Un homme aborde une femme de Fabienne Jacob (2018)

Publié le par Marion L.

Un homme aborde une femme de Fabienne Jacob (2018)

La narratrice raconte son rapport aux hommes, à ceux qui vous abordent, qui passent dans votre vie. Des paroles crues dans la rue que la femme ne comprend pas, qui la sidèrent et brisent la légèreté qu'elle avait. Aux mêmes mots dits dans l'intimité avec un homme désiré qui cette fois émoustille.

     Elle ne critique pas ces "contacts" des hommes. Au contraire, elle est parfois flattée. Et puis c'est la vie de se regarder, de s'aborder. Elle trouve ça triste quand c'est trop lisse, que les hommes n'osent plus.

     C'est aussi la femme à travers différents personnages et le rapport au corps. Celle qui aime être nue dans son jardin, à celle qui a quitté le couvent. De cette jeune femme qui ne se rend pas compte des regards des hommes dans la rue à cette septuagénaire qui se fait encore "mater" à l'hyper U et qui en est fière.

Ce sont des pensées sur les hommes et les femmes, leurs rapports dans cette société qui change.

     L'autrice est passée dans l'émission "la grande librairie" le 10 octobre 2018. Voici ce qu'elle en dit : Elle cherche ce que font les hommes et les femmes ensemble. Elle trouve que la phrase "je n'ai plus d'élan pour toi" est très forte. La femme, dans la rue, c'est quand même moins cruel que cette phrase. On entend de tout dans la rue, c'est un vivier de l'émerveillement et de la joie. Un endroit où on doit être regardé et regarder. On perd ça. Or, c'est un plaisir d'être regardé ou de regarder, ce n'est pas une possession ou un mauvais désir. Où dire la vérité si ce n'est dans la littérature ? Elle cherche une vérité inattendue, non standardisée. Pour elle, la Danoise et la nonne sont opposées et similaires. Elles ont fait la paix avec leur corps. Elles ont dépassé quelque chose, en restant désirantes.

     Pas vraiment un roman comme on l'entend, presque plus comme un journal, des pensées... D'ailleurs l'écriture elle-même fait penser à des pensées ou à quelqu'un qui parle. Il n'y a pas la rigueur de l'écrit avec une idée = une phrase (en gros.) Elle s'éparpille dans une seule phrase, ce qui m'a obligée à lire à voix haute le début du livre pour me lancer. Je vous donne un exemple :

"Et j'en choisis un au hasard, vite, elle est prête à me pousser dans la flotte, son impatience bout dans mon dos, vite, le premier nom qui me vient, parmi ceux qu'on a repérés lors de la dernière balade au cimetière, Jacqueline Anders ou Paul Lorentz, bien sûr. La règle est de ne pas les avoir connus, je dis le nom de mon mort à voix haute en fermant les yeux puis Mette me pousse dans le dos, purée elle est dingue de me pousser aussi fort dans le vide, Arrête Mette, arrête, et j'emporte le mort avec moi dans le vide, le temps d'une plongée, il n'est plus si mort, salto morale elle appelle ça Mette, les genoux pliés, les yeux fermés, et le nom du mort atterrit splash dans les abysses hollywoodiennes du bleu piscine." (pages 27-28.)

     Parfois j'aime ce genre de romans qui changent leur forme. Une sorte d'intimité avec un auteur. Mais là je n'ai pas réussi. François Busnel l'a mieux vendu que moi dans son émission.

     Je retiens toutefois un passage. Pour résumer : la femme est dans une belle robe qui la met en valeur pour rejoindre son amoureux. Elle se sent légère et tout va bien. Elle assume cette robe alors qu'elle sait, en gros, que c'est toujours de la faute de la robe. Le malheur des femmes, c'est à cause de la robe. Et là, un homme apparaît de nulle part :

"Salope, viens sucer ma bite.

Ces mots, toutes les femmes les ont entendus un jour ou l'autre. A un mot près, ce sont les mêmes que ceux du jeune Sicilien prononcés dans un dialecte qui charriait des voyelles [un passage plus tôt dans le livre, le départ du "à cause de la robe"] On ne parle pas la langue du jeune Sicilien, mais on la comprend. C'est toujours le même procédé, les hommes approchent subrepticement, on ne les voit pas venir, on ne les entend pas non plus et puis ils paraissent devant nous, près, tout près, et soudain Salope viens sucer ma bite. Puis ils s'en vont, plus vite qu'ils ne sont arrivés, agiles, rapides, des voleurs, de fait ils nous ont volé le jour, ils nous ont volé notre rendez-vous et notre légèreté, rien ne sera plus comme avant [....]"

Ai-je aimé ? Bof. Son écriture m'a déroutée. J'avais l'impression que quelqu'un me racontait quelque chose dans un monologue. Au bout de 130 pages environ, j'avais envie que ça se termine.

Marion

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manou 14/01/2021 15:05

Merci pour cette présentation cela ne me donne pas envie de le lire pour l'instant. Merci de ton ressenti.

Marion L. 28/01/2021 19:54

Il faut dire aussi que je ne l'ai pas bien vendu... Autant se concentrer sur les livres qui nous attirent vraiment (ce qui en fait déjà beaucoup ^^.)