Les révoltés de Cordoue d’Ildefenso Falcones (2011)

Publié le par Marion L.

Les révoltés de Cordoue d’Ildefenso Falcones (2011)

[Lu et article écrit en 2013]

     Nous sommes en 1568 pour le début du livre, en Espagne. Les Maures, exploités et humiliés depuis la conquête des chrétiens, décident de prendre les armes et de reconquérir ce qui leur revient : leurs terres et la pratique de leur vraie religion. On suit Hernando, fils d’Aïsha et beau-fils de l’exécrable Brahim. On voit cet homme frapper sa femme pour obliger son beau-fils à obéir. Un moment où mon côté tolérant a disparu, je l’avoue. Il frappait l’enfant et quand ce dernier est devenu assez grand pour se défendre, il menaçait sa mère. Elle lui appartient, elle ne peut rien dire. Brahim a des droits mais sa violence n’est pas bien vue par tous (car beaucoup ne se comportent pas ainsi). Avec tout ce qui se passe en ce moment, il est intéressant de voir les choses de ce point de vue, de voir le combat de ces musulmans. Si les chrétiens avaient accepté leur foi et vécu en paix avec eux, les choses auraient-elles été différentes ? Y-a-t-il de vrais méchants dans cette histoire ? Si les rôles avaient été inversés, chacun aurait-il agi différemment ? Comme dans toutes les guerres, personne n’est tout blanc ni tout noir. Un sujet sans doute sensible. Le livre m’a fait ressentir cela, mais chaque humain pourra y voir des choses différentes.

     Beaucoup de mal à entrer dans l’histoire au début (parce que ma précédente lecture, trône de fer, ne veut pas me lâcher), et puis on s’accroche, car on s’attache à ce jeune maure, surnommé le « nazaréen » par sa communauté. Parce qu’il est le fruit d’un viol d’un prêtre chrétien sur une jeune fille maure. On le suit toute sa vie pendant plus de trente ans. On assiste à tout, et surtout aux malheurs qui le touchent.

     Je n’aime pas particulièrement les livres qui retracent une grande fresque, où le personnage principal vit plusieurs aventures, toujours malheureux, qui devient seigneur, esclave, pirate… (ce n’est pas ce qui lui arrive, c’est un exemple) sans cesse. Là c’est un peu le cas mais à moindre échelle, dans la limite encore du supportable.

     Combien de fois l’ai-je refermé, énervée par le comportement de certains personnages, par tout ce qui arrivait à Hernando. Il n’est ni chrétien, ni musulman, mi-l’un, mi-l’autre, ni l’un ni l’autre pour chaque communauté. Trop maure pour les chrétiens, trop chrétien pour les Maures (physiquement). Et dès qu’il trouve enfin sa place, un événement survient et il redevient un pestiféré. Une vie vraiment malheureuse, ponctuée seulement de quelques années de calme et de joie. Dur d’être aussi impuissant, surtout si l’on considère qu’il ne mérite rien de ce qui lui arrive. Malgré tout l’amour est présent lorsqu’Hernando rencontre Fatima. Mais ça lui semble sans cesse refusé.

     Nous découvrons une autre culture. Deux religions et deux modes de vie se font face : les musulmans contre les chrétiens. Les deux ont leurs faiblesses et leurs qualités. Au début nous pensons que l’auteur se range du côté des Maures, mais ensuite cela devient flou. Nous nous rangeons surtout du côté d’Hernando qui pense que la violence ne pourra rien résoudre. Il préfère l’intelligence et la ruse, même si c’est plus long. Jusqu’au bout il se bat pour sa cause avec le but de rallier les deux religions, de faire en sorte qu’elles vivent en harmonie. Que chacun puisse vivre dans sa foi et ne pas obliger les autres à vivre dans la sienne. Une douce illusion. L’histoire nous a prouvé, nous prouve encore aujourd’hui et nous prouvera sans doute demain, que cela est quasi impossible, il y aura toujours des gens pour ne pas le vouloir et imposer. Et ce malgré les points communs entre les deux, ce que s’efforce de leur faire comprendre Hernando qui veut la paix. Son intelligence le sauvera dans les pires situations, mais incompris, il sera rejeté par ceux qu’il aime, pour lesquels il s’est saigné, et qu’il a aidés. Je ne peux m’empêcher de trouver tout cela tellement injuste. Oui, l’auteur ne préserve pas son personnage, il vit des événements durs mais il survit quand beaucoup auraient baissé les bras.

     Quiconque peut choisir son camp, moi je prends comme lui celui de la tolérance et l’acceptation de l’autre.

     Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ces 900 pages : de grandes thématiques sont soulevées, des éléments importants mais cela en vaut-il la peine ? Je suis sûre que nous n’y verrions pas les mêmes choses selon son éducation et ses propres idéaux.

     Malgré mes accès de colère face à tout ce qui lui arrive, ce livre est bien écrit et prône, à mon sens, la tolérance. Certains devraient se pencher sur le contexte du « ne pas faire aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Que dire de plus sans trop en révéler, ni entrer dans des éléments trop subjectifs…

     Le travail d’Hernando et de ses « complices » pour rallier les deux religions est si finement mené que j’aimerai savoir ce qui relève de la fiction ou non. Une autre manière de découvrir l’histoire. Surtout qu’il utilise de vrais faits historiques et des dates. Intéressant de savoir cela.

     Je ne peux m’empêcher d’y voir l’effet papillon : chaque choix fait a ses répercutions. Si d’autres avaient été fait, les choses auraient pu être différentes. D’autres pourront y voir le destin. On se dit « si seulement il ou elle avait… »

     Incroyable de voir ce que la haine, l’incompréhension, ou simplement la non connaissance de l’autre (ou les préjugés qui en découlent) peut faire, ce que l’homme, à travers tout ceci est capable de faire, la destruction d’un peuple entier, la mort… C’est tellement triste, surtout quand on pense que d’autres voies sont possibles, et que des événements auraient pu ne pas se faire si on apprenait à se connaître. Juste commencer par apprendre à se connaître.

     Hernando ne réussit peut-être pas ce qu’il entreprend, mais la victoire se fait, même à petite échelle. A travers deux êtres, les deux religions se sont ralliées, vivent ensemble, se rassemblent et se côtoient.

     La conclusion à cette histoire serait peut-être que les premières victimes de tout cela seraient les enfants, eux qui n’ont vraiment rien demandé à personne.

    Le personnage d'Hernando m’a vraiment marquée. Un héros pas excellence. Après tout ce qu’il subit, on lui souhaite enfin de connaître le bonheur.

     Avis aux amateurs de fresques littéraires, d’amoureux des destins très mobiles où les événements changent une vie et s’enchainent et se bousculent, à ceux qui apprécient de suivre toutes les mésaventures d’un héros… ce livre est fait pour vous. Ne soyez pas effrayés par sa taille, il mérite qu’on s’y intéresse. Je découvre un nouvel auteur et ne le regrette pas. Ce livre est ambitieux et nous sentons les heures de travail en-dessous.

Marion L. (Source image : electre)

Publié dans Historique

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