Collection la Pléiade, tome I; le marquis de Sade

Publié le par M.L.

Collection la Pléiade, tome I; le marquis de Sade

La collection de la Pléiade est une collection de la maison d'édition Gallimard qui recense les grandes œuvres littéraires et leurs auteurs. Dans le tome I dont je vais parler ici, nous pouvons retrouver deux œuvres de Sade : les 120 journées de Sodome et Aline et Valcour.

Les 120 journées de Sodome : Cette histoire raconte la vie de 4 vieux amis qui mettent au point des plans diaboliques pour assouvir leurs pulsions sadomasochistes. Ils kidnappent des jeunes filles et des jeunes garçons, engagent d’anciennes prostituées ou maquerelles et des hommes avec des vits énormes qu’ils appellent « fouteurs ». Les quatre filles et quatre femmes de ces dépravés doivent participer à ces séances. La fille du premier a dû épouser le second. La fille du second a épousé le troisième, dont la fille a épousé le quatrième. Et la fille du quatrième a épousé le premier. Depuis leur plus jeune âge elles ont dû subir les dépravations de leurs pères.

     En bref, les 120 journées de Sodome est un livre uniquement basé sur de la pornographie violente.

     Les anciennes prostituées racontent leur vie de prostituée par thème (manger les défécations, utiliser la violence…) et les quatre hommes tentent de nouvelles expériences avec les enfants ou leurs femmes/filles.

     Aucun passage philosophique n’est présent comme dans certaines de ses œuvres. Le cœur doit être bien accroché pour le lire dans son entier.

     Les fantasmes commencent gentiment. Puis ils deviennent de plus en plus violents et conduisent à la mort par torture de tous ceux qui ne sont pas les quatre hommes.

     L’auteur n’a pas achevé son livre, ce qui rend la chose plus horrible. Les passages « soft » (manger ou boire les déjections…) sont rédigés. Par contre, le reste est mis sous forme de liste : casser un doigt ; couper le gros orteil et lui chier dessus ; arracher la langue avec les dents pendant qu’un autre la sodomise…

     Je dois avouer avoir sauté des passages (beaucoup de passages.)

 

Aline et Valcour : Plus agréable à lire, cette histoire est plus philosophique et nous rappelle Candide. Pas au niveau de la candeur mais du voyage initiatique des personnages. Les passages sexuels ne sont pas décrits mais insinués.

     Le président de Blamont veut marier sa fille Aline à monsieur Dolbourg (son ami dans le libertinage). Mais elle aime Valcour, un noble ruiné et ne veut pas de ce mariage (qui ne serait que le summum des jeux libertins des deux hommes.) Déterville (ami de Valcour) et la présidente (mère d’Aline) veulent aider leur amour et empêcher le mariage. En effet, le président et Dolbourg sont des libertins qui s’étaient promis l’un l’autre de s’offrir leur fille respective en maîtresse. C’est donc le sort de la tendre Sophie, deuxième fille née du couple Blamont. Là encore d’autres intrigues font que Sophie n’est pas celle que l’on pense être.

     Malgré tout cela le thème principal est l’amour vertueux entre Aline et Valcour, approuvé par la mère de la jeune fille, mal vu par le père libertin (le président de Blamont.)

     Dans ce récit s’enchâssent d’autres récits rétrospectifs, puisqu’un deuxième couple raconte ses péripéties (Elisabeth de Kermeil devenue Léonore de Sainville et de son époux) ; tout comme Sophie et la nourrice qui devait élever la fille Blamont en attendant sa maturité.

     Cette histoire peut nous rappeler Les liaisons dangereuses de part les intrigues et le côté épistolaire. Et puis les noms de Valcour/Blamont nous rappellent celui de Valmont. Malgré cela nous ne pouvons pas approcher les œuvres et dire que l’une s’est inspirée de l’autre. Il ne s’agit pas ici de séduire des victimes innocentes pour montrer sa domination. Cela est laissé à deux protagonistes, nos libertins. Mais l’accent est mis sur les victimes elles-mêmes qui font tout pour surpasser leurs oppresseurs et gagner ce combat perdu d’avance.

