L'incessant bavardage des démons d'Ashok Ferrey (2018)

Publié le par Marion L.

L'incessant bavardage des démons d'Ashok Ferrey (2018)

Premier roman pour une plongée dans les croyances Sri-Lankaises !

     Sonny est décrit comme laid. Si laid que sa mère est persuadée qu'il est mauvais, habité par un démon. Étrange ? Pas tant que ça. Au Sri-Lanka les superstitions demeurent, tout comme la magie noire et la croyance des démons.

     Sonny partira en Angleterre poursuivre ses études. Il y fait la connaissance d'une magnifique italo-américaine. Fier, il souhaite la présenter à sa famille. Mais sa mère a sale caractère et n'aime déjà pas cette "putain blanche" qu'elle ne connaît pas et n'a jamais vue.

     Sans oublier le diable. Il a entendu Sonny expliquer à Luisa qu'au Sri-Lanka il fait bon toute l'année. Avide de chaud, le diable s'y installe afin de pousser les hommes au vice. Il jette son dévolu sur Clarice, la mère de Sonny et Pandu, son chauffeur. Ce qui n'arrange pas les affaires du jeune homme quand il rentre au pays.

Quoi dire ? Intéressant de lire d'autres livres étrangers, sans qu'ils soient anglais ou américains. Et à travers cette histoire, Ashok Ferrey nous dévoile le Sri-Lanka, ses coutumes, son fonctionnement, son attrait et ses dangers.

     Le culte du démon y est fort, ce que je ne savais pas. J'aurais appris des choses.

     Mais je n'ai pas spécialement aimé. L'écriture ? Je ne pense pas. Peut-être n'étais-je pas dans le bon état d'esprit pour découvrir l'histoire de Sita, l'une des "servantes" de Clarice. Elle commet un crime pour faire le bien. Et se retrouve crurellement punie... pour rien.

L'idée était peut-être d'étudier la morale et surtout l'enjeu du Mal. Quelque chose qui revient sans cesse dans le livre.

     Clarice se dit exemplaire et bonne alors que c'est si peu le cas que tous la détestent. Mais elle se sent bonne car elle oublie ses méfaits. Sita est bonne, vraiment bonne. Elle a volé, certes, mais une seule fois et pour une bonne action, sans penser une seule fois à elle. Mais ne dit-on pas que l'Enfer est pavé de bonnes intentions ? Elle est bonne mais culpabilise de ce qu'elle a fait et en paie les conséquences.

     Sonny aussi entre dans cet enjeu de moralité, de faire le mal ou non. Comme il est laid, sa mère le déclare méchant et y croit, comme un petit diable. Mais il n'est pas méchant. Il fait parfois de mauvais choix, jugés comme impardonnables dans certaines cultures mais sait qu'il a mal agi et essaie de réparer. C'est un mec bien un peu maladroit en quelque sorte.

     Luisa change au Sri-Lanka et la colère et la vengeance ne lui font pas toujours prendre les meilleures options, même si pour elle il n'y a rien, pas de conséquences.

D'ailleurs, Clarice soulève un point intéressant. S'il n'y avait pas certaines personnes qui faisaient ce qu'il faut, même les choses jugeables à la place de ceux qui n'osaient pas, le bien pourrait-il exister ? Si le Mal n'était pas là, aucune raison que le bien existe.

     Dans cette idée de bien/mal, de frontière entre eux et de liens, la question de la beauté est aussi présente. Sonny est laid donc méchant. Luisa est tellement belle qu'elle séduit, qu'on lui pardonne tout, et qu'elle deviendrait presque le bien personnifié alors que ce n'est pas vraiment le cas. Elle est même souvent comparée à Clarice, ce qui ne me parait pas anodin.

     Peut-on parler de littérature romantique avec ce texte ? Le haut et le bas, la beauté... les personnages auraient pu être des personnages romantiques. Sita est en bas de l'échelle et bien plus "belle" que Clarice en haut.

Pour conclure : un texte très intéressant et intelligent. Mais l'histoire de Sita m'a sûrement empêchée d'apprécier le récit.

Marion

Citation ? "Les Italiens, trouvais-je, étaient des gens extrêmement beaux, les hommes autant que les femmes, avec leur teint magnifique, leurs yeux brillants et leurs dents éclatantes. Avec une telle beauté, vraiment, ils devaient avoir une réputation immémoriale de bonté d'âme." [...] "Ils avaient l'habitude déconcertante de masser leurs bijoux de famille à intervalles réguliers, comme pour se rassurer sur la vigueur, et la bonne santé de leur virilité". page 71.

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