Les mélodies d'ailleurs 1 : le tisseur du temps de Cédric Frantz (2019) SP

Publié le par Marion L.

Les mélodies d'ailleurs 1 : le tisseur du temps de Cédric Frantz (2019) SP

Je suis mitigée pour ce livre qui ne s'adresse sans doute pas à tout le monde. Je m'explique.

     D'abord, en voici le résumé. Je me limite plus ou moins à l'axe donné par Librinova, puis j'irais plus loin. Nous sommes face à un roman de fantasy, dans un monde imaginé qui existe depuis un certain "éveil". Kalaen est un enfant d'une dizaine d'années, curieux et passionné de sciences. Il a aussi des capacités magiques innées. Des capacités magiques et intellectuelles repérées par son voisin, Falchron. Un vieux monsieur jugé étrange par le reste du village.

     Kalaen découvre ses dons et Falchron est là comme professeur, une sorte de père spirituel.

     Puis, lors d'un jeu près d'une carrière et d'une forêt, Kalaen tombe sur une étrange créature qui l'amène vers un artefact. Un artefact mystérieux de l'ancien monde. Kalaen et Falchron vont l'étudier pour en savoir plus.

     Le monde créé est intéressant et plaira aux amateurs de fantasy. Moi, ce qui m'a vraiment plu est l'arrière fond. Falchron était un membre d'Alphysia, une organisation rangée en "guilde", qui se rapproche d'une université, constituée d'intellectuels. Une organisation qui va enquêter sur l'apparition d'un ennemi puissant et mystérieux, source d'une ancienne extinction de masse.

     En arrière fond, il y a aussi les croyances et les rituels de la population. L'idée avec la lune, par exemple, est excellente.

Il a créé un univers fascinant et très imagé. Dans lequel nous pouvons nous fondre sans difficultés.

     Mais… je vous avais dit que j'étais mitigée. Mais, il y a un aspect très important qui pourra ne pas plaire aux amateurs de fantasy. Car si vous y allez avec cette envie, vous risquez d'être déçus. Je suis curieuse du pourquoi il a fait ça, la raison profonde, car dans cette forme, cette idée semble ne pas servir l'histoire.

     Je m'explique et je donnerai des exemples. La science est importante dans ce livre, surtout que le personnage principal est dans l'apprentissage de certains phénomènes naturels. Jusqu'ici tout va bien et utiliser la science en SF ou en fantasy se fait et peut être un plus. Surtout si nous partons du principe qu'ici il y aurait de l'alchimie.

     Mais là, est-ce maladroit ? Y-a-t-il un problème de dosage ? Un public précis est-il ciblé ? Puisque la science est très omniprésente. Ce qui n'est pas un problème en soi. Le problème vient de son utilisation. Falchron explique à Kalaen et nous avons la sensation que l'auteur a ouvert un livre scolaire et l'a recopié. Il y a des pages entières consacrées, comme je vous montre dans ces deux exemples (le premier est une discussion avec Falchron, le second est un passage où Kalaen lit un livre scientifique) :

Exemple 1 : "- J'ai tout lu sur la structure simple des atomes. Qu'ils sont constitués de protons, de neutrons et d'électrons. L'atome d'hydrogène est le plus simple - et le plus abondant - car il est uniquement constitué d'un proton et d'un électron. Puis, il y a l'hélium, avec deux protons, deux neutrons et deux électrons. Ces deux électrons forment une paire qui occupe une orbitale électronique de géométrie sphérique ; une orbitale de type s. Puis, en ajoutant à chaque fois un proton, un neutron et un électron, on obtient le lithium le béryllium, suivis du bore, du carbone, et l'azote, de l'oxygène et ainsi de suite. A partir du bore, les électrons commencent à se positionner sur des orbitales de type p qui sont au nombre de trois. Elles peuvent donc accueillir six électrons au maximum […] (page 134 sur liseuse)

Exemple 2 : "[…] Nous verrons dans le chapitre 6 que les électrons peuvent être décrits par quatre nombres quantiques.

