La couleur du lait de Nell Leyston (2014)

Publié le par Marion L.

La couleur du lait de Nell Leyston (2014)

     En 1831, Mary, 15 ans, écrit ce qu'elle a vécu en 1830, début 31. Fille de fermier, elle ne savait ni lire ni écrire. Elle travaillait dur avec toute sa famille pour vivre. Nous devinons qu'elle a un pied bot même si la première chose qu'elle dit sur son physique est que ses cheveux ont la couleur du lait.

     En 1830, le révérend propose de l'argent au père pour que l'une de ses filles s'occupent de sa femme malade. Il décide de lui envoyer Mary, prétextant qu'avec son infirmité elle abat moins de travail.

     La malade s'attache à Mary, qui reste, alors qu'elle ne veut qu'une chose : rentrer à la ferme.

Curieuse et l'esprit vif, Mary apprend à lire et à écrire auprès du révérend. Un révérend qui se sent de plus en plus seul...

     Finalement, l'apprentissage de l'écriture lui sert à raconter ce qu'on lui a fait subir, à se confesser en quelque sorte.

     Nous suivons sa vie à la ferme. Elle y travaillait dur mais elle dépeint cette vie comme idyllique, du moins à ses yeux, surtout qu'elle était très attachée à son grand-père qu'elle a dû quitter pour le Presbytère et cette nouvelle vie qu'elle ne voulait pas et qui ne lui a pas réussi.

     Nous y voyons la misère, la brutalité d'une vie et cette vérité, celle d'une fille qui s'éprend d'un jeune homme. Elle cède à ses avances et tombe enceinte. Il ne veut pas le reconnaître, c'est à elle de tout assumer et notamment la honte. Une froide vérité.

     Mary paie, pour un acte que l'on peut comprendre, ce n'était pas gratuit. L'humiliation et l'avilissement "laisse-toi faire, ça fera moins mal" poussent les gens au pire, même un personnage aussi pur que Mary. Elle dit ce qu'elle pense, elle n'est pas hypocrite et n'aime pas les fioritures. Elle est donc sincérité et honnêteté. C'est une fille bien, un brin naïve malgré son esprit vif et son redoutable sens de l'observation.

     Elle n'est pas sauvage mais épargnée - en quelque sorte - de cette société qui dicte ce qui est bien ou mal, touchée par les faux-semblants et le paraître, "l'image". Mary le subit.

     Du coup, pour elle, l'homme est un animal. Mary est un personnage complexe car elle n'est ni méchante, ni simplette. Elle manque d'éducation intellectuelle mais possède un esprit vif. Elle n'est pas sauvage mais ne s’embarrasse pas des conventions dictées par la société.

Elle est comme une page blanche. D'ailleurs, son envie d'apprendre est plus forte que tout. Elle sait ce qui se passe pendant ses leçons, qu'elle ne doit pas aller dans le bureau. Mais son envie est trop forte. Le piège se referme sur elle.

     C'est un personnage qui vit au jour le jour, elle travaille dur pour vivre une journée de plus mais ne se projette pas dans le futur. Elle est témoin de vérité qu'elle ne raconte pas, parce que les dire est futile, n'est pas vital pour sa survie. Peut-être que cela l’aurait aidée, nous ne le saurons pas.

     L'auteur fait bien ressortir son caractère. Elle a appris à lire et à écrire, mais elle n'a pas vraiment eu le temps de s'exercer. C'est donc de l'écriture à l'état pur. Elle écrit comme elle parle, sans typographie dans la forme. Elle ne met pas de majuscule au début des phrases, va à la ligne sans cohérence, n'utilise pas de tiret pour les dialogues... Pourtant la lecture n'en est pas gênée et nous savons quand quelqu'un parle ou non. Il faut juste deviner qui le fait.

De l'écriture à l'état brut, ce qui renforce les caractéristiques d'un personnage et donne un air de sincérité. Comme s'il s'agissait d'un vrai témoignage, sans correction. Un livre difficile dans son thème. A découvrir si vous êtes prêts.

Marion (Source image : Babelio)

Publié dans Historique, Autres

Commenter cet article

M
Je ne l'ai pas encore lu mais il est toujours dans ma liste en attente ! merci pour ton ressenti
Répondre
M
Enfin, j'ai le temps de répondre... (depuis avril...) Mais de rien, bonne lecture quand tu pourras t'y mettre.