La septième fonction du langage de Laurent Binet

Publié le par Marion L.

La septième fonction du langage de Laurent Binet

Nous plongeons au cœur de la linguistique à travers une enquête policière.

     Roland Barthes est victime d’un accident. L’inspecteur Bayard, chargé de l'enquête, suspecte une tentative de meurtre. Il enquête mais le monde de ces intellectuels (Barthes, Sollers, BHL, Sartre, Foucault…) n’est pas le sien et il ne comprend pas tout.  Il fait la connaissance de Simon, un thésard qui appartient à ce monde. Simon connait la sémiologie et Bayard le plonge malgré lui dans son enquête.

     Une enquête qui nous fera découvrir le milieu intellectuel de l’époque, les courants sociologiques, philosophiques, linguistiques (Exemple Searl contre Derrida), l’homosexualité, la sémiologie, les gigolos, les fonctions du langage, une organisation secrète basée sur des joutes verbales. En bref, on ne s’ennuie pas.

     Une lectrice me disait qu’elle n’y avait rien compris, qu’il fallait s’y connaître et être familier de la linguistique. Certes l’auteur utilise des termes qui peuvent dérouter tel que « illocutoire » ou « perlocutoire », ou encore un « discours performatif »…. Laurent Binet nous ouvre les portes du secret de la langue et explique ces différentes notions. Je remercie toutefois mes cours de sémiologie du langage.

     Il existe six fonctions du langage… alors qu’elle est cette septième fonction citée dans le titre ? Et pourquoi tuer un homme pour l’obtenir ?

     Une enquête intellectuelle dans le monde intellectuel, à l’heure de Giscard et la montée de Mitterrand qui espère gagner les élections présidentielles. Un