Parler de sexualité aux ados du docteur Nicole Athéa (2006)

Publié le par Marion L.

Parler de sexualité aux ados du docteur Nicole Athéa (2006)

Sous-titre : "Une éducation à la vie affective et sexuelle". En février, mois à thème sur l'érotique. En novembre, mois à thème sur les documentaires autour de la sexualité.

     Un livre très complet qui brasse large et qui propose du concret dans les conversations. En effet, parfois, elle offre un cas pratique à discuter avec les ados : le thème, le scénario pour l'illustrer et le déroulement de la discussion avec des objectifs et les questions qui peuvent être posées.

     Un livre qui n'est pas vraiment tout public, même s'il reste accessible. Il peut aider des parents mais ne s'adresse pas directement à eux (d'ailleurs, elle avoue que les ados ont difficilement ce genre de conversation avec leurs parents, voire des altercations. ) Il paraît plus adapté à des intervenants qui feraient des interventions à l'école sur le thème de la sexualité.

     Au niveau du format il ressemble à un mémoire (qu'on peut faire à la fac). Pas tout à fait technique (à destination de professionnels) mais pas complètement vulgarisé. D'ailleurs, j'ai plus fait une prise de note qu'une critique. Et je commence cet article par mon avis, ce que normalement je laisse à la fin.

J'ai donc appris mais avec l'impression de ne pas pouvoir appliquer et éventuellement, ne pas être concernée. Je reprendrai sûrement mes notes et cet article quand j'aurai un adolescent (ce dont je suis loin.)

     Il peut être difficile à lire de par le style. Mais il m'a pris, concrètement, la même durée de lecture qu'un roman de même taille (300 pages). Un livre qui se mûrit.

"Pourquoi parler de sexualité ? [les objectifs]

  • Fournir aux jeunes la possibilité de mieux comprendre les dimensions de leur sexualité et de les intégrer positivement dans leur personnalité ;
  • les aider à accepter les modifications dues à la puberté qui transforment leur vie relationnelle et les confrontent à leurs pulsions ;
  • faire en sorte que les processus d'estime de soi et d'estime de l'autre participent au mieux chez eux à cette maturation ;
  • les accompagner dans le repérage de leur identité sexuelle : ils ont à se construire une identité qui respecte leurs propres valeurs culturelles et religieuses, tout en ménageant le plus grand espace possible à la satisfaction de leurs désirs ;
  • leur permettre de réfléchir à cette identité sexuelle et de l'accepter afin qu'elle ne soit pas fondée sur des principes rigides, notamment ceux qui font référence aux stéréotypes sociaux ;  [...]
  • leur apprendre à concilier au mieux les enjeux inhérents à la relation sexuelle et les enjeux de préservation de la santé morale et physique (IST, IVG) ;
  • leur permettre de repérer les lieux ressources dans lesquels ils pourront trouver une aide médicale ou psychologique adaptée : centres de planification ; CDAG (centres de dépistage anonyme et gratuit), PIJ (points d'information jeunesse), numéros verts... Pour de nombreux adolescents, la possibilité d'identifier, lors des interventions en milieu scolaire par exemple, des interlocuteurs qualifiés qu'ils peuvent ensuite revoir et avec qui une relation d'aide plus approfondie peut se créer, est tout à fait essentielle.

     Pour une relation hétérosexuelle [...] :

  • pour les garçons : comment exprimer leurs sentiments et vivre un investisement affectif sans s'éloigner pour autant de leurs pulsions ;
  • pour les filles : comment reconnaître et prendre à leur compte les enjeux liés aux pulsions et la recherche du plaisir sexuel, tout en les intégrant à la recherche d'un épanouissement affectif et relationnel.

Pour une relation homosexuelle, ces enjeux seront centrés sur la capacité à nouer des relations positives et constructives, en évitant de se mettre en danger du fait de l'intégration d'une mauvaise image de soi, notamment liée à l'intériorisation de l'homophobie et de la honte sociale. Une réflexion sur l'accueil spécifique de ces garçons et de ces filles serait de ce point de vue souhaitable" (pages 25-26).

