Un voyage nommé désir de Frédérique-Sophie Braize (2021) SP

Publié le par Marion L.

Un voyage nommé désir de Frédérique-Sophie Braize (2021) SP

La guerre fait rage et a éloigné tous les hommes. Trois femmes et quelques enfants passent l'été dans un village haut perché des Alpes. Un soldat italien en permission les y rejoint. Un grand merci aux éditions Presses de la cité (collection Terres de France) pour ce roman, sorti le 21 janvier 2021.

     Elles s'appellent Péroline, Anne-Céleste et Rose. Chacune, a sa manière, est victime du système patriarcal. Cet été sera l'occasion de l'oublier pendant quelques mois. Un paradis terrestre qui laissera des traces.

     Péroline est mariée à Polycarpe, un homme violent qui effraie tout le village. Elle n'a pas connu l'amour, ni la tendresse. Sa vie n'a été que violence et deuil puisque les coups de son mari lui ont retiré l'un de ses enfants. Depuis, elle essaie de protéger Pierrot, son fils aîné que Polycarpe déteste.

     Anne-Céleste est une orpheline déposée bébé chez le curé. Elle a été élevée par sa bonne et a pris sa place à la mort de celle-ci. Pieuse, elle est fiancée à Jean-Gaston parti à la guerre. Le curé est un homme irascible qui déteste sa paroisse et fait vivre un enfer à Anne-Céleste. Sa seule porte de sortie ? Que Jean-Gaston revienne de la guerre et l'épouse.

     Rose est la plus jeune et ne connaîtra sans doute jamais l'amour puisque les hommes ont tous disparu à la guerre. Elle s'occupe seule de ses frères et soeurs depuis la mort de leurs parents. Ce qui fera fuir n'importe quel prétendant et elle le sait.

     Dans ce village isolé savoyard elle sont souvent montrées du doigt par le curé. Il est persuadé que les femmes sont perfides et qu'il faut les recadrer en permanence. Mais voilà. Tous les étés, elles montent au village d'été rejoindre les pâturages verts pour les bêtes, faire du fromage etc. Et cette année, le curé ne veut pas y aller avec elles, même s'il ne leur fait pas confiance.

     De son côté, Vincenzo a obtenu une permission exceptionnelle de trois mois. Engagé auprès des soldats français, il est devenu ami avec Jean-Gaston qui lui a parlé d'Anne-Céleste et des autres. Loin de chez lui, veuf, sans attache, il décide d'aller au village d'été passer sa permission. Car il sait qu'il y aura les femmes.

Sa visite sera auréolée de sensualité et renforcera - peut-être - la sororité de ces femmes. En tout cas, elle ne sera pas sans conséquence.

     Le genre du terroir je le conseille souvent mais n'en lit pas vraiment car ce n'est pas un genre qui m'attire tant que ça. Mais celui-ci me faisait envie. Et il plaira aux amateurs du genre, sans aucun doute. En plus, pour écrire ce roman elle s'est inspirée d'histoires vraies, notamment celle du vol de la Joconde et du personnage de Vincenzo.

     J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre. Nous commençons avec Vincenzo qui peine à quitter ses camarades mais qui n'a pas le choix de s'éloigner du front. Il espère croiser les femmes dont lui parlait Jean-Gaston. Il passe un peu de temps seul à les attendre.

     Puis, nous les voyons évoluer ensemble. Et surtout, nous voyons ce qu'il leur apporte à tous, même aux enfants (surtout Pierrot qui n'a eu que le modèle paternel pour devenir un homme.)

     Et enfin, la partie que j'ai préféré (pourquoi ? je ne sais pas) : l'après. L'homme est parti et les femmes subissent les conséquences de ce moment de détente et d'oubli. J'ai beaucoup aimé à partir du moment où Pierrot quitte le village... je n'en dis pas plus.

Une histoire d'amour, de découverte des sens, d'une sororité, d'une construction en tant qu'homme ou en tant que femme, des injustices d'un système patriarcal... En tant que femme leur histoire m'a touchée. Vous touchera-t-elle aussi ?

Marion (Source image : librairie Durance. Retrouvez le livre sur le site des éditions : Presses de la cité.)

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