Black out : un roman en mots et en images ; Brian Selznick (2012)

Publié le par Marion L.

Black out : un roman en mots et en images ; Brian Selznick (2012)

Black out est un livre à deux histoires qui se mêlent et se mélangent parfois. D’un côté vous avez Ben, dont les péripéties sont racontées avec des mots. De l’autre il y a Rose, qui avance dans l’histoire à l’aide d’images. Deux manières de conter des aventures comme une BD, sauf qu’ici les deux ne sont pas sur la même page.

Ben vient de connaître une terrible épreuve, il a perdu sa mère. Il ne lui restait plus qu’elle. La curiosité l’emporte, il veut connaître son père, découvrir qui il est et le retrouver. Il fouille dans la chambre de sa défunte mère afin de trouver des indices. La chance lui sourit puisqu’il met la main sur un pendentif qui garde en son sein une photo de son père, un marque page sur lequel se trouve un nom et une adresse de librairie, et un numéro de téléphone et une adresse. Enfin il peut entreprendre son long voyage qui le mène à New-York.

            Rose est subjuguée par le destin d’une célèbre actrice. Complètement fane, elle lui dédie un album dans lequel elle recense absolument tout de sa vie : des coupures de presse en passant par des billets. On sent que c’est tout ce qui compte pour elle. Un jour elle décide de trouver son identité et sa place en ce monde. Pour se faire, elle rejoint la ville de son idole : New-York.

            Ces deux enfants sont en quête de connaissance et d’identité. Ils veulent connaitre leur origine ou leur place dans ce monde étrange. Une seule chose les sépare, cinquante ans puisque Ben découvre New-York en 1977 et Rose en 1927.

 

            Quoi dire de cette histoire fantastique qui vous entraîne dans les péripéties des deux personnages. L’histoire de Ben est dite, l’histoire de Rose est illustrée. Au début les deux peuvent se lire et se découvrir séparément. Mais attention pour ceux qui commencent ainsi, comme vous pouvez vous en douter ce n’est plus le cas par la suite. Les deux se mélangent et les images ne représentent plus seulement Rose mais aussi Ben et vise versa.

            Une telle présentation est très originale pour ne pas dire une excellente idée. Les deux modes se rejoignent, parfois par un mot, parfois par une action décrite en image. Un exemple à ceci : on lit que Ben entre dans un endroit, et ensuite on voit Rose sortir d’un autre. Les deux sont liés, ils ont une histoire en commun. A vous de la découvrir.

            On comprend très bien les images, même si elles ne sont pas accompagnées de texte, sauf lorsqu’il s’agit du titre d’un livre ou les informations sur l’actrice dans l’album de Rose. Il faut préciser que Rose est malentendante. Nous le comprenons quand un homme entre dans la maison avec un livre. Cela nous ramène aux images puisque contrairement à un texte elles sont muettes. Est-ce un rapport avec la surdité de la petite fille ? Nous voyons le monde comme elle, emprunt de silence mais d’images. Alors que Ben a droit aux mots, ce qui dans la tête génère des sons. C’est en ce sens que sa présentation est fantastique. Nous découvrons les péripéties des deux personnages mais à leur façon, comment eux perçoivent le monde.

            On débute avec leurs rêves : des loups pour lui, et une actrice pour elle. On ne sait pas dès le début même si on peut le deviner que ces deux éléments sont capitaux dans leur vie. Les loups de Ben (en images dans le texte) vont revenir par la suite, sous une forme incongrue. Et l’actrice de Rose va nous surprendre.

            Malgré le silence de sa vie, les images sont de très bonne qualité et nous donnent autant de piste qu’une phrase. Bien entendu il y a parfois un peu de texte pour aider le lecteur. D’ailleurs, tout ce que nous apprenons avec les images est bien plus fort qu’avec les mots. Cette scène où Rose rencontre son actrice fétiche et que nous découvrons que… (non non non, il faut lire ce livre) est tout bonnement émouvant. La violence de ce moment n’a pas besoin d’être décrit de long en large. C’est tout simplement bluffant.

            Le saccadé de la présentation – puisque l’on alterne quelques pages de texte avec quelques pages illustrées – se ressent à peine. Au contraire nous arrivons mieux à passer d’un personnage à un autre de cette manière. Ainsi, même si un demi-siècle les sépare ils semblent liés, comme si les actions de l’un se jouaient en même temps que celles de l’autre. Ce système est maîtrisé par l’auteur, cela ne fait aucun doute.

            La question que l’on peut se poser et que l’on doit se poser est sans doute à quelle catégorie d’âge ce livre est destiné. En voici ma réponse : c’est assez difficile à évaluer. Peut-être pas pour un public trop jeune, mais adolescent ou adulte. Ce n’est pas parce qu’il y a des images que c’est forcément facile à lire.

            Je pourrais parler des heures de cette histoire, mais je vais me contenter de cela et vous laisser découvrir par vous-même.

 

Comme vous l’aurez constaté j’ai beaucoup aimé cette histoire. Je ne la mets pas en coup de cœur toutefois, mais vous invite fortement à la découvrir et à la déguster. Je conseille toute sorte de livres, je l’avoue, mais celui-ci est tout bonnement magique, fantastique ! Son auteur est un magicien.

En plus d’une qualité littéraire remarquable l’histoire est attachante, émouvante. Trois personnes solitaires se retrouvent, et peut-être que la place et l’identité sont retrouvées….

 

Marion L. (Source image : librairie Decitre)

Publié dans Jeunesse - Adolescents

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