     Elle s'attache à l'enseignement de la sexualité dans le milieu scolaire. Centrés pour le moment sur les risques liés à la sexualité et jamais sur le pourquoi avoir des rapports. Son introduction soulève cette question :

"Si le but n'est plus de "faire de la prévention", mais plutôt de "réfléchir sur la sexualité", il nous faut prendre en compte le développement psychosexuel et la maturité sexuelle et affective des adolescents" (page 27)

     Première étape : se questionner sur la maturité sexuelle. La loi pose une limite arbitraire mais chaque adolescent aura sa propre expérience, sa propre approche (plus ou moins saine), autour de quatre facteurs :

  • les motivations  d'entrée dans la sexualité : pour soi, pour les autres, pour l'homme aimé, contre les autres ou contre soi (elle fait une distinction fille garçon que je n'ai pas rendu ici). Agir, éprouver, se mettre à l'épreuve, éprouver la réalité de son corps...
  • l'influence des partenaires : important dans l'orientation positive ou négative des motivations et de la relation.
  • la façon de vivre sa sexualité : si une motivation positive, de l'amour et autre, l'adolescent peut rencontrer d'autres difficultés comme l'absence de jouissance chez les filles (il faut apprendre et prendre son temps), les problèmes d'érection chez les garçons. A nous de les rassurer, dire que tout va bien. Si des motivations négatives : sexualité non épanouissante. Expliquer que ce sont ces émotions le problème et non l'adolescent.
  • les réactions des parents : selon les valeurs, religieuses ou culturelles. L'interdit peut être bien vécu ou transgressé pour de mauvaises raisons. La discussion peut être difficile et un médecin peut devenir médiateur, notamment pour les questions de contraception.

​​​​​​​"Les images à connotation sexuelle, la culture du sexe dans laquelle nous vivons tous au quotidien ne peuvent pas ne pas être évoquées comme si elles étaient invisibles" (page 50) Il faut prendre en compte la pornographie lors de l'éducation sexuelle, car elle est une représentation de la sexualité pour les ados.

     Après l'aide aux ados à acquérir une maturité sexuelle et affective, l'auteure se concentre sur la puberté et le développement psychosexuel des ados. En effet, la puberté modifie le corps et l'image de soi, souvent pervertie par les idéaux physiques prônés par la mode. ​​​​​​​Les seins, le pénis, la pilosité, l'acné... autant de changements qui peuvent perturber. Surtout si on donne des chiffres, des moyennes. Que retiendra l'ado ? La moyenne ? ou les variations ? N'en fera-t-il pas une norme ?

     Le développement psychosexuel commence tôt, avant l'adolescence, et continuera dans l'âge adulte. L'auteure décide de l'expliquer par tranche d'âge, même si elle prévient que chaque individu est unique et qu'il n'évoluera pas de la même manière.

     Les 0-3 ans : interrogent et s'interrogent, notamment sur "les identités sexuelles, les organes sexuels, leur nom et leur fonction." (page 7.) Dans cet apprentissage il est influencé par la famille (surtout si venue d'un autre bébé) et par l'école car il y côtoie d'autres enfants de son âge.

     Les 6-10-11 ans : ont plus ou moins les mêmes questionnements, mais ils sont complétés par de nouvelles préoccupations et un degré de précision plus important :

"Les parents et les professionnels animant des groupes sur la sexualité doivent ainsi toujours répondre aux questions, mais jamais au-delà de ce que l'enfant, ou le groupe, veut réellement savoir." (page 81)

     Les 12-15 ans (garçons) et les 11-14 ans (filles) : puberté et ce que cela entraîne.

     Les 14-18 ans : des questionnements identiques, l'engagement du corps en plus. Avec des questions du type : comment savoir s'il/elle veut sortir avec moi ? Comment savoir qu'on lui plait ? Est-ce que je dois "le" faire ? A quel âge ? Avec qui ? Comment savoir que c'est le bon ? Comment cela va se passer ? Vais-je assurer ? Les thèmes importants deviennent les pratiques sexuelles, les positions et le plaisir sexuel (rappelons qu'ils sont touchés par la diffusion très large de la pornographie.)

