La falaise des fous de Patrick Grainville (2018)

Publié le par Marion L.

La falaise des fous de Patrick Grainville (2018)

     Charles habite Etretat et vit sur les rentes de son oncle depuis son retour de la guerre en Algérie, d'où il est revenu blessé. Il y rencontre Monet. Leurs chemins se croisent souvent mais jamais le peintre ne le reconnaîtra.

     Charles n'est pas forcément passionné de peinture. C'est son aventure passionnelle avec Mathilde, une femme mariée qui passe ses vacances à Etretat, qui l'entraine dans ce monde culturel.

La falaise des fous est l'histoire de cet homme et ses passions avec les femmes, auréolées de couleur picturale, comme un immense tableau. Il croise la route de Gustave Courbet dont il admire le travail, de Manet, de Monet... Il est contemporain de Victor Hugo, de Cézanne, de Zola.

"Que le souffle lumineux du Grand Pan, qui n'est ni dieu ni diable ni prêtre, mais ruisselant de vie, emporte Hugo [Victor Hugo], cette falaise de folie ! Il fut un bouc pour Adèle Foucher, son épouse, et pour Blanche, sa dernière amante. Toto, un Homme, pour sa Juliette. Un Nom pour son siècle. Un Dieu pour lui-même. Dans la croyance humaine, il est le Poète." (Page 160)

     Au début l'importance est placée sur son quotidien et la peinture. Puis, l'époque s'y prêtant, l'Histoire (avec un grand H) prend de plus en plus de place. C'est à ce moment que j'ai commencé à moins apprécier.

     En effet, j'aimais sa fascination pour l'art, ses envolées lyriques, ces nuances de couleur. Il a une manière de raconter, de former ses phrases qui s'y prête très bien.

"Il [Monet] bâtit l'arche de la Manneporte plusieurs fois, en plus clair, en plus rose, en plus foncé, tigrée d'une pagaille de reflets. Mais une figure impose sa plénitude. La porte compacte agglomère les verticales de ses pierreries géantes, mouchetées, irisées de rose, de violet, d'indigo, de bleu outremer. Rubis et saphir. Bloc d'arc-en-ciel dressé. Le dessous de l'Arche se creuse dans le repli de sa hanche, de sa fourche. La foule des traits, des taches, des diagonales fonce dans la brèche. Ciel pommelé de blanc, bleu-rose. Bande de turquoise pure à l'horizon. Et là, au pied de la falaise encore, ce flot couvert de calices verts et bleus, d'anneaux rose-violet, cette mer jonchée de pétales prophétiques" (page 171-172) Prédominance de la peinture, importance de l'image et de la couleur

     Mais pour raconter un événement historique, c'est autre chose. Il nous parle comme une confidence, et quand nous n'avons pas toutes les clés des personnages historiques, de qui est qui et qui a fait quoi, nous nous perdons un peu. Mais cette façon de faire fonctionne très bien avec la forme. Puisque le narrateur est le personnage principal qui écrit - en quelque sorte - ses mémoires. Il s'adresse donc à des gens qui ont vécu les mêmes événements.

"- En sont-ils là ? Est-ce le portrait de la France ? Si on met à part l'aristocratie, tous ces signataires, c'est le peuple ! Pas le peuple de l'imaginaire d'Hugo et de Zola, ni le prolétariat de Marx, qui est surtout un concept limité aux ouvriers. Mais le peuple commun, foule qui obéit toujours au fanatisme religieux ou patriotique qui a besoin d'une victime expiatoire pour se sentir unie, stimulée. Mieux que l'idéal, ce qui soude le groupe, c'est l'ennemi." (page 377)

     Et quelles sont-elles ? L'invasion des prussiens, l'affaire Dreyfus (à ce moment que les choses se gâtent), la mort de Victor Hugo, l'incendie du Bazar de la charité à Paris, les premières traversées en avion, la première guerre mondiale...

J'ai trouvé le livre un peu long (peut-être parce que je ne lisais qu'une cinquantaine de pages par jour.) Toutefois, un coup de cœur pour le début. Une très belle écriture, une peinture magnifique, une pépite d'information. Il n'est pas "léger", mais je le trouve bien adapté à l'été et à la lecture sur la plage.

Marion

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