Les fils conducteurs de Guillaume Poix (2018)

Publié le par Marion L.

Les fils conducteurs de Guillaume Poix (2018)

Vous venez d'ouvrir la dix-septième case du calendrier de l'avent ! Coup de cœur mais attention, pour cœurs accrochés.

     Jacob vient de perdre son père. Il s’installe avec sa mère à Accra, au Ghana. Là-bas il y a l’Agbogbloshie, une décharge de composants technologiques venus de l’Occident. Les hommes et surtout les adolescents y travaillent. Jacob est initié par deux garçons, Moïse et Isaac. A trier, à dépecer, pour ne garder que le meilleur afin de le revendre.


     En parallèle nous avons Thomas, un photographe franco-suisse. Il veut entrer dans l’Agbogbloshie pour prendre des photos et révéler au monde l’horreur de cet endroit et les conditions de vie de ces gens qui y travaillent.


Guillaume Poix parvient sans difficulté à nous entraîner dans son univers. Il a une manière de raconter, une écriture, qui coulent de source. Il écrit vraiment bien.


     Dans un même « chapitre » il peut alterner entre différents personnages, mais il y a toujours un lien. Comme une excellente dissertation il connecte les paragraphes qui évoquent deux personnages différents, voire deux lieux différents – avec des mots clés, des idées communes. Il fait la liaison. Ce qui renforce cette idée que tout coule de source. Très fort.


     Le personnage de Thomas est intéressant. Mais ce qui me fait dire ça vient de la fin. Je ne m’épanche donc pas. Juste que s’il représente l’Occident… il y a d’abord une volonté d’aide qui se fait au détriment des populations locales et qui les mène, à la fin, à leur perte. Puis l’Occident retourne chez lui et on se souvient de la bonne action qu’il a faite. Peut-être vais-je loin et que l’auteur ne cherchait pas cette image. Mais si aucun message, pourquoi cette fin si marquante, si coup de poing ?


Comme moi vous ne pourrez pas ne pas vous attacher aux personnages, à Jacob, Isaac et même Moïse. Ils ont 11 et 13 ans et déjà… je n’en dis pas plus.


     Mais à travers leur histoire, Guillaume Poix dénonce. Dénonce l’exploitation qu’on fait d’eux. On leur donne les déchets qu’on ne peut recycler. Dangereux, les vapeurs toxiques qu’ils dégagent tuent en quelques années. Mais il évoque aussi la prostitution infantile.


     Peut-être le pire – cette situation étant déjà dure – est qu’ils en ont conscience. Ils savent que c’est dangereux et qu’ils vont en mourir. Ils en connaissent les risques mais ils n’ont pas le choix.


     Je devais le lire pour la sélection d’ouvrages, surtout des premiers romans, pour un prix littéraire dans mon ancienne structure (d’ailleurs il a été sélectionné, ayant fait l’unanimité des 5 bibliothèques participantes.)


Il est puissant. Malgré la difficulté/rudesse du sujet, tentez. Un premier roman très réussi.

Marion (Source image : Babelio)

Publié dans Coups de coeur, Autres

Commenter cet article