Trompe l'amour de Cédric Prévost (2004)

Publié le par Marion L.

Trompe l'amour de Cédric Prévost (2004)

Une belle découverte que je veux partager (et avec la couverture, on peut ne pas y croire.)

     Une jeune femme (je ne me souviens pas, mais je pense que jamais on ne connaît son prénom) loupe un énième casting. Pourquoi ? Parce qu'elle ne sait pas pleurer sur commande. Or il lui faut du travail et elle, elle veut être comédienne. Si elle veut manger, renflouer son compte et payer ses factures, elle doit trouver quelque chose. C'est alors qu'elle tombe sur une annonce. On recherche des acteurs pour jouer des rôles auprès de personnes seules. Elles louent leur service pour qu'ils soient leur enfant, frère, soeur, ami, compagnon... Alors elle se lance, parce qu'elle n'a pas le choix et postule.

     Elle doit devenir Eva, la jeune fiancée d'Abel. Il l'engage et elle rencontre un certain succès. Elle ne sait pas pleurer, certes, mais elle donne du réconfort aux gens, et c'est ce qu'ils recherchent vraiment. Elle enchaîne les rôles, oubliant petit à petit qui elle est vraiment.

     Et puis les limites entre le jeu et la réalité s'estompent. Elle joue toujours un rôle, même dans le métro. Elle se dit quelconque, un physique si banal que tout le monde semble la connaître, la confondre avec quelqu'un d'autre. C'est peut-être vrai, mais je trouve que ce n'est pas le cas. Les gens la reconnaissent, se souviennent d'elle, c'est elle qui les oublie comme ce gars qu'on ne connait que par le nom d'un de ses personnages : Julien.

     D'ailleurs, les seuls prénoms cités ne sont pas les vrais. A part peut-être celui de Cyril, et encore, peut-être est-il faux lui aussi.

     Dans le résumé de quatrième de couverture, l'éditeur traduit bien tout cela par "un tourbillon d'improvisation où réalité et jeu se mêlent jusqu'à se confondre, où l'art de la comédie révèle ses mécanismes inconscients, où l'amour du théâtre déploie ses mensonges les plus sincères, et sa plus trompeuse véracité", et c'est le cas, la frontière n'est plus. Car même lorsqu'ils peuvent enfin être sincères, ils sont dans leur rôle.

     Pour aller plus loin, on peut même avancer l'idée que dans la vie de tous les jours, on joue aussi tous plus ou moins un rôle. Il y a une manière de se comporter en société, des règles de comportement ou de "rôle" à respecter. Même les vêtements sont connotés, à croire qu'ils sont les costumes de grand théâtre de plein air qu'est la vie quotidienne.

     Le personnage principal est fascinant. Est-elle un jour sincère ? Ou alors n'est-elle jamais aussi sincère que lorsqu'elle joue ? 

     Vraiment un excellent livre... si l'amour présent ici est si bien joué qu'il en parait réel aux protagonistes, qu'est-ce que cela sous-entend ? La force de la volonté sur le cerveau et le corps ? Si on s'oblige à être ou éprouver quelque chose, le fait-on réellement ? A quel degré cela est-il joué dans la réalité, et s'en rend-on vraiment compte ? C'est aller loin que de soulever ces questions, mais j'avais envie. J'aime quand une fois fermé un livre me fasse réfléchir, et c'est le cas ici. vraiment très bien.

Ce livre est vraiment captivant et nous entraîne avec lui. Bien écrit, on visualise bien les situations et l'ambiguïté de la chose.

Marion (Source image : Babelio)

Publié dans Coups de coeur

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