Chair et âme de Blanche Martire (2016) SP

Publié le par Marion L.

Chair et âme de Blanche Martire (2016) SP

Merci à l'autrice pour sa proposition de lecture et sa confiance (et sa patience.) J'ai été attirée par celui-ci pour son sujet : l'hypersexualisation des petites filles à travers la pub, les images... dans la société.

     Le format est assez déroutant puisqu'il s'agit d'un format hybride entre fiction (autobiographie ?) et essai. Nous passons de l'histoire des quatre amis à des réflexions sur la thématique du livre, entrecoupé parfois de photos de publicité ou d'image de clip.

     Ce fonctionnement m'a un peu secouée dans mes habitudes. Mais j'aurai tendance à le ranger en documentaire (mon côté bibliothécaire) en prenant l'histoire des quatre amies comme un témoignage, une illustration.

Bref, nous suivons donc quatre amies de leurs 10 ans à leurs 16 ans. Nous avons Louise, qui semble être la narratrice principale, Julie, Isabelle et Aurore.

     Chacune a son caractère : Julie est l'exubérante, Isabelle la douce et Aurore la sombre. Elles sont les victimes d'une hypersexualisation des images, au point de banaliser la pratique sexuelle. Elles ne maîtrisent rien, ne comprennent pas, mais pensent connaître et le sexe devient une blague, quelque chose qu'on peut revendiquer comme ça, en passant, comme on parlerait de la météo. Il est dans leur quotidien.

     Il est tellement banalisé qu'il ne veut plus dire grand chose, il se pratique comme on mangerait. Sauf que, contrairement à manger, il implique forcément une image. Julie, de par son caractère, est la grand victime. Elle a eu des formes assez jeune, ce qui n'a rien arrangé. Les blagues faites aux garçons pour les chauffer ne sont plus que des blagues et la première expérience se fait presque dans la rue, à 13 ans. Et puis c'est l'engrenage.

Il y a des réflexions sur la femme objet, sur la surprotection des adolescents ou son contraire dans la communication des adultes au sujet de la sexualité, l'image des garçons qui ne pensent qu'à ça (forcément mal vécu quand ils ne veulent pas) et des filles qui ont le choix entre aimer ça et/ou le pratiquer et être des putes ou être "sages" et être des filles sérieuses.

     Julie, par exemple, est entraînée là-dedans et se voit étiquetée "pute", rejetée et condamnée. Aidée ? Pas tellement.

     Il est très intéressant dans son discours et très bien écrit. J'ai juste été un peu gênée par son côté hybride. Si c'est un roman, l'histoire des filles n'est pas assez développée mais si c'est un "documentaire" (ou essai, témoignage...), j'aurai aimé qu'elle aille plus loin dans l'analyse et la réflexion. Parce qu'elle soulève des éléments intéressants que j'aurai aimé approfondir avec elle.

     Notamment la publicité. Elle cite des pub (qui vous parleront, si je vous dis : une pub pour les céréales "Lion" dans un avion ou une pub pour un patch anti-douleur dans un bureau, une femme en appui sur le bureau, dos tourné vers un homme, elle penchée, lui debout) qui passaient tous les jours, qui étaient banales mais qui évoquaient le sexe. En tant qu'adulte on peut en rire ou pousser un soupir, mais comment les plus jeunes le perçoivent-ils ?

     Alors oui, toutes les petites filles ne vont pas tomber dans le sexe et la prostitution comme nos quatre héroïnes (l'une d'elles y échappe d'ailleurs), mais toutes sont confrontées à ces images (pubs, idoles comme Miley Cyrus, harcèlement...)

Un texte qui lance la discussion, qui peut être une base pour discuter du sujet, aller plus loin, en débattre.

Marion (Source image : librairie Durance.)

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