La diagonale du désir de Sinziana Ravini (2018)

Publié le par Marion L.

La diagonale du désir de Sinziana Ravini (2018)

Une autre femme soumise à un homme et à son bon vouloir qui se découvre (je l'ai lu juste après : "Géographie d'un adultère". Je vous laisse découvrir l'article en cliquant sur le titre.)

     Un livre difficile à résumer. La narratrice est perdue dans sa vie sentimentale avec un mari distant et froid. Elle veut partir à la recherche de son désir. Elle s'invente alors un double littéraire, Mme X. Et pour la faire vivre, elle va demander aux femmes de son entourage de lui donner une tache, des missions à accomplir. Des actions qu'elle sera obligée d'effectuer et qui ont pour but, à la fin, de lui révéler son désir.

     Les femmes et leur désir sont donc au cœur de ce roman, avec des actrices, des artistes, des performeuses… Mais les hommes ne sont pas en reste. Car tout du long elle voit un psychanalyste à qui elle raconte les aventures de Mme X, pour ne pas dire les siennes. Il y a son mari et ses amants, mais aussi tous les autres hommes de sa vie. Ils ont tous leur importance.

     La comparaison de la quatrième de couverture avec Alice au pays des merveilles est très juste. Un peu onirique il est aussi abscons et multiple que le désir. D'ailleurs, elle le dit dès le début, elle cherche à confondre ou à faire se confondre la réalité et l'imaginaire à l'image d'elle et de Mme X.

     Tous les personnages qu'elle côtoie sont intéressants et participent à l'univers de l'ouvrage. Car ce sont tous des artistes et des intellectuels avec un regard sur la vie à travers ce prisme : artistique et philosophique.

     Elle aussi est une intellectuelle avec une culture riche. Tout le temps elle cite des auteurs, des philosophes, des films… Elle voit les choses à travers eux, à travers ses lectures, avec une grosse présence de Nietzche.

     Je ne peux ne pas penser à Vincent, son époux. Elle fréquente des femmes indépendantes, de la société des intellectuels, et il y a Vincent : elle l'aime et se rend compte que quelque chose ne va pas. Moi, j'ai bien envie de le qualifier de pervers narcissique.

     Oui elle est un peu étrange et déconnectée de la réalité mais il passe son temps à la rabaisser, à la dénigrer et à l'accuser de tout, même devant un public. Elle ne sait rien, elle est nulle, et si leur couple ne fonctionne pas, c'est de sa faute à elle. Impossible de ne pas se dire que le problème vient de lui. Rien d'étonnant au fait qu'elle ait besoin de se retrouver en tant que femme et de retrouver son désir avec un homme comme ça. On parle de femmes castratrices, mais pour les hommes, quel serait le terme ?

     J'ai trouvé ce livre fascinant (à la fin). Un peu irréel mais fascinant. C'est le genre de livre qui reste en bouche, qui ne vous quitte pas une fois terminé. Vous ne pourrez pas en entamer un autre dans la foulée.

     Un voyage, voilà ce que c'est. Un voyage imaginaire, réel, initiatique, onirique, des sens, dans la vie, dans l'inconscient, dans son désir de femme. Car elle aborde aussi la sexualité, le plaisir, le lâcher prise, sans juger, sans être jugée. Elle réhabilite le sexe des femmes : ce n'est pas sale, aberrant ou inaccessible.

Il ne sera pas facile à vendre à un public mais moi il m'a subjuguée.

Marion (Source image : médiathèque de Saint-Malo-de-g.)

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M
Le fait qu'il t'ait subjuguée est un argument de "vente"...le sujet du désir est intéressant, car souvent les femmes ne s'expriment pas à ce sujet facilement. Je trouve le titre intéressant et ta chronique très persuasive en tous les cas...Merci pour cette découverte
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M
Mais de rien, merci pour ton commentaire.<br /> Je pense qu'il s'agit de ce genre de livre qui ne met pas tout le monde d'accord. Entre ceux qui vont beaucoup aimé, et ceux qui ne vont pas aimer ou ne pas comprendre (ce qui n'est pas péjoratif.)