L'année de grâce de Kim Liggett (2020) SP

Publié le par Marion L.

L'année de grâce de Kim Liggett (2020) SP

Un livre qui mélange avec brio un quelque chose de "la servante écarlate" et de "Hunger Games", entre autres. Un roman adolescent prenant sur la condition de la femme. Il sort le 7 octobre. Un grand merci à Babelio et à Casterman jeunesse pour ce livre en avant-première.

     Tierney a 16 ans, dans un monde gouverné par les hommes. Ses soeurs aînées ont déjà passé leur année de grâce mais ne peuvent pas lui dire ce qui l'attend. C'est un secret, toutes les femmes l'ont vécu à leurs 16 ans, aucune n'a le droit d'en parler.

     Pourtant, c'est un moment important. Aucune n'est revenue inchangée.

On raconte qu'à 16 ans une femme est au sommet de sa magie, qu'elle a un pouvoir qui fait effet sur les hommes et rend les épouses jalouses. A cause de cette magie, elles sont dangereuses. L'année de grâce permet de détruire ce pouvoir.

     La vie des femmes est toute tracée. Elles ont d'abord un ruban blanc, signe de la pureté. Puis, le ruban rouge. Elles le changent par un noir lorsqu'elles deviennent épouses.

     Peu avant le départ pour l'année de grâce, les hommes se réunissent pour choisir les jeunes filles de 16 ans qu'ils marieront aux jeunes hommes du même âge. Elles, elles sont parquées en attendant d'être négociées. Les choisies recevront un voile et si elles reviennent de leur année de grâce, elles seront mariées et pourront offrir des fils. Si elles ne sont pas choisies, elles deviendront des travailleuses. Et si l'une d'elles ne revient pas, ses soeurs plus jeunes seront exilées vers les zones extérieures du village afin de devenir prostituées.

Et en quoi consiste cette fameuse année de grâce ? Elles sont menées dans un camp, en forêt, et devront y survivre pendant un an.

     Les dangers sont multiples car les braconniers surveillent. S'ils attaquent une fille, ils la torturent et la dépècent. Son corps en morceaux se vendra à prix d'or pour des remèdes.

"Tant de cruauté envers les filles. Que nous les mettions sur un piédestal pour mieux les broyer, ou que nous les exploitions corps et âme, nous sommes tous complices. Mais chaque petit geste compte, et je veux croire que de cette destruction naîtra quelque chose de bon". (page 417)

Voilà l'ambiance. Tierney veut juste survivre à son année de grâce et ne pas se marier. Elle est le vilain petit canard de cette histoire, elle ne veut pas jouer le jeu.

     Il a quelque chose de "La servante écarlate" dans le discours féministe avec les femmes soumises, les différentes catégories de femmes, le côté bétail bon à la reproduction… Le personnage sous-entend qu'elles sont nombreuses, plus que les hommes. Que si elles décidaient de se rebeller en même temps, elles pourraient gagner. Mais la peur est trop forte, personne ne fera le premier pas.

     Il y a même cette idée qu'une femme est plus dangereuse pour une femme qu'un homme pour une femme.

     Il y a aussi un quelque chose d'Hunger games avec ce personnage et cette survie dans les bois.

     Comment mettre en place une oppression, le pouvoir de la persuasion sur le corps et l'esprit, l'espoir d'un changement… voilà ce que j'y ai vu.

C'est un roman "d'aventure" haletant. Je l'ai dévoré en à peine une après-midi. Son message et les aventures du personnage ne peuvent que toucher. Il n'est pas très original dans ses propos mais il est prenant. Une rébellion peut fonctionner par une accumulation de petites choses, par des petits riens en apparence. Et dans ce combat, les femmes ne sont pas forcément seules car tous les hommes n'acceptent pas la situation :

"-Je n'étais pas seule. Ton père  est un homme bien. Mais même les meilleurs ont besoin d'un coup de pouce, de temps à autre." (page 429.)

Marion (Retrouvez le livre sur le site des éditions Casterman : L'année de grâce)

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