Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin (2017)

Publié le par Marion L.

Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin (2017)

La onzième case s'ouvre… sur une femme, un périple et des carpes dans des paniers.

     Miyuki est mariée à Katsuro, le meilleur pêcheur de carpes du Japon, et elle est heureuse. Elle l'aime et ses journées sont rythmées par l'activité de son mari en ce XIIe siècle à l'époque Heian, Japon.

     Mais un jour, les villageois lui rapportent le corps de son mari, noyé. Il ne pourra plus lui faire l'amour, la toucher, la caresser, l'aimer, lui parler et rentrer tous les soirs. Il ne pourra plus non plus pêcher les carpes pour le bassin de l'empereur. Or, le directeur du bureau des jardins et des étangs attend sa commande. Afin de ne pas deshonorer le village et perdre les avantages qui profitaient à tous, Miyuki doit faire la livraison.

     Débute alors un périple vers la ville. Et les choses commencent mal, moins forte que son époux, elle ne peut porter que huit carpes au lieu de vingt.

     En chemin, elle devra veiller sur les carpes, elle qui en a déjà si peu. Elle sera confrontée aux méandres de la route, à des crapules et des maquerelles, des orages et la fureur des Kappa (des monstres aquatiques.)

Une marche longue et épuisante jusqu'à l'empereur, dans les pas de Katsuro et dans ses enseignements.

"Ce qu'elle aurait voulu dire était pourtant simple : ce qu'on apprend compte moins que la personne qui nous l'enseigne […]" (page 272).

Une histoire très belle qui prend des allures de conte initiatique et mythologique.

     Je l'ai pris comme une ode à l'amour. Car même s'il est mort, Katsuro est là, avec elle. Tant que l'on pense à un disparu, il reste avec nous. Et Miyuki pense beaucoup à son mari. Elle y était très attachée.

     Nous découvrons leur histoire commune tardivement, car il meurt dès le début du livre, à travers les souvenirs de Miyuki. Et leur histoire est touchante, très mignonne. Peut-être qu'au début leur union était intéressée, des deux côtés, mais une véritable tendresse est née.

Une histoire très belle, accompagnée d'une écriture à la fois belle et agréable. Un petit quelque chose de poétique et de prenant.

     Nous sommes happés par Miyuki, comme par magie. Elle est comparée un moment à un Kiyûbi no Kitsune, une renarde capable de prendre une apparence humaine, de préférence celle d'une jeune femme jeune et séduisante. Miyuki est un peu ça, avec un côté sauvage, qu'on ne peut attraper, appréhender dans sa totalité. Surtout pour le maître du bureau des jardins et des étangs.

     Une collègue me l'avait conseillé à sa sortie en 2017 et je suis contente d'avoir enfin pu m'y mettre (fin 2019). Une très belle découverte de mon côté : magie, croyances, tendresse, sensualité, curiosité, traditions…

Si je dois le définir en deux mots je dirais tendre et sensuel

Marion

Publié dans Autres, Coups de coeur

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