Le grand marin de Catherine Poulain (2016)

Publié le par Marion L.

Le grand marin de Catherine Poulain (2016)

     Très difficile de ne choisir qu'un seul coup de coeur. Embarquez dans le grand nord auprès de notre héroïne et vivez le temps d'un livre la dure vie de pêcheur.

     Lili quitte clandestinement la France pour rejoindre le bout du monde, l’Alaska. Elle veut y pêcher, y embrasser cette vie rude. Très vite, elle se fait adopter par les habitants qui, pourtant, ne lui font pas de cadeaux. Elle effectue sa première expérience de pêche sur un flibustier avec Ian – le skipper -, Dave et bien d’autres. Et surtout Jude, le Grand Marin. Les yeux jaunes, la crinière sale, il ressemble à un lion et lui fait peur, autant qu’il la fascine.  Menue, elle s’acharne pour faire tout ce qu’on attend d’elle dans ce monde d’hommes. Elle aime cette vie. Elle est un peu « runaway ». Elle ne veut pas d’attache, elle veut être libre et ce mode de vie lui convient. Et ce, même si les hommes lui conseillent d’arrêter, même si elle est le témoin direct des effets de cette vie.

     En effet, à travers ses yeux cela ressemble presque à un rêve, un aboutissement, parce qu’elle veut de cette vie, qu’elle n’a pas peur de mourir, et tout cela l’attire. Mais nous, lecteurs, nous voyons aussi le malheur, ces hommes qui boivent dès qu’ils ont un moment de libre, le contrecoup physique, la misère, les problèmes familiaux, l’absence… Un travail physique et épuisant – à la fois physiquement et moralement – qui ne rapporte pas, ne leur permet pas vraiment de vivre. Et ils le savent. Et pourtant ils le disent tous : c’est une vie ignoble, mais comme une drogue, ils y reviennent toujours, ne se voient plus faire autre chose de peur de s’ennuyer. Même si au final certains craquent.

     Elle a une manière de raconter qui donne vie à son histoire. Les phrases peuvent être longues mais sont entrecoupées, comme saccadées. Ce qui leur donne un rythme de phrases courtes. Elle ne rentre pas dans les détails, n’alourdit pas le récit. Il tangue comme un bateau, file comme une tempête, pas le temps de s’attarder.

     Au début, d’ailleurs, je ne savais plus qui était qui (comme souvent.) Ian était Ian, mais aussi le grand maigre et le skipper. Et jamais vraiment le même selon son rôle.

     Un premier roman encensé par la critique et il y a de quoi. Une belle découverte. J’ai eu beaucoup de mal à m’en détacher. Comme ces hommes à la pêche, on y revient, on s’y accroche et on reste. Se lit d’une traite (quand on peut.) Saisissant malgré un sujet qui nous laisse un goût de tristesse et d’espoir perdu une fois le livre refermé.

Marion (Source image : Electre)

Publié dans Coup de coeur du mois

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