Passé imparfait de Julian Fellowes (2014)

Publié le par Marion L.

Passé imparfait de Julian Fellowes (2014)

Par le créateur de la série télé "Downton Abbey". Comme dans cette série, les personnages sont confrontés à des changements sociétaux. (article initialement prévu le 3 octobre)

     Nous sommes avec un narrateur - l'auteur le déclare sans nom - qui reçoit une invitation d'un certain Damian Baxter, un ancien ami devenu ennemi qu'il n'avait pas revu depuis quarante ans. Une invitation qui prendra des allures d'enquête et de quête.

     En effet, Damian a reçu une lettre d'une femme lui annonçant qu'il avait un enfant. Atteint d'un cancer et au terme de sa vie, Damian, qui n'a plus personne mais une fortune colossale, veut retrouver cet enfant pour tout lui léguer.

     Le narrateur ne lui pardonne pas une certaine soirée au Portugal, mais accepte parce que Damian est mourant. Cela le pousse à se plonger dans son passé en même temps que dans celui de son ancien ennemi.

Il doit interroger subtilement les mères potentielles de cet enfant pour en découvrir la paternité.

     L'auteur profite de cette enquête passé/présent pour plonger son personnage dans l'année 68, alors qu'il avait 20 ans et que tout ce beau monde se côtoyait encore. C'est notre narrateur qui fait entrer Damian dans le groupe, ce qu'il regrettera.

L'histoire de ce personnage et sa manière de raconter me touchent. Il parle à la partie nostalgique de mon être.

     Pourtant, j'ai eu un mal fou à entrer dans l'histoire. Au début les retours en arrière m'agaçaient malgré leur utilité. Je voulais sans doute une chronologie stable. Et puis ils évoquaient cette fameuse soirée au Portugal, plusieurs fois, sans jamais aller plus loin et la raconter. (Elle le sera à la toute fin mais cette attente force presque le lecteur à être déçu et se dire... quoi ? Tout ça pour ça ?)

     Et puis on s'attache à ce narrateur modeste qui se dénigre en avouant être un jeune homme laid, mais presque neutre malgré tout. Et on s'intéresse à ce qu'il raconte car en vrai il ne fait pas qu'exposer des faits, il leur donne une analyse, une pensée un peu plus profonde, ce que soient les mœurs, la manière de vivre des deux époques qu'il a traversées ou de la société. Des pensées tout à fait intéressantes.

     Que ce personnage n'ait pas de nom rajoute quelque chose. Comme le texte est à la première personne, nous savons tout de lui, de son passé, de son présent, mais pas son nom. Ce qui fait de lui un "observateur". Surtout qu'il ne fait pas de scandale, il fait ce qu'on attend de lui, ne se démarque pas, comme s'il n'existait pas, un simple observateur dans ce monde où les autres personnages sont bien plus mis en avant.

Un narrateur qui se trouve pratiquement au même niveau que le lecteur parce que contrairement à nous il fait tout de même parti de leur milieu, de leur histoire et des personnages.

      Il nous offre également un témoignage que l'on prend au premier degré malgré la forme du roman (oeuvre fictive), du "savoir-vivre" de la haute société, désargentée, qui tente de survivre dans ce nouveau monde en s'accrochant à ses anciennes traditions. Un peu triste de voir ces gens y croire, être aussi paradoxales car ils sentent ce qui va arriver et font plus ou moins les bons choix.

    Damian Baxter était un roturier, sans réel fortune, sans particule. Il a su s'intégrer et se faire accepter en intégrant leurs codes. Mais cela ne fonctionne pas vraiment, on sent le groupe renfermé sur lui-même, qui ne s'ouvre pas impunément. Cet homme parti de rien réussira mieux qu'eux, il réalisera leurs rêves, la gloire et le prestige. Sauf que ça n'apporte pas forcément le bonheur et c'est triste quand on découvre au fil de l'histoire tout ce qui s'est passé pour qu'ils en arrivent là.

     Je me suis perdue dans les personnages, pour ne pas changer. Notamment Serena et Johanna qui devenaient une seule et même personne dans ma tête.

Bref, une histoire qui a pris son temps pour me séduire. Si j'étais du genre à arrêter un livre avant la fin, je l'aurai sans doute arrêté. Mais son narrateur conciliant et agréable a finalement réussi à me convaincre. Nous nous y attachons et souhaitons changer l'histoire pour lui.

Marion (Source image : médiathèque de Neuville)

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