Le feu d'Henri Barbusse (2013, réédition)

Publié le par Marion L.

Le feu d'Henri Barbusse (2013, réédition)

Le témoignage d'un poilu sur la vie dans les tranchées lors de la Première Guerre Mondiale. Saisissant.

     Le feu, c’est la guerre, la Première Guerre Mondiale, celle des tranchées, du front et des poilus. Nous sommes avec un groupe, à vivre leur quotidien : le froid, le chaud, la boue, les poux, la faim… Nous voyons leur vision de la guerre, les gens qui leur font payer plus cher pour s’enrichir sur leur dos, qui les rejettent car ils sont sales de la guerre, les embusqués, leurs proches qui leur manque…

     L’histoire débute dans les tranchées avec ce groupe d’hommes, affalés, qui semblent ne rien faire à part chercher les poux et discuter. Mais l’histoire continue et nous les suivons durant ce long hiver (pour eux). A la fois en première ligne qu’à l’arrière, pendant les jours de beaux temps, que les jours où la météo ne leur facilite rien.

     C’est le témoignage d’un poilu qui dévoile le cœur de la guerre, ces soldats qui servent de chaire à canons.

     Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les pertes et la manière dont elles sont amenées. Il y a des morts que l’on a côtoyés, qui sont proches du narrateur, et pourtant, il ne semble pas y avoir de sentiments. Le cadavre est décrit comme s’il s’agissait d’un inconnu, ce qui n’est pas le cas, nous le connaissions un peu nous aussi. Cela veut-il dire que ces morts ne les touchent pas ? Non, pas du tout, il y a comme un déni au premier abord, ils préféraient ne pas reconnaitre qu’ils connaissaient ce cadavre que la mort défigure souvent. Et il y a toutes ces horreurs qui s’accumulent, le besoin sûrement de se détacher de ça. Et puis aussi une chose horrible, celle que c’est courant ; il y a beaucoup de morts que l’on connait. C’est une vérité inéluctable.

     Le pire, sans doute, c’est qu’avant cette mort, le narrateur raconte la vie, celle de cet homme décédé. Il lui donne une réalité, une vie, une histoire, des espoirs, une famille… (ce livre est basé sur une réalité, mais comme il s’agit d’un roman, on peut l’oublier.) Ils ne sont pas les seules victimes, les dommages collatéraux sont les familles. Il y a par exemple cet homme qui arrive à voir celle qu’il aime sans pouvoir l’approcher. Elle sourit, accompagnée d’allemands, et cela, il ne peut le supporter, persuadé qu’elle l’a déjà oublié. Mais, un peu avant de mourir, il veut revenir pour qu’elle ne l’oublie pas. Il a peur que s’il meurt, elle refera sa vie et l’oubliera. C’est trop pour lui. Alors il est sûr de revenir et de rester quelqu’un pour elle.

     Et la fin… (l’extrait de la quatrième de couverture de cette édition) qui reprend le cri du cœur, celui qui dit qu’il n’y aura plus de guerre après celle-ci, non, aucune. Ils ne veulent plus de guerre après cette horreur. Mais nous le savons, nous, pour la Seconde Guerre Mondiale.

     Un livre, best-seller en 1916, indémodable, car un témoignage sur une partie de l’histoire avec un grand H.

     Un peu de mal à entrer dans l’histoire car il reprend la manière de parler de tous ces soldats, venus d’un peu partout en France, chacun avec leur accent. Et le début est une conversation. Mais dès que l’on passe ça, on entre dans l’histoire et la lecture se fait sans heurts (on s’habitue même à chaque accent.)

A découvrir.

Marion (Source image : electre)

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