     Comment toute cette information sexuelle est-elle reçue par les ados ? Car il y a ce qui est implicite (ce que l'ado observe et voit, ce qui est souvent mieux intégrer) et l'explicite (ce qui est dit), le rapport aux parents, à la discussion sexuelle souvent difficile avec eux (d'où l'importance d'un autre adulte en dehors du cercle parental). Mais aussi la construction des normes du groupe à travers les copains. L'environnement de l'ado influence l'information, entre parents, amis, société et médias. Ne pas minimiser l'impact des médias et des images à connotation sexuelle, surtout dans notre "société sexe", comme le dit Patrick Baudry. Ces sollicitations sexuelles jouent un rôle sur la précocité de l'éveil sexuel, voire du passage à l'acte.

     La liberté sexuelle arrange-t-elle les choses ? Non, car se développe la dictature de la jouissance. Si déception de l'orgasme : suis-je frigide ? Une autre définition de la sexualité se créé et de nouvelles normes avec elle.

     Un fonctionnement et une réalité qui rappellent l'importance d'en parler avec eux. A la puberté, les filles ont un crain d'avance, ce qui peut provoquer une réaction masculine. Les garçons ont les pulsions sexuelles mais pas la maturité, et cela peut se traduire par des provocations. Parler avec eux sans provoquer leur excitation sous-entend d'utiliser des termes neutres. Il convient aussi d'identifier les thèmes qui les préoccupent (cette différence pubertaire, les raisons de leur agressivité entre les sexes, les difficultés et les conflits avec les parents...)

     Parler du corps, de l'anatomie et à travers ça de la jouissance féminine (le clitoris étant encore trop souvent absent alors qu'il est l'organe du plaisir). Et à travers tout ça, passer de la jouissance au plaisir de la pratique à deux (de partager quelque chose.)

      De la notion de virginité  et sa définition : l'hymen intact ? Autre chose ? L'aspect religieux ou culturel : "l'adolescent se trouve alors souvent dans une impasse, contraint de maintenir le clivage au prix de la formation d'un "faux-self", plus ou moins envahissant, tant qu'une zone transitionnelle, espace de valeurs connoté positivement par les valeurs de la famille et celles de l'extérieur ne pourront être trouvées." (page 130)

Ce qui veut dire que l'adolescent peut être pris entre les valeurs parentales et un autre enseignement. Ce qui peut le perturber, voire l'extrêmiser dans des valeurs familiales que la société rejette.

"On voit ici l'importance de réfléchir avec eux sur la prise de conscience de la pression sociale et les nouvelles normes qui s'exercent sur eux, et qui constituent des entraves de plus en plus grandes à un choix réel et libre (dans la mesure du possible)" (page 145) : Faire comme les copines, moyenne de la première fois  17 ans vue comme une étape, une norme, une obligation de normalité.

Apprendre à dire oui ou non est important, chez les filles comme chez les garçons. S'éloigner de l'image du garçon toujours prêt et de la fille trop "chaude" ou frigide.

     L'auteure distingue schématiquement cinq modes d'entrée dans une relation sexuelle : la pulsion sexuelle (associée aux hormones, où l'autre est là comme objet, comme une aide à la masturbation) ; l'attirance sexuelle (un corps nous plaît sans réelle relation, celle majoritairement représentée dans les films ; celle dans laquelle s'engage les filles et qui les déçoivent pour leur première fois) ; le sentiment amoureux (le mode le plus envisagé par les adultes) ; la passion amoureuse (idéalisé, mais finalement reconnu comme étant incompatible avec une longue relation car elle découle d'une dépendance à l'autre et ne se suffit pas à elle-même.) Et l'amour, qui est à part, il est ce qui fera un couple et une famille.

     Et l'homosexualité ? L'orientation sexuelle ne se choisit pas, elle se construit à notre insu. Et travailler en amont sur la honte sociale serait bénéfique pour ces ados. Surtout à une période d'ambivalence homosexuelle (à l'adolescence : des attirances, des amitiés fortes qui ne deviendront pas forcément une orientation sexuelle) avec cette peur qui peut mener à l'homophobie.

     Après tous ces aspects, il est temps de terminer avec les risques liés à la sexualité. Tous les points précédents sont ce qu'elle trouvait dommage de ne pas être abordés par les intervenants. Qui se concentraient sur les risques, justement.

     Elle rappelle dans ce chapitre la différence des sexes qui peut amener une certaine violence, une guerre des sexes. Elle peut être causée par la jalousie, ou une colère profonde couplée à une force plus importante que la personne en face (ce qu'elle appelle une colère impulsive, presque en contradiction avec une colère destructrice qui cherche volontairement à détruire l'autre.)

     Puis vient l'inceste (un sujet sensible, surtout si des victimes sont dans le groupe) et le viol :

  • "rappeler la loi : les adolescents la connaissent, mais il est essentiel de la leur rappeler et d'insister sur le fait que le caractère collectif d'un viol [tournantes] est un facteur aggravant. La loi se place toujours du côté de la victime et estime que dans un groupe de jeunes s'il y en a un qui "déjante", les autres doivent être capables de le protéger de lui-même et de protéger la victime potentielle ;
  • remettre en cause leurs représentation des violeurs : les violeurs sont des garçons qui pourraient leur ressembler. Le viol est un problème qui pourrait les concerner [..] ;
  • montrer qu'une victime de viol se définit précisément par le fait qu'elle n'est pas consentante : ni les filles ni les garçons "ne demandent que ça" ;
  • leur permettre de comprendre ce qu'est un processus de victimisation, pour leur faire reconnaître la culpabilité des violeurs." (pages 219-220)

     Ensuite vient la question de la grossesse et de la contraception. Les différentes formes possiles de contraception et la discussion autour du responsable dans un couple de cette contraception. Peut-on laisser les filles seules responsables avec la pillule ? Comment aborder ces questions avec les ados, les faire réfléchir sur ce que tout cela implique. Que ce n'est pas juste une histoire d'éviter le SIDA (préservatifs).

     Et la grossesse peut être le fruit d'un processus particulier autre qu'un manque de contraception : une envie de vérifier qu'on est fertile, une grossesse "punition"... Ce qui amène à la question de l'IVG.

     Et la question de la contraception engendre aussi celle des IST. La capacité du préservatif, notamment, à protéger du VIH, herpès, gonococcie, hépatite B, syphilis, trichomonas, chlamydiae. Que ce soit le préservatif masculin et féminin.

Enfin, la pornographie et les performances sexuelles. Le travail sur la pornographie ne soit pas se faire avant 15 ans.

"Les adolescents prennent alors conscience qu'il est important que ces choses puissent se dire. Tout se passe comme si aujourd'hui tout devait se faire, mais rien ne devait se dire…" (page 277)

     La pornographie sous-entend d'autres pratiques comme la sodomie qui fait intervenir des composantes complexes à prendre en compte. Mais aussi l'impression qu'une femme est toujours disponible sexuellement, de façon permanente. Le corps dit non quand parfois l'esprit ne peut le faire. D'où l'importance de faire une distinction entre plaisir et jouissance.

Marion

Publié dans Documentaire

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M
C'est un livre à mettre entre toutes les mains. Il a l'air très complet et aborde toutes les facettes de la sexualité. Si certaines choses sont facile à expliquer par les parents d'autres sont plus complexes et souvent on se pose la question de savoir si l'ado est prêt pour les entendre et les comprendre. C'est vrai que souvent les ados préfèrent parler avec d'autres adultes que leur parent. En collège j'organisais des intervention de l'infirmière dans mon club lecture. On lisait des romans en rapport avec le sujet du style "la première fois", "la contraception", "la grossesse non désirée", l'infirmière jouait le jeu et les lisait et ensuite les ados se livraient et bien entendu les questions dérivaient sur leur préoccupation du moment...Il faut aussi casser certains clichés et veiller actuellement à vérifier que certaines croyances ne sont pas erronées car les réseaux sociaux véhiculent beaucoup de choses fausses. En tous les cas un guide indispensable pour tous les intervenants. J'y jetterai un oeil en tant que grand-mère car bientôt je suis certaine que je devrai aussi répondre à des questions...Merci pour cette chronique complète
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M
Effectivement, il aborde tout ça. J'ai trouvé qu'elle était juste dans ce qu'elle disait : qu'il faut les prévenir, répondre à leurs questions, leur donner autre chose que les points négatifs sans les oublier… tout en respectant leur âge et qu'ils ne veulent peut-être pas tout savoir non plus.