Derrière la grille de Maude Julien (2014)

Publié le par Marion L.

Derrière la grille de Maude Julien (2014)

Une histoire vraie ? Parfois, la réalité dépasse la fiction, comme le prouve cette histoire vraie.

     Le père de Maude a tout fait pour sa naissance. Il a repéré la mère quand elle n'avait que huit ans et a obtenu le droit d'en assurer l'éducation afin de lui faire plus tard un enfant. Un enfant qui est comme lui, un "élu". Enfermée dans une grande maison pour qu'elle ne soit pas souillée par l'extérieur commence son éducation.

     Sa mère, bardée de diplôme, fera son éducation scolaire. Lui, il lui apprend à survivre aux camps de concentration à travers la musique, à communiquer avec les morts, à nager en cas d'évasion (et le cheval aussi, surtout qu'elle se fera passer pour un homme pour entrer dans un ordre de chevalerie), à ne pas faire confiance, à entrer dans un cirque si elle veut voyager incognito, à résister à l'alcool (pour faire parler quelqu'un ou pour réussir un duel malgré la boisson), à tordre des cuillers avec son esprit...

En bref, c'est une enfant qui grandit en dehors du monde mais qui par chance trouve l'amour auprès des animaux et l'amitié chez certaines personnes même si toutes ne sont pas bonnes avec elle, qui grandit auprès d'un père complètement fou, dans une ambiance sectaire (son père est le gourou qui utilise son pouvoir sur sa fille et sa femme) mais qui en a conscience car très vite habituée à lire (et à lire des textes hautement littéraires ou philosophiques.)

     Grâce à la littérature, elle se construit et n'est pas complètement sous l'emprise de son père, notamment grâce à la lecture des "Mémoires écrits dans un souterrain" de Dostoïevski.

     Après toutes ces années il doit être difficile de passer outre un tel passé. D'ailleurs, l'auteure le dit, il y a eu des séquelles. Mais la reconstruction est possible.

     Une histoire particulière qui diffère de celle de "la Démesure" (un autre récit de vie que j'ai lu peu de temps avant.) Ici ce n'est pas réellement une enfant battue (même si elle paie aussi cette vie physiquement.) Pas de coups, tout est psychologique avec, malgré tout, une certaine douleur physique.

Effrayant que l'on puisse séquestrer de cette manière une enfant aussi longtemps, sans que personne ne s'en inquiète... Car elle n'est libre que parce que son père avait l'ambition de la marier, qu'elle en a profité et qu'elle a reçu un peu d'aide pour faciliter sa fuite. Pas de police, juste un homme bienveillant.

Marion (Source image : librairie Durance)

Publié dans Récits de vie

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