Le bouffon des rois de Francis Perrin (2011)

Publié le par Marion L.

Le bouffon des rois de Francis Perrin (2011)

Lu et article écrit en 2013. L'histoire de Triboulet, célèbre bouffon.

     La trilogie de Franck Ferrand avait ravivé ma soif de connaissance de l’histoire, et de livres pouvant m’aider en ce sens. Les révoltés de Cordoue a comblé mes attentes, mais je tiens à découvrir celui-ci et voir ce que cela donne du point de vue du « bouffon », celui qui n’a pas besoin de suivre les codes de la cour et qui peut appeler François Ier « mon cousin ».

     J’ai connu Triboulet sous la plume de Victor Hugo à travers « le roi s’amuse ». Hâte donc de voir ce que va en faire Francis Perrin que je ne connais pas non plus (sauf de nom) et que je vais découvrir. Seule la quatrième de couverture et son « verve toute rabelaisienne » me laisse songeuse sur le contenu de ce livre. Rien ne vaut de l’ouvrir pour découvrir ce qu’on entend par là.

     Dès le début, l’auteur, par une note, déclare mélanger les faits historiques et la fiction. Il rappelle que Triboulet avait aussi été le bouffon de Louis XII avant d’être celui de François Ier. Et le prologue met dans l’ambiance avec cet Alain Triboulet. Je peux déjà dire que j’adore sa manière de raconter, et l’humour caché derrière ses phrases.

     Je m’attendais à un texte se rapprochant de Franck Ferrand, c’est-à-dire l’histoire reprise sous la forme d’une fiction, mais non, on voit tout depuis le regard de Triboulet, et on assiste bien plus à ses tribulations intérieures qu’à autre chose. Mais les faits historiques sont là, racontés par une marionnette à l’effigie du bouffon des rois, à un homme qui a tout perdu et qui tentait de l’oublier dans l’alcool. Une vraie intervention de Triboulet à travers cette marionnette ou délires d’un homme soûl ?

     On imagine bien ce personnage. Son langage intérieur ressemble à ses paroles dites. Le langage est soutenu (dans un sens) avec l’utilisation, toutefois, de phrases vulgaires. Attention, beaucoup moins que ce qu’on fait aujourd’hui. Les mots utilisés ne le sont quasiment plus de nos jours. Le tout ponctué ici ou là de vieux français, l’ancien « françois ». Et des mots tels que : « difficultueuse », « palingénésie », « attique », « melliflue », « supercoquelicantieux ».

     Plus de la moitié du livre se passe sous le règne de Louis XII. Puis, François Ier. Intéressant de voir deux versions différentes des mêmes faits historiques car une partie de la cour des dames évoquait cela. L’histoire est si difficile à approcher, trop marquée par la subjectivité de l’être humain. Même sans le vouloir, on oriente le texte. Quelle version est la plus fidèle ? Ici, on sent quand même un amour pour ce roi, François Ier, et une certaine forme de respect. Il est décrit comme grand, beau, seigneur, sans défaut ou presque, hormis celui de beaucoup trop aimer les femmes.

     Le texte de l’auteur pourrait à certains moments être une poésie en prose. Certes il est garni de nombreux vers, échus à Triboulet pour la plupart, mais il utilise aussi souvent des rimes dans la prose et un bouleversement dans l’ordre des mots. Est-ce voulu ? Sûrement. Mais cela donne un caractère ancien à son français, avec une syntaxe (ou du moins l’emplacement des mots) qui ressemble au françois. Ceci donne un caractère tout particulier à ce livre.

     Triboulet côtoie Machiavel, Erasme ou encore Rabelais. L’accent est mis sur la culture. Certes il lui faut évoquer les guerres, l’emprisonnement du roi, ses amours, les intrigues de cour et des trois puissances de l’époque avec Charles Quint, François Ier et Henry VIII. Mais il y a aussi la culture, l’art qui est présent à travers ces auteurs ou encore De Vinci. On nous parle d’eux, de leur œuvre et de leur influence. Triboulet fait rire, joue sur son physique, se moque, se fait passer pour fou, mais il n’en est rien. Il est intelligent et apprécie les bonnes choses. Les courtisans le détestent mais Machiavel, Erasme ou Rabelais l’adorent, discutent avec lui…

     Ce livre m’aura fait une journée, il se lit tout seul et j’avoue avoir appris quelques mots de la langue française et ce avec plaisir. Emportée, j’étais prête à continuer de découvrir son univers. Un personnage si peu connu, et s’il a vraiment vécu tout cela, et bien je lui tire mon chapeau. Et je salue au passage l’auteur, Francis Perrin, pour sa strophe entrainante où les mots coulaient sous mes yeux, à croire que tout devrait être écrit comme cela. Comme si cela coulait de source. Un moment de plaisir dans cette lecture où j’ai été comblée, tout comme ma curiosité intellectuelle.

     Découvrir l’histoire de France, la cour et les rois à travers le bouffon de l’époque était un plaisir, autant que celui de le faire à travers les yeux des femmes (Franck Ferrand). Original et bien mené. Par contre il faut savoir apprécier les élucubrations intérieures de ce petit bonhomme. Je me suis prise au jeu et j’en ressors satisfaite. Même les passages en vieux français ont été une source de plaisir. Je le conseille même si ce n’est pas vraiment un livre à placer dans toutes les mains (pour ceux par exemple qui ne recherchent qu’une lecture de loisir, allongés sur la plage, tout cela est propre à chacun.) C’est avec une courbette que je dis au revoir à ce Triboulet, le rideau se referme sur la dernière scène. Il a fait rire, mais lui, qui lui a apporté rire et bonheur ? On remarquait bien plus son infirmité que son esprit, un défaut humain qui ne s’arrêtera pas avec le temps. A vous de vous faire une opinion sur ce livre et personnage que l’on n’a pas l’habitude de croiser. De mon côté je m’envole vers d’autres textes.

    Et pour le plaisir, une petite citation : « On a beau être en guerre, c’est une atteinte à la beauté et à la création de profaner ou de détruire des œuvres d’art qui doivent rester intactes, signatures d’une nécessité d’éternité. »

Marion (Source image : electre)

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