Comme un roman ; Daniel Pennac

Publié le par M.L.

Comme un roman ; Daniel Pennac

Comme un roman ne raconte pas réellement une histoire. Il s’agit principalement d’une sorte de réflexion plaisante sur la lecture et le livre. Le contexte est simple. Il s’agit de parents qui remarquent l’évolution de leur fils avec cette activité. Le texte étant ponctué bien sûr de paroles que l’on entend bien souvent « les jeunes ne lisent plus, ils passent leur temps devant la télé ou l’ordinateur à faire on ne sait quoi » …

     Lorsque l’enfant ne sait pas lire, nous prenons le temps de lui raconter un bout chaque soir d’un conte ou d’une histoire de princes, de princesses et de dragons. Mais quand il connait la signification des mots et sait les déchiffrer nous l’abandonnons à son sort. Nous prenons ce temps récupéré pour notre propre plaisir.

     Puis vient l’école qui créait l’illusion que la lecture est une obligation pour réussir ses études et être intelligent. Ce n’est plus un plaisir que l’on peut partager et communiquer aux autres. Non, les livres sont très souvent trop gros, avec trop de mots, pas assez aérés, et il faut toujours les décrypter pour en faire des analyses. Pourquoi ne pas simplement lire pour soi ? Juste comme ça ?

     Le talent de certains qui donnent goût à la lecture, qui dévoilent le grand secret des livres à ceux qui n’aiment pas lire : un livre n’est jamais trop gros lorsqu’il se lit avec délice. Mais aussi l’impatience qui nous empêche de partager notre temps.

     Le livre s’achève avec les dix grands droits des lecteurs :

  1. Le droit de ne pas lire : il arrive que de temps en temps nous n’en ayons pas envie, que d’autres activités nous appellent. Nous ne sommes pas obligés de nous forcer dans ce cas là.
  2. Le droit de sauter des pages : il y a des passages qui très souvent ne nous intéressent pas, et trop souvent ce sont eux qui nous font abandonner un livre. Comme par exemple des pages et des pages de description comme chez Zola ou les autres naturalistes. Sautons ! Sautons !
  3. Le droit de ne pas finir un livre : ce n’est pas un échec de se dire « non, ce livre n’est vraiment pas pour moi. » Parfois on revient dessus et d’autres fois non, ce n’est pas un mal. 
  4. Le droit de relire : lire et relire le livre qui nous a marqué, le livre qui nous a plu et le découvrir encore et encore. 
  5. Le droit de lire n’importe quoi : à bas la lecture légitime ou non, lisons ce qui nous plait et non pas ce qui fait bien de lire.
  6. Le droit au bovarysme : une maladie lecturement transmissible. Il n’est pas interdit d’oublier une mauvaise journée en devenant le personnage du livre que l’on lit.
  7. Le droit de lire n’importe où : les moyens de transport sont envahis par ceux qui lisent, pour des raisons de « temps ». Mais pourquoi pas sur ce banc près d’un square, dans l’herbe, au fond de son lit, près de la cheminée ou sur les toilettes ?
  8. Le droit de grappiller : essayons le chapitre 12 pour savoir si ce livre est intéressant. Ou alors ne lire que le 24.
  9. Le droit de lire à voix haute : pourquoi avoir une lecture silencieuse ? Revenons aux origines où les livres se lisaient à haute voix. 
  10. Le droit de nous taire : et de ne pas toujours devoir donner des explications littéraires aux textes, ou de faire de longues analyses. Mais juste d’apprécier un livre et de garder cette sensation de bien-être qui survient à la fin pour nous.

     La morale de cette histoire : ne vous moquez pas de ceux qui ne lisent pas si vous voulez qu’ils lisent un jour.

 

     Le goût de la lecture ne doit en aucun cas devenir un devoir. Elle devient de plus en plus un fardeau, surtout lorsqu’elle est contrainte. C’est une excellente façon de faire détester le livre que d’être obligé de le lire. Combien d’étudiants détestent un auteur par le simple fait qu’ils devaient le lire sans avoir le temps de l’apprécier ou de mieux le comprendre ?

     La lecture suppose de la curiosité, une intimité secrète entre le lecteur et son livre, et un plaisir.

     La faute de ce rejet est rejetée sur la montée en puissance des écrans, et notamment de la télévision qui devient l’ennemie publique numéro 1 du livre pour beaucoup. Pourquoi se plonger dans un livre alors qu’à la TV on peut tout aussi bien s’évader et rêver ? Mais la télé n’est pas l’explication parfaite. Daniel Pennac avance d’autres hypothèses comme par exemple l’éducation : on ne prend pas le temps de communiquer le plaisir de lire à l’enfant ; ou encore l’école qui rend la lecture académique et obligatoire ; mais aussi le rapport au livre : on s’en sent indigne, particulièrement pour une infime partie de la population. Tout cela est très connotée : la lecture est faite pour les intellectuels, pas pour moi. Je n’ai jamais lu cet auteur mais je sais que je ne pourrais pas le comprendre…

     D’où les 10 droits qui sont bien des droits et non des commandements à ne pas faire quelque chose.

     Terminons ceci par une citation : « Mais gardons-nous de flanquer ce théorème du corollaire selon lequel tout individu qui ne lit pas serait à considérer à priori comme une brute potentielle ou un crétin rédhibitoire. Faute de quoi nous ferons passer la lecture pour une obligation-morale, et c’est le début d’une escalade qui nous mènera bientôt à juger, par exemple, de la moralité des livres eux-mêmes […] »

M.L. (source image : Decitre.)

Publié dans Classique

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