    Les récits sont enchâssés et nombreux. Le talent de l’écrivain se trouve ici dans le fait que chaque personnage n’est pas étranger aux autres. Sophie s’enfuit et se trouve sur le chemin de la présidente de Blamont. Or il s’avère qu’elle est peut-être sa fille décédée et qu’elle était persécutée par le mari de la présidente. Des étrangers demandent un gîte et un couvert pour la nuit à la présidente, or il s’agit ici de la vraie fille de la présidente que le président désirait si ardemment. Des sœurs de cœur ne le sont plus de sang après enquête, des filles ne le sont plus après réflexion, des pères et des mères changent…

Nous assistons à un drame familial où chaque protagoniste a son histoire et un rôle à jouer.

     Cette façon de mêler les histoires et de faire correspondre les personnages se retrouve dans les petits récits, notamment ceux de Sainville et Léonore. Le jeune homme commence et raconte ses périples pour retrouver son aimée kidnappée alors qu’ils se réfugiaient en Italie. Pour se faire il parcourt le monde et se retrouve en Afrique. De là il fait la connaissance de deux peuples antagonistes l’un de l’autre. Le premier est dirigé par un roi philosophe : Zamé, sur l’île de Tamoé. Ce « royaume » est un paradis utopique où la vertu, le bonheur et la prospérité fleurissent. Ayant étudié en Europe, ce « sauvage » donne une leçon de vie à Sainville sur la manière de vivre et d’agir des blancs. Lui le sauvage est bien plus civilisé qu’eux ces hommes qui se disent civilisés. Là encore une autre référence m’est venue : le voyage de Bougainville (le "sauvage" qui critique l’Europe.) Il a appris des hommes blancs et tente de ne pas recréer leurs erreurs : l’or fait partie de leur sol, ils ne lui donnent aucune valeur ; chaque personne a une habitation ; on se marie par amour… : "[...] passais-je en Ecosse, en Bohême, en Allemagne, on ne me montrait chaque jour que des champs de bataille où des hommes avaient charitablement égorgé leurs frères pour leur apprendre à adorer Dieu. [...] Quelle main barbare les pousse à s'égorger ainsi pour des opinions? Est-ce une religion sainte que celle qui ne s'étaie que sur des monceaux de morts, que celle qui ne stigmatise que ses catéchumènes qu'avec le sang des hommes?" Lettre XXXV.

     L’autre « royaume » est gouverné par un anthropophage. Ici tout est vil et dégradant, les crimes les plus atroces y sont commis et ne trouvent que des encouragements. Le conseiller du souverain est un portugais qui s’est convertis à leur mode de vie : emplis de vices il dit des choses affreuses et se sert de la nature pour expliquer ses faits. Pourtant certaines de ses paroles ne sont pas complètement fausses. Pour lui nous n’évoluons pas de la même manière. Ce qui est horrible pour un peuple ne l’est pas forcément pour un autre.

     Puis c’est le tour de Léonore qui parle de son kidnapping et de ses tentatives d’échapper à tous les hommes l’ayant capturée. Son chemin a très souvent croisé celui de son amant sans qu’ils ne le sachent.

      Des idées quelque peu révolutionnaires sont présentes. Dieu est régulièrement évoqué mais d’un point de vue déiste : il existe mais n’agit pas. Sade rajoute l’idée que nous n’avons pas besoin de lui pour créer des cultes.

    L’homme civilisé ne l’est pas tant que cela quand on y regarde de plus près : il ose violer, trahir et posséder.

     Même le roi anthropophage est moins barbare car une femme le manipule, fait naitre l’amour dans son cœur. Cela n’aurait pas été possible avec un européen qui est vu ici comme profondément perverti.

     L’exclu de la société est plus humble que le grand : le petit vaut peut-être mieux (les brigands notamment, plus grands que les religieux ou les nobles.)

    L’auteur instaure une dialectique entre ces diverses opinions émises par les libertins, les sentimentaux et les personnes que l’on peut qualifier de neutres. Il laisse le choix au lecteur de favoriser telle ou telle autre idée. Il se heurte à la sensibilité et tente de par ce fait d’éveiller la conscience de ses lecteurs.

     A la fin personne ne gagne ni ne perd réellement, l’histoire n’est pas terminée. Dans la plupart de ses œuvres les libertins ou les dépravés tentent de convaincre les jeunes vertueuses du bien de leur « crime » au sens large. Le fait est que rarement la vertu le remporte.

     Je laisse ceux qui désirent mieux étudier cette œuvre lire les critiques que des experts auraient apportées.

M.L. (Source image : librairie Decitre)

Publié dans Classique

Commenter cet article