Le moineau de dieu de Mary Doria Russell (2017)

Publié le par Marion L.

Le moineau de dieu de Mary Doria Russell (2017)

"Le moineau de dieu, Matthieu, chapitre 10, verset 29 : "Pas un moineau ne peut tomber à terre sans que votre Père le sache." (info page 441)

Emilio Sandez, prêtre jésuite, est le seul survivant d'une expédition en cette année 2060. Suite à la découverte en 2019 d'une autre forme de vie dans l'espace, un groupe d'amis se forme pour explorer cette planète et établir un premier contact.

     Chacun d'eux est bon dans un domaine qui leur servira et s'entend bien avec les autres. L'argent des jésuites rend tout cela possible. Mais voilà. Emilio est le seul survivant et de terribles rumeurs courent sur lui. Il est dit qu'il s'est prostitué et qu'il a tué une enfant. Que s'est-il passé ?

     Le mystère demeure longtemps entier car Emilio ne veut pas raconter. Sa santé physique est fragile, sa santé mentale l'est encore plus. Sans parler de ses mains mutilées. La réputation des jésuites a pris un coup. Et ses supérieurs souhaitent des explications.

La première moitié nous maintient dans l'ignorance. Nous sommes parfois en 2060 avec Emilio qui ne souhaite pas raconter et en 2019, quand tout a commencé.

     Cela nous permet de prendre conscience que quelque chose a mal tourné, et à découvrir les autres personnages. Au début, c'est comme si nous assistions à deux histoires différentes. Petit à petit nous nous attachons à Anne, son humanité et son humour, à sa relation complice avec son mari Georges ; à Emilio en bonne santé (sur tous les points), au point de croire que celui-ci et celui de 2060 sont deux personnages différents ; à Jimmy, sa naïveté touchante et ses sentiments pour Sofia, une jeune femme intelligente qui s'est refermée suite à un passé difficile.

     Nous prenons le temps de les découvrir avant tout cela ; leurs rencontres, leur personnalité... Comment tout a commencé et pourquoi eux.

     Puis l'expédition est lancée, et là, j'ai commencé à beaucoup aimer, à accrocher. Car tout le début permet de développer un attachement avec les personnages qui prend tout son sens à ce moment. En effet, une fois sur la planète j'ai pris inconsciemment conscience (oui, oui, j'ai fait ça) qu'il s'agit d'une seule histoire, qu'ils vont mourir et qu'Emilio va être détruit.

     A ce moment nous sommes fébriles. Comment ? Quand ? Tout en continuant à suivre ces personnages qui peuvent mourir à tout instant. Le savoir ajoute beaucoup à l'histoire et à nos ressentis.

     Une manière de raconter qui renforce l'histoire et les révélations finales d'Emilio. Si elles étaient données au début, elles n'auraient pas eu le même impact. Il fallait tout vivre avec eux.

     ActuSF a sorti le livre en 2017. J'étais étonnée de certaines inventions de 2019 (notamment le travail de Sofia). Tout s'explique quand on sait qu'il date de 1996 dans sa langue d'origine.

     L'autrice est une universitaire, une anthropologue. Et elle semble avoir cherché à écrire ce texte sous cet angle. Ce qui lui donne une autre dimension. Il questionne, il interpelle. Et le mot de l'autrice à la fin du livre, 20 ans après, éclaire un peu plus.

Un livre qui demande toute sa concentration de par l'écriture de l'autrice (universitaire.) Il aurait pu être un compte-rendu romancé de ce premier contact s'il avait eu lieu : rencontre d'une autre source de vie... loin de l'humanoïde. L'approche anthropologique de ce contact est une des grandes forces du livre.

Marion (Source image : librairie Durance.)

"- C'est moi le responsable.
- Il y a une différence entre la responsabilité et la culpabilité." (page 242)

Commenter cet article