La chambre de Jacob de Virginia Woolf (2018) SP

Publié le par Marion L.

La chambre de Jacob de Virginia Woolf (2018) SP

Merci aux éditions de l'Archipel pour ce service presse. Ce qui m'a permis de découvrir cette auteure dont j'avais beaucoup entendu parlé.

     Virginia Woolf nous parle d'une période à travers un personnage, celui de Jacob Flanders. Vu par sa mère quand il était petit, sur une plage de Cornouailles avec ses frères. Un petit garçon dans son monde, qui n'en fait qu'à sa tête, intrigué par ce qu'il trouve autour de lui. Puis à travers les yeux des gens qui vont le côtoyer dans sa vie d'adulte. Jusqu'à la guerre et sa chambre restée en état, dernier témoin de l'homme qu'il est devenu.

Une très belle écriture. Impossible de ne pas voir la qualité de sa syntaxe. Mais aussi la poésie, la beauté des mots et de la langue (bravo au traducteur). Un auteur qu'il ne faut pas louper.

     Mais peut-être essayer un autre de ses romans car celui-ci a une construction très particulière. Il demande une grosse concentration de lecture. Un peu fatigué et vous êtes bons pour relire la page.

     Nous suivons Jacob dans sa vie, mais sans que ce soit linéaire. Comme si le narrateur était un fantôme ou le vent. Il passe dans la vie de Jacob, voit de loin ce qui lui arrive, capte les paroles des personnages, s'éloigne pour capter ce qui se passe alentours, et défit l'espace, puisqu'il est avec Jacob et une seconde après plusieurs kilomètres plus loin avec sa mère par exemple.

     Comme Jacob n'est pas bavard, nous en savons finalement peu sur lui, seulement ce que les autres peuvent en dire ou la manière dont ils le voient.

Elle ne cherche pas à nous faire aimer ses personnages, ce "vent narrateur" se contente de survoler et de capter de instants et des paroles.

     Ce qui nous permet de découvrir la société anglaise de ce XIXè ou XXè siècle.

Un tout d'une grande intelligence et d'un travail littéraire incroyable, mais qui peut dérouter un lecteur. Car comme des pensées, certains passages s’enchaînent, changent de lieux sans prévenir, et demeurent parfois incohérents.

     J'ai attendu de me faire un avis avant de lire la préface de Joseph Vebret. Il y replace le contexte de la vie de Virginia Woolf et de son combat contre une maladie mentale, la bipolarité. Ainsi que celui du livre "la chambre de Jacob", un roman innovant pour l'époque (1922), et expérimental pour l'auteure.

     Et pour finir, une petite citation pour vous faire découvrir sa prose : "Il semble que les hommes et les femmes soient également sujet à l'erreur : qu'une opinion de nos semblables, perspicace, impartiale et vraiment justifiée, soit entièrement impossible. Ou nous sommes hommes, ou nous sommes femmes. Nous sommes froids, ou sentimentaux. Nous sommes jeunes, ou nous vieillissons. Dans tous les cas, la vie n'est qu'une procession d'ombres, et Dieu sait pour quelle raison - puisqu'il s'agit d'ombres - nous nous y cramponnons si fort et les voyons disparaître avec une telle angoisse ! Et pourquoi, si cela est vrai et plus que vrai, pourquoi nous arrive-t-il encore d'être surpris, dans l'embrasure d'une fenêtre, par la soudaine révélation que ce jeune homme, dans ce fauteuil, est de toutes les choses de ce monde la plus réelle, la plus consistante, la mieux connue de nous ? - pourquoi, en vérité, puisqu'un instant après, nous ne savons plus rien de lui ? Telle est notre façon de juger. Telles sont les conditions de nos amours." p.100.

Marion (retrouvez le livre sur le site des éditions de l'Archipel : ici)

Publié dans Classique

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M
Oh je l'aime beaucoup mais ce n'est pas toujours facile de la lire ! J'ai découvert Virginia Woolf et sa vie, dans les années 90 et je l'ai beaucoup lu et tu me donnes envie de la relire...cela fait si longtemps à présent et j'ai entendu dire que ces romans étaient réédités avec de nouvelles traductions. Je fais comme toi je lis toujours les préfaces à la fin !!
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M
Je pense que je lirai ses autres oeuvres avec plaisir.