Entre les murs de François Bégaudeau (2006)

Publié le par Marion L.

Entre les murs de François Bégaudeau (2006)

Le thème du mois de septembre : l'école. Cette fois, le témoignage romancé d'un enseignant dans un collège assez difficile.

     Entre les altercations avec les élèves, la tentative de leur enseigner quelque chose alors qu'ils ne sont pas toujours intéressés, les rebuffades. Il faut sans cesse se battre pour affirmer son autorité. Ils se dispersent facilement et ne comprennent pas tout ce qu'on leur dit car ils n'ont pas toutes les cartes.

     C'est un fonctionnement, un cercle vicieux. Les élèves vivent des situations difficiles que le CPE essaie de rappeler lors des jugements des élèves. Ils n'ont pas une vie facile et les enseignants doivent gérer les caractères de chacun et les conséquences de tout cela.

     Beaucoup baissent les bras. Et l'empathie n'est plus de mise. Le malheur des enfants se répercutent sur les professeurs. Des enseignants qui ne peuvent pas faire grand chose si les enfants ne veulent pas essayer, persuadés qu'ils ne veulent pas s'en sortir, que cela leur convient. Un côté frustrant pour eux (prof) car ils (élèves) peuvent s'en sortir, tenter de quitter ce cercle vicieux, de se faire une vie. Il y a de quoi baisser les bras.

     Et le narrateur en est à la limite. Pas d'empathie, pas d'envie de leur faire cours mais il reste enseignant et tente de leur apprendre des choses, prend même le temps d'expliquer. Un rythme éreintant avec cette impression que quoi qu'on fasse cela ne servira à rien.

     On ne croit même plus aux capacités des élèves : exemple avec leur orientation. Un élève veut faire une seconde générale pour ensuite faire des études dans le commerce... Non, il fera autre chose beaucoup moins ambitieux car pas le niveau, ni les capacités de réussir. Il restera sûrement dans sa précarité.

     Il y a aussi le système dans lequel il faut vivre, un système presque hypocrite ou du moins pas adapté à ce collège. On essaie d'amoindrir les faits. Dissipé en classe voire violent doit devenir quelque chose du genre :

  • "Français : avant : niveau catastrophique en orthographe. Maintenant : Jean fait preuve d'une grande créativité et d'une écriture personnalisée.
  • Maths : avant : manque de rigueur à l'écrit, oral inexistant. Maintenant : sens artistique très développé, élève discret qui sait prendre du recul.
  • Biologie : avant : élève instable et dissipé, Jean est incapable de se concentrer en cours. Maintenant : Le professeur regrette de n'avoir pas pu/su capter l'attention de Jean en classe.
  • Arts plastiques : avant : oublis de matériels trop fréquents. Maintenant : Jean refuse d'être victime de la société de consommation".

     Par chance ils sont plus ou moins soutenus par leur principal. Mais il faut diminuer, alléger la réalité, tout est un "euphémisme" (la figure du style, et encore ! On n'en dit pas moins pour un dire plus, on en dit moins pour cacher le plus.)

Un témoignage romancé qui ne laisse pas insensible. Un livre intense dans lequel il vaut mieux, je pense, faire des pauses.

Je vous conseille aussi fortement de regarder le film adapté de ce livre.

Marion (Source image : médiathèque de Neuville).

Entre les murs de François Bégaudeau (2006)

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M
Une fois n'est pas coutume j'ai vu le film mais je n'ai pas lu le livre...A l'époque je venais de passer 11 ans de ma vie pro en ZEP alors ça me parlait ! C'est si vrai...Personne ne peut imaginer l'énergie qu'il faut déployer...
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M
Je trouve qu'il y a une approche un peu différente entre le livre et le film (une approche des élèves.) Ce ne doit pas être facile...