Bon genre d'Inès Benaroya (2019) SP

Publié le par Marion L.

Bon genre d'Inès Benaroya (2019) SP

Un grand merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour ce service presse. Si Claude avait été un homme, ce roman n'existerait pas.

     Ce livre questionne le "genre", femme ou homme. Comment il nous conditionne depuis la naissance. De par la société ou l'éducation, impossible d'y échapper. On vous voit comme un homme ou comme une femme et, inconsciemment ou non, on s'attend à ce que vous agissiez comme votre genre le stipule.

     Claude en est victime. On lui demande d'être un homme au travail, sans oublier qu'elle est femme, et femme à la maison pour ne pas "offenser" ou je ne sais quoi l'homme du foyer, son époux.

"C'est inscrit dans ses gênes depuis des siècles. Pas l'ombre d'un doute. Aux hommes les pensées sexuelles, aux femmes l'inquiétude. Aux uns le contrôle du flot discontinu de libido, aux autres les appétits de moineau. Lui n'a pas son sexe dans le cerveau - une chance dont elle doit prendre bonne note - , mais qui se pose la question de sa topographie à elle ? Si par une redistribution malvenue des territoires elle avait à présent sa chatte dans le crâne, qu'adviendrait-il d'elle - d'eux ?" (pages 20-21 sur liseuse.)

     D'ailleurs ce prénom, Claude, ne peut être anodin. Il est mixte, à la fois homme et femme.

     Claude est une femme qui a réussi sa carrière, loupé un premier mariage, compte bien réussir le second (il n'y a pas de raison) et ne sait comment être mère avec sa fille (le genre a encore une fois son importance dans ce rapport.)

     Elle craque, un midi en terrasse. Elle montre délibérément sa culotte à un inconnu. Elle se sent grisée. Elle veut jouir d'une sexualité, comme un homme. Elle s'invente alors un double, Crystal. Elle prend plaisir à donner du plaisir. Elle s'épanouit dans cette expérience au risque de s'oublier.

     Et puis elle tente de reconstruire son identité auprès d'une personne qui veut être à la fois un homme et une femme et ne comprend pas qu'on ne puisse pas avoir le choix. Encore une fois, cette question du genre. Une prison, un carcan. Impossible de ne pas s'empêcher de tout genrer.

     Avis personnel mais l'égalité est possible si nous arrêtions de tout genrer. Faire des remarques déplacées ne devraient pas être un problème parce que cela vient d'un homme pour une femme. Mais un problème d'ordre civique ou humain parce que d'un individu à un autre. Mais je m'éloigne du retour du livre.

Il y a donc un message dans ce livre qui m'a parlé même si je ne me suis pas toujours reconnue dans le livre. Ce que je ne demandais pas après tout.

"Les hommes ont inventé la partition de l'humanité pour justifier leur violence" (page 99 sur liseuse.)

     Le rythme est comme effréné, comme des pensées qui s'enchaînent à toute vitesse. Ce qui donne un résultat un peu étrange (je ne saurai expliquer) mais un rythme très intéressant. Et cela renforce le côté perdu de Claude. Tout va vite. Et semble être impossible pour elle de gérer. Elle subit tout ça. Et elle s'enfonce.

     Elle se venge aussi d'un système et d'une éducation. Nous sentons que ses parents n'ont pas fait de bien, sans cesse à la juger, à la remettre à sa condition de femme. Enfant non désiré. Des parents qui lui disent des choses comme si elle était une adulte extérieure à la famille alors qu'elle le prend comme leur enfant.

Son périple est donc plus compliqué qu'une simple "femme" qui recherche son identité, qui veut autre chose que ce que les autres attendent d'elle. C'est un tout.

     Voilà ce que je peux en dire. Il est complexe et sans doute pourrai-je encore en parler sur plusieurs lignes. Chacun en aura sa propre lecture.

Je l'ai trouvé fort intéressant et assez déroutant. A méditer.

"Les experts en bien-être posent sur nos rêves leurs diagnostics radicaux, prescrivent des molécules révolutionnaires et réinventent l'art de respirer. Sans eux, nous sommes perdus. Personne n'en réchappe, femme, homme, enfant, vieillard, à quel âge est-on heureux ? Le feel-good a eu raison de nos fantasmes" (pages 36-37 sur liseuse.)

Marion (Source image : les éditions Fayard. Retrouvez le livre sur leur site : Bon genre)

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manou 11/02/2019 11:02

Encore un roman dont je n'avais pas entendu parler. Le problème du genre est complexe et nous avons du mal à y échapper à cause bien entendu de la société dans laquelle nous vivons et de l'éducation qui finalement nous enferme...Une belle réflexion en tous les cas. merci pour la découverte

Marion L. 11/02/2019 15:53

Exactement. Même notre langue est genrée donc... difficile de s'en détacher.
La couverture m'a fait hésiter à le demander mais finalement je ne regrette pas du tout cette lecture. Merci pour ton mot.