corps féminin. Raison pour laquelle la pudeur a reculé peu à peu ? La légitimité du plaisir est arrivée, donc des exigences de pudeur reculent. Nécessité de rendre le corps comme traducteur de sa personne, transforme la façon dont on se représente.

Jean-Yves Le Naour : 1914 : la grande illusion : chez Perrin : Toutes les informations que l’on peut trouver ailleurs mais lu comme un roman. 1er volume d’une série de 5 volumes. Jean-Yves Le Naour est un spécialiste de la grande guerre. 1914, l’année où tout se décide en quelques jours. Avec la croyance que la guerre est inéluctable dans tous les camps. Pourquoi cette croyance ? On parle de la guerre mais on n’y croit pas, quand elle s’abat c’est une surprise. Mais dans les milieux dirigeants, militaires, on est persuadé que le voisin prépare la guerre. La peur, les fantasmes, on ne les prend pas en compte. L’Allemagne a peur, l’Autriche est terrifiée sur son existence, la France tente de se protéger car apeurée, donc elle porte le service militaire à un an de plus, donc les Allemands pensent que les Français veulent la guerre. Une fatalité.

     « La fatalité ça n’existe pas en Histoire ». Il le reprend à son compte. Il y a des décisions à prendre, mais il y a un mécanisme infernal qui se met en route.

     22 et 28 juillet après l’assassinat de l’archiduc, peu aimé. Intéressant c’est le comportement de la France. On sent que la guerre arrive, mais le gouvernement français est en croisière sur la Baltique, donc ne sait rien, ne peut prendre de décision. Les autrichiens ont attendu leur départ pour envoyer l’ultimatum afin de paralyser la France.

      On pense que la guerre sera courte. Joffre a-t-il vraiment un plan ou est-il débordé ? Difficile à répondre, car officiellement pas de plan. En réalité il y en a un, mais connu par peu de personne. Les généraux qui partent ne le savent pas, car il a peur de l’espionnage. Son plan est très ingénieux car il laisse passer les Allemands en Belgique, rien face à eux pour qu’ils passent. Quand ils sont entrés, on perce au centre, en Lorraine. Mais c’est fortifié, et on se prend une grande défaite. Plus rien n’empêche l’invasion : un plan catastrophique. 300 000 morts en 1914.

     Les Allemands à 60km de Paris. Etrangement ils ne vont pas sur la capitale. Gallieni le convainc d’attaquer : les taxis de la Marne, leur part réel ? On aime les belles images. Mais les taxis de la marne, 600-700 taxis réquisitionnés. Pas important.

     Bataille gagnée. Mais une question subsiste : ce n’est pas une victoire, c’est perdu car les français ne repoussent pas l’avantage, juste les allemands. Ce sont les allemands qui inventent les tranchées ? On les avait vus apparaitre un peu plus tôt. Ils avaient tiré l’enseignement de ces guerres. Les Français allaient à l’assaut.  Ce n’était pas noble de creuser la terre à leurs yeux. En 1914 les aviateurs : un sport, pas pour une guerre. Mais ensuite on s’aperçoit que c’est très important : observation, bombardement…

      Les événements s’enchainent vite et on le voit dans ce livre. Se lit comme un roman policier avec des rebondissements. Qui est le responsable de la guerre ? Le criminel n’est pas facile à désigner.

Tierno Monénembo : Le terroriste noir : chez Seuil : a existé, même si c’est un roman. 2008, prix Renaudot. Femme de 80 ans, Germaine, qui raconte aujourd’hui l’histoire de ce jeune Guinéen. Un devin lui a promis un destin exceptionnel au-delà des frontières avec une guerre. Il s’engage à 24 ans dans les tirailleurs sénégalais. Crée un maquis de la résistance dans les Vosges. D’où l’inspiration de l’écriture de ce roman ? L’a rencontré par hasard dans un journal. On relatait son exploit, et après 60 ans la France reconnaissait à peine l’existence de cet exploit. On ne sait pas trop qui il est. Un héros un peu inconnu, comme beaucoup de héros. La mémoire est sélective. Pas tout de suite voulu en faire un roman.  Ce n’est que lorsqu’il a terminé un autre roman qu’il a vu que ces deux histoires se complétaient. Il a fait des recherches.

      Il tombe sur un lieu stratégique. Le maquis crée pour résister aux prussiens à la base. Difficile d’accès, ce pourquoi il a pu résister pendant un an.

      Histoire d’une intégration, car prisonnier de guerre et quand il s’évade il est accueilli dans un petit village des Vosges et tout se passe bien. Intéressant. Il est allé dans ces régions et il est resté un héros là-bas. Même les jeunes lycéens le connaissent.

      A-t-il eu un autre comme lui ? 69000 hommes engagés et faits prisonniers. Deux notions à distinguer ; les tirailleurs sénégalais, on les recrutait, et la résistance. Il est le seul à avoir fait de la résistance. Pas historien, mais il lui semble qu’il est le seul.

      Il est arrêté, dénoncé. Sait-on qui et pourquoi on l’a dénoncé ? Il était un don Juan, aimait les femmes. On ne sait pas tout. A cette époque, chacun trahissait chacun, même des gens de leur famille.

     Vous croyez aux devins ? Rien ne se fait au hasard pour lui. Les africains ne pensent pas que la mort est gratuite, chacune est dû à un sortilège.  Les grands hommes sont faits d’un destin.

     François Busnel  évoque deux livres avant de clore : Versailles de Jean-Marie Peyrouse : tout sur la construction du palais. Et Versailles et l’Antique, une exposition, d’Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic

      Il remercie une dernière fois et invite à revenir la semaine prochaine, pour une émission plus théâtrale.

Marion L.

Publié dans Autour du livre

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