Roissy de Tiffany Tavernier (2018)

Publié le par Marion L.

Roissy de Tiffany Tavernier (2018)

J'ai lu ce livre suite à l'avis de Manou sur son blog que vous pouvez retrouver ici : Roissy. Un huis-clos à l'aéroport de Roissy. La narratrice n'a pas de nom, pas de passé, pas de souvenirs.

     Elle sait juste qu'elle est bien ici, qu'elle échappe à la femme qu'elle était. Elle fait semblant, elle est qui elle veut, tant qu'elle est une voyageuse. Car si elle s'arrête, la sécurité saura qu'elle est l'une des SDF du secteur, et on lui posera des questions, on l'arrêtera. Et elle ne veut pas se souvenir, elle veut faire perdurer cet état, cette innocence à travers l'ignorance. Les avions la rassurent, si elle part, tout s'effacera à nouveau.

     Mais un jour il y a cet homme qui attend toujours le Paris-Rio, espérant que le crash de l'avion n'était qu'un cauchemar. Il la connaîtra sous le nom d'Anna et la mettra, malgré lui, devant ses contradictions.

     Un roman polyphonique. Deux univers qui se croisent : celui d'Anna et celui de cet homme. Deux souffrances, deux blessés par la vie qui se reconnaissent, se trouvent, puisent en l'autre. Deux univers toujours, celui des voyageurs de l'aéroport, en transit, qui ont une vie ailleurs, et les permanents, les SDF qui vivent ici. Deux mondes qui se croisent et se mélangent plus ou moins avec elle car elle fait partie du second mais fait croire appartenir au premier.

     C'est comme une grande fuite en avant. Elle oublie qui elle est, se créé d'autres vies. Pour survivre, à la fois dans sa tête et dans ce lieu. Il la rassure, il la protège de son passé. Elle s'y sent en sécurité alors qu'elle n'y est pas, entre les dangers de ce mode de vie et l'obligation de toujours bouger, ne jamais se faire repérer.

     Elle n'est pas bien, elle est fragilisée et Tiffany Tavernier le rend très bien. La psyché de "Anna" est telle qu'on ne sait pas si elle invente certains personnages autour d'elle. Au début je pensais que Vlad était une voix dans sa tête.

     Nous sommes plongés dans sa tête, dans son monde, dans ses sensations, dans ses peurs. Ce qui donne une dimension onirique à ce texte. Sensation réhaussée par les coupures : des souvenirs qui refont surface, un texte décousu d'un "pensionnaire de Roissy" et sa vision de ce monde avec ses lettres partout (Terminaux F et autres) et ses personnes qui ne reviennent jamais après avoir pris l'avion. De son point de vue, ces gens vont-ils vraiment quelque part ? Ou disparaissent-ils pour toujours ?

Elle nous ouvre les portes d'un autre monde où d'autres règles sont la norme. Un roman qui se vivrait presque comme une pensée.

Marion

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M
Je l'avais aimé et l'histoire est encore bien présente dans ma mémoire et me revient encore plus en détails en lisant ta présentation. Ce n'est pas le genre de lecture que tu fais habituellement en tous les cas et cela a du te changer ! Merci pour le clin d'oeil. Bon week-end
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M
Effectivement, je n'y serai pas aller spontanément, c'est ton retour qui m'a donné envie. Je ne l'ai peut-être pas autant aimé que toi, mais ça a été une belle découverte pour moi. Donc, encore merci. Bon week-end.