Terrible vertu d'Ellen Feldman (2019) SP

Publié le par Marion L.

Terrible vertu d'Ellen Feldman (2019) SP

L'histoire de Margaret Sanger. Son nom vous dit quelque chose ? Moi, il ne me disait rien, et pourtant… Un grand merci aux éditions Cherche-Midi et Netgalley.

     Petite, Margaret a vu sa mère mettre au monde 13 enfants alors qu'ils ne pouvaient pas se le permettre. Elle l'a vue devenir une loque, une chose fatiguée et précocement vieillie. Toujours enceinte, épuisée, détachée de tous ces enfants. A peine un enfant est-il sevré qu'un autre arrive dont elle doit s'occuper.

Elle se fait alors la promesse de ne jamais vivre ça. Ne pas se marier, ne pas avoir d'enfant. Dans une société qui ne l'accepte pas… impossible.

     Sa mère n'est pas la seule femme dans ce cas. Elles sont nombreuses ces femmes qui ne souhaitent plus d'enfants mais tombent enceintes. Des femmes qui se meurtrissent en accouchements ou en avortements dangereux. Qui n'ont pas d'autres solutions. Avec un mari au chômage ou peu payé. Une accumulation de bouches à nourrir alors qu'ils ne peuvent pas les nourrir. Une pauvreté accrue… Toutes sortes de conséquences désastreuses.

"Je songeais à toutes ces femmes dans tous ces appartements ; certaines, comme Sadie étendues dans le noir les yeux grands ouverts, à se creuser la cervelle pour imaginer des moyens d'éviter ou d'interrompre une nouvelle grossesse que ni leur corps, ni leur budget, ni leur santé mentale ne pouvaient endurer ; d'autres, écartelées en silence, terrifiées, sous un homme en colère, ivre ou vengeur ; et d'autres encore, enivrées par le miracle de deux corps enlacés, encore inconscientes des conséquences. Nous étions piégées par les hommes, et par nous-mêmes." (Page 56 sur liseuse)

     De son coté, Margaret devient infirmière (ou presque), apprend le plaisir et l'acte sexuel et y prend goût. Finalement se marie et met au monde 3 enfants (ne va pas jusqu'au diplôme d'infirmière…) La vie qu'elle ne souhaitait pas ?

     Pas vraiment. Margaret se bat pour que la société reconnaisse ce problème de grossesses multiples et non souhaitées. Elle veut changer la loi, faire connaître les différents moyens de contraception. Elle inventera le planning familial.

"J'en avais assez de traiter les symptômes de la maladie. J'étais résolue à agir pour la prévention. J'arrêterais mon activité d'infirmière afin de me consacrer à la contraception. Je libèrerais les femmes de leurs entraves biologiques. Je délierais l'amour de ses conséquences. Et je veillerais à ce que tout enfant arrivant dans ce monde fût désiré et choyé." (page 57 sur liseuse.)

     Elle sera aussi arrêtée, jugée, condamnée, par la justice, par les siens. Margaret est un personnage complexe, à la fois révolutionnaire, héroïne et égoïste. Pour sa cause (qui est plus que juste) elle sacrifiera ses enfants. Une mauvaise mère, une mauvaise épouse mais un bénéfice pour la société.

     Elle peut être jugée car elle délaisse ses enfants pour la cause. Comment une mère peut-elle faire ça ? Il s'agit d'un jugement moral de notre part, conditionné par notre culture.

     Elle fait des infidélités, ne peut être la femme d'un seul homme, elle est égoïste ! Oui, et alors ? Si elle vivait aujourd'hui, elle ne se serait pas mariée.

      Une femme en dehors de son temps. Et une femme qui pourrait être - serait bon de mettre - d'actualité. En effet, en ce moment il y a débat autour de la pilule qui est de plus en plus controversée (et pour cause !) Mais quand j'ai lu ce livre, j'ai pensé à la pilule, la solution à ce problème. La solution à un instant T (oui, je m'éloigne de la simple analyse de ce livre. Promis, je ne vais pas très loin).

     En effet, il y a les préservatifs mais ces femmes sont dépassées parce que, malheureusement, les solutions d'époque (préservatif, coït interrompu…) viennent du mari ou coûtent cher. Elles rêvaient d'une pilule magique qu'elles pourraient prendre.

Ellen Feldman réussit à faire ressortir cette détresse, à faire comprendre l'importance du combat de Margaret. Sans cacher qu'elle était loin d'être parfaite.

     Le point fort, d'ailleurs, sont les témoignages de ses proches. Le point de vue est celui de Margaret. Mais de temps en temps les autres personnages s'expriment et donnent leur avis sur ce qu'elle vient de dire ou sur sa version d'un événement. Ce qui met ces instants en perspective. Elle se trompe souvent sur ce qui passe dans la tête des autres, elle ne voit pas toujours la même chose que ses proches...

Un roman, une histoire, un destin à découvrir. Une opinion à se forger. 

Marion (Source image : les éditions Cherche-midi. Retrouvez le livre sur leur site : Terrible vertu)

Publié dans Historique

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