Parler comme tu respires d'Isabelle Pandazopoulos (2021) SP

Publié le par Marion L.

Parler comme tu respires d'Isabelle Pandazopoulos (2021) SP

Un livre touchant sur l'adolescence et la vie, à travers un personnage qui doit vivre avec un handicap. Quand les mots ne veulent pas sortir...

     Sibylle a 15 ans et le livre s'ouvre sur sa fugue. Elle quitte Nantes et traverse la France pour Corancy, là où vit sa grand-mère et où elle a passé ses premières années. Que fuit-elle ? Sibylle semble jolie, elle est douée à l'école et a des parents aimants avec lesquels elle s'entend bien. Elle est privilégiée et aurait pu grandir épanouie.

     Mais voilà, depuis plusieurs années Sibylle est bègue. Les mots peinent à se former et prendre la parole ou parler à des inconnus est quasiment impossible. Ce qui l'a éloignée des autres, ce qui lui pourrit la vie au quotidien et la bride, ce qui suscite la pitié ou l'agacement voire la moquerie des autres. Et aussi, ce qui lui a retiré son nom. Sibylle est devenue Sissi, plus facile à dire.

     Sissi est une artiste, passionnée d'arts et de Rodin en particulier. C'est d'ailleurs ce qu'on lui conseille pour la suite de ses études : viser l'art. Ce qu'elle ne peut dire à ses parents qui la voient faire de longues études grâce à ses capacités.

     Sissi aime ses parents et apprécie tout ce qu'ils ont fait pour l'aider à surmonter ses bégaiements. Mais ils l'aiment trop, veulent trop la protéger, au point de l'étouffer.

     Dans ce roman nous suivons donc Sibylle dans sa construction. Nous la voyons essayer de surmonter son "handicap", abandonner, se battre, ressentir des émotions trop fortes pour elle. Surtout qu'elle ne sait pas d'où ça lui vient, quel a été l'élément déclencheur et comment en guérir. Comme une fatalité, elle doit vivre avec tous les jours, se taire, accepter.

     Jusqu'au jour où elle ne peut plus et où la violence la submerge. Elle doit trouve sa voie (sa voix). Elle se construit donc, loin des siens. Et au plus proche, car elle sent qu'il y a un secret familial. Il y a quelque chose que ses parents ne lui disent pas. A cela se rajoute la vieillesse de sa grand-mère avec laquelle elle est très proche. Beaucoup de choses pour une adolescente. En plus des premiers émois.

     J'avais beaucoup aimé "on s'est juste embrassés" de cette autrice. Elle a une manière de nous raconter l'adolescence qui ne peut que toucher. Notamment les histoires d'amour, le rapport aux autres, les regards, les jugements... à une période où les émotions sont fortes.

     Quand elle nous parle de l'amour de Sissi, elle le fait avec une telle réalité, que cette émotion et cette histoire me paraissent plus touchantes et plus belles que beaucoup de romances. Notamment celles de la littérature adolescente qui en fait trop. Isabelle Pandazopoulos sait trouver les mots justes pour parler de tout ça.

"Je sais bien que le bonheur est fragile. Je l'ai lu dans les livres, je l'ai vu dans les films, le temps passe et rien ne dure, les souvenirs se ramassent à la pelle, et la nostalgie guette, mais moi, dans ces premiers instants de cet amour naissant, je sais que ça durera toute la vie et jusqu'après la mort, que nous sommes les premiers à vivre un sentiment aussi fort aussi pur aussi vrai.
Je sais j'exagère et c'est bien ça le plus fou." (page 150 sur liseuse)

     L'histoire de Sibylle est riche. Comme elle nous passons par plusieurs phases. Elle nous touche, surtout que nous la voyons grandir, expérimenter, s'affirmer, douter, abandonner et créer.

Une très chouette histoire dans une écriture poétique. Un bel hommage au monde de l'art, surtout de la pierre (tailleurs, sculpteurs...) Quand la parole est difficile, comment communiquer ?

Marion (Source image : les éditions Rageot. Retrouvez le livre sur leur site : Parler comme tu respires.)

Publié dans Jeunesse - Adolescents

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manou 25/01/2021 16:51

Une histoire touchante et utile à la fois comme j'aimais à en présenter aux ados. Merci pour cette découverte. Je n'ai encore rien lu de cet auteur !

Marion L. 28/01/2021 20:01

Oui, une très belle histoire. Et bien, de mon côté c'est mon deuxième livre de cette autrice et j'aime beaucoup sa manière d'écrire et de nous raconter l'adolescence. Il faudrait que j'en lise d'autres.