- n ≥ 1, le nombre quantique principal, est le niveau de la couche électronique ;

- 0 ≤ 1 ≤ n1, le nombre quantique azimutal, correspond à l’une des sous-couches s, p, d ou f ;

- 1 ≤ mℓ ≤ +1, le nombre quantique magnétique, est le numéro de l’orbital occupée ;

- Ms = ± ½, nombre quantique magnétique de spin, représente le spin de l’électron, propriété intrinsèque de ce dernier, et est indépendant des autres nombres quantiques. Une même orbitale électronique n, l, mℓ peut uniquement être occupée par deux électrons de spin opposé […]" (page 355)

      Dès que le personnage peut apprendre quelque chose (la lumière, le système solaire, la fabrication du caoutchouc…), nous avons droit, comme lui, à un cours de physique-chimie avec toutes les démarches et toutes les explications possibles. Sans que ce soit de la vulgarisation ou une manière pédagogique de le faire.

     En effet, s'il nous avait offert un roman qui se sert de la fantasy pour nous apprendre de la physique-chimie de manière pédagogique et ludique, j'aurai beaucoup aimé l'idée. Là, c'est trop scolaire, cela dessert l'histoire car ça nous fait sortir de l'histoire.

     Un public précis peut aimer, peut-être pas celui qui vient y rechercher de la fantasy. L'astuce serait de lire ces passages en diagonal, mais ce serait dommage. Surtout qu'ils servent sûrement l'histoire, à comprendre les phénomènes physiques pour comprendre la magie… encore faut-il comprendre ce qui est expliqué.

En tant que lecteurs nous pouvons avoir la sensation que des passages entiers ne sont pas forcément utiles pour l'histoire, qu'il y ait - comme on dit en informatique - du "bruit". Et c'est dommage.

     Idem (encore dans l'idée de ce qui pourrait déranger un lecteur) dans le vocabulaire. Nous restons dans quelque chose de très scientifique dans la démarche et il utilise des termes élitistes tout du long. Exemple, au lieu de dire qu'un personnage a les yeux rouges : "de fins vaisseaux rouge vif parcellaient ses sclérotiques blanches." (page 62)

     Je m'y suis vite fait et cela ne m'a dérangée qu'au tout début (le temps de s'y faire). Mais peut être rebutant pour un certain public.

En bref, j'ai un statut quo de mon côté. Il y a des points forts, il y a des points faibles, mais cela va beaucoup dépendre du public. Et j'ai peur que les données scientifiques, la rigueur scientifique représentée (même dans les actions où les journées sont décrites, ce qui renforce cette impression de bruit, là où on s'attendrait à une découpe d'un éditeur ; où chaque geste est décortiqué) dérangent un large public… je préférais prévenir.

Marion (Source image : librairie Durance. Retrouvez le livre sur le site des éditions Librinova : Les mélodies d'ailleurs.)

Après tout :

"Un professeur n'est rien sans élève. En revanche, un élève qui désire vraiment apprendre, n'a pas forcément besoin d'un professeur.' (page 318)

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M
Je comprends tes réticences par rapport à l'usage qui est fait de la physique-chimie dans ce livre. Quand on lit un roman de fantasy, on n'a pas forcément envie d'entrer dans les détails ou de subir un cours de haut niveau surtout que comme tu le dis ça a toute chance de nous faire sortir de l'ambiance et donc de tout gâcher. L'auteur est peut-être un scientifique qui a du mal à se détacher de ses propres connaissances et dans ce cas comme tu le dis, le roman ne peut cibler que des personnes ayant les mêmes connaissances...Merci pour ton ressenti et tes réserves sincères
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M
C'est vraiment dommage parce que ça aurait pu être une superbe idée, mais j'aurais aimé qu'il choisisse entre les deux (faire moins d'explications scientifiques ou complètement partir sur la science, exemple : l'enfant découvre seul que l'orbite de la Terre autour du soleil est forcément elliptique. Lâché comme ça on a envie de dire "oui, on sait, et alors ?" Alors qu'il s'agit d'une découverte majeure de Kepler. Remise dans un contexte de découverte comme l'a fait Kepler m'aurait - personnellement - rendu la référence plus forte). J'attends de voir ce que l'auteur va penser de mon retour… j'espère qu'il ne sera pas trop fâché… Surtout que je ne sais pas s'il est scientifique ou grands passionnés. Nous verrons.