Une sorcière à la cour de Philippe Madral (2019) SP

Publié le par Marion L.

Une sorcière à la cour de Philippe Madral (2019) SP

Merci aux éditions JC Lattès et Netgalley. Paris, du vendredi 17 juillet 1676 au mardi 21 juillet 1682 : l'affaire des poisons. Et de mars à juin 1709.

     Nicolas De la Reynie était le lieutenant général de police de Louis XIV. Homme décrit comme intègre, honnête et fidèle au roi par Philippe Madral. Il a amélioré la sécurité et l'hygiène des rues de Paris. Efficace, il est appelé par le roi afin d'enquêter sur une affaire qui dérange le roi : l'affaire des poisons.

     D'abord des officines dans lesquelles les nobles vont - malgré l'interdiction du roi - pour côtoyer des "sorcières" et obtenir des produits. Soit des philtres d'amour, soit des soins, soit des poisons. Et les morts à la cour se multiplient, ce qui remet en cause le roi.

     La Reynie se lance donc dans cette enquête. Une enquête qui le mettra lui et sa famille en danger. Car des nobles proches du roi sont concernés. Ce sont donc des ennemis puissants. Surtout qu'un complot contre le roi est sans doute au cœur de cette affaire.

     Et je peux le dire car ce n'est pas un secret, Mme de Montespan, la favorite du roi et la mère de 6 de ses enfants, serait impliquée. Ce qui complexifie le travail de La Reynie qui ne peut révéler cette information, ou prendre le risque de la révéler par d'autres biais (comme des témoignages).

     Autre difficulté ? Le roi lui-même. Il doit prendre en compte le bien de l'Etat et au vu des inculpés, cette raison d'état est parfois incompatible avec les besoins de l'enquête. La Reynie doit faire avec et nous comprenons sa frustration.

Avis donc aux amoureux des livres historiques. Car le format se veut être les mémoires de la Reynie. Comme un compte-rendu de son enquête, de son interrogatoire… Un format très intéressant entre policier et histoire.

     En plus, il profite de cette enquête pour se plonger dans la vie française sous Louis XIV et notamment sur la condition de la femme à cette époque et l'inégalité sociale.

     En effet, l'affaire des poisons est expliquée par l'envie des femmes de se protéger des hommes (si je fais un raccourci). De ces pères, frères, époux, qui traitent leurs femmes comme une sous-espèce, moins importante qu'un animal. Des hommes qui les brident, les humilient, les frappent selon leurs humeurs, les violent...

     Nicolas De la Reynie (du livre) est en avance sur son temps et reconnait ce problème, il comprend ces sorcières et les revendications des femmes. Lui-même reconnait que sa femme serait meilleure que certains hommes dans leurs fonctions si on la laissait faire.

     Il s'agit de la revendication principale. Mais nous croisons aussi l'inégalité. Ces femmes du peuple jugées et torturées quand les responsables, les personnes de la noblesse ne subissent pas le même traitement.

Le livre, en plus de nous offrir une enquête et une période historique, interroge son époque et, au passage, la nôtre. Car le passé ne peut que nous apprendre, non ?

     Philippe Madral s'est documenté et la bibliographie à la fin du livre nous le prouve.

En bref, un livre historique comme je les aime, passionnant, documenté, chargé de question et instructif.

Marion (Source image : Les éditions JC Lattès. Retrouvez le livre sur leur site : Une sorcière à la cour)

Publié dans Historique

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