L'échange des princesses de Chantal Thomas (2013)

Publié le par Marion L.

L'échange des princesses de Chantal Thomas (2013)

     Nous sommes sous la régence de Louis-Philippe d'Orléans en attendant la majorité de Louis, futur Louis XV. Pour pacifier l'Europe et améliorer sa condition (importance, place...), Louis-Philippe propose à Philippe V, roi d'Espagne, un échange de jeunes épousées.

     Le roi Philippe V voit là une excellente idée, et de quoi racheter la guerre fratricide qui avait eu lieu quelques années auparavant. Marier sa jeune fille, Anna Maria Victoria au jeune Louis XV, lui semble fabuleux. A tel point qu'il accepte que son fils héritier, le prince des Asturies, épouse Louise-Elisabeth d'Orléans, la fille du régent.

     L'échange se fait donc entre les deux petites filles. La première est âgée de trois ans, et la seconde de 11 ans.

     Le livre débute par l'idée. Puis le transfert tumultueux des deux "princesses", entre les aléas du voyage et le mauvais tempérament de Louise-Elisabeth. Nous les suivons ensuite dans la découverte de leur époux respectif, puis leur vie à ses côtés dans un pays étranger.

     L'Infante, du haut de ses 3 ans, tombe immédiatement sous le charme du futur Louis XV, et se sent prête à devenir reine. Il lui faut encore attendre la majorité pour l'épouser. En attendant, elle prend le risque d'être répudiée. Son innocence et sa spontanéité séduisent les français mais les appréciations de la cour changent plus vite que le temps près de la mer.

     En parallèle, nous avons Louise-Elisabeth, qui joue avec son horrible caractère. Elle s'attire les foudres de ses beaux-parents mais son fiancé, le futur Luis Ier, est fou d'elle malgré tout ce qu'elle lui fait subir. Et ce avant et après le mariage.

     L'histoire tourne surtout autour de l'Infante et de son amour pour le jeune roi. Et comme elle s'est déjà déroulée, la fin n'est pas inconnue. L'échange débute et termine le livre. Au final, Louise-Elisabeth devient veuve, et de ce fait, reine douairière en second ; et la pauvre Anna Maria Victoria est répudiée. Elle épousera finalement le prince du Brésil, le futur roi du Portugal, même si l'histoire se termine avant.

     L'auteure complète ses dires par des extraits de lettres échangées entre l'Infante, Madame de Ventadour, les Majestés d'Espagne, Luis et Louise-Elisabeth. Ainsi que des extraits de la gazette de France, grand journal de l'époque.

     Nous avons presque l'impression de lire un article qui retracerait les faits et gestes de ces personnes de la Haute-société. Puisqu'elle mêle les faits historiques, les preuves réelles de ces événements, et la fiction pour combler les trous et apporter des ressentis et des pensées plus personnelles que l'histoire n'a pas pu garder. Dans un style élégant et plaisant.

     Pendant la durée de cette lecture vous êtes entraînés dans le passé. Sa manière de raconter est très visuelle, où il est facile de s'imaginer les scènes sans besoin de longues descriptions. Cela participe, en plus de l'histoire, du style, du sujet, à rendre ce livre attrayant et agréable à lire.

     Un bel exemple de cette époque où le mariage était affaire de politique et d'alliance. Ce qui frappe le plus, ce n'est pas le mariage forcé, ce sont les enfants, trop jeunes pour procréer, mais mariés. D'ailleurs l'auteur se permet un trait d'humour. Des enfants voient ce couple "roi" d'enfants, comme eux. Ils pensent donc que le pouvoir va enfin être assuré, non pas par des adultes, mais par des enfants. Ce qui rendrait possible une ville nouvelle, une vie de jeux éternels.

Chantal Thomas - que je découvrais - dépeint une époque difficile, tout en médisance, étiquette, où l'on juge sur les apparences, où l'on est glorifié un jour et ennemi le lendemain. Un monde périlleux de jeux politiques, de manipulation, de faux-semblants...

Marion (Source image : Amazon)

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