D'innombrables soleils d'Emmanuelle Pirotte (2019) SP

Publié le par Marion L.

D'innombrables soleils d'Emmanuelle Pirotte (2019) SP

Sortie le 22 août. Sur demande de l'éditeur, aucun retour blog avant cette date. Je garde donc au chaud cet article depuis mi-juillet. Merci aux éditions Cherche-midi pour ce SP.

     Christopher Marlowe est un poète dramaturge, contemporain d'Elisabeth 1ère et de Shakespeare. Hérétique dans ses propos et sodomite, il vit dangereusement. D'ailleurs, suite à une tentative ratée (consciemment ou non) d'assassinat, il est sauvé par Walter, un vieil ami et ancien amant.

     Ce dernier le ramène chez lui pour le soigner et le cacher. Pour son plus grand malheur. Car Marlowe y fait la connaissance de Jane, l'épouse de Walter. Lui qui a toujours été attiré par les hommes tombe fou amoureux/sous le charme de Jane. Ce qui est réciproque car à travers lui elle redevient femme.

Une passion dévorante les submerge tous les deux.

     Une passion puissante entre deux corps et deux esprits. Ils se désirent constamment. Leur corps ne peut plus vivre sans celui de l'autre. Mais ils ne se contentent pas de fusionner leurs corps. Ils fusionnent aussi leur esprit. Marlowe partage ses créations avec Jane. Qui elle-même écrit et partage avec lui.

      Lui qui a toujours connu des hommes découvre le corps de la femme. Il découvre ses formes, son fonctionnement, la puissance de l'orgasme, ses appétits charnels. Car Jane a ce quelque chose de masculin pour cette époque, elle a des envies et elle n'hésite pas à les vivre pleinement. Elle n'a rien du sexe soumis. Même si parfois sa condition de femme revient. Sa condition biologique (en voici un exemple à partager avec toutes les femmes.)

"Marlowe ne craint pas que le sang [menstruel] empoisonne son sexe, le ronge et le fasse ressembler au membre d'un lépreux, ou peut-être tomber, telle une poire blette […] elle avait bien constater que rien de tout cela ne se produisait." (pages 72-73 sur liseuse)

"Marlowe se moque d'elle. Et parfois il se fâche. Il dit : "C'est le sang de la vie, c'est beau et terrible, et les prêtres ont inventé cette histoire de punition divine parce qu'ils ont peur de la Puissance, du Mystère et de la Vie." Elle hoche la tête en souriant et il dit encore : "Ecoute-moi ! Tu n'es pas maudite, tu ne dois expier aucune faute. Tu es un être qui a le pouvoir de créer un autre être ; à l'intérieur de toi. Une créature toute neuve peut apparaître et grandir […]" (pages 73-74 sur liseuse.)

      Un livre très sensuel qui fait oublier l'époque. Il est comme intemporel. Peut-être parce que la passion est intemporelle, surtout un amour aussi brûlant, aussi entier. Il ne pourra que survivre, même aux deux intéressés.

"Avec moi viens t'en vivre, amour

Nous goûterons au fil des jours

Tous les plaisirs qu'offrent campagne,

Vallées et bois, prés et montagnes."

      Malgré tout, nous ne pouvons pas dire que c'est beau. C'est trop puissant pour ne pas être destructeur. Ils ont tellement besoin d'un de l'autre que cela fait maladif. Leur amour et leur désir sont puissants mais ne font pas envie.

      Pendant 194 pages nous nous perdons nous aussi dans cette histoire. Nous assistons impuissants à ce qui arrive, presque au même niveau que le mari.

Un livre à leur image, sensuel, passionné de corps et d'esprit, gorgé de poésie. Un drame comme on peut en trouver au théâtre.

Marion (Source image : Les éditions Cherche-midi. Retrouvez le livre sur leur site : D'innombrables soleils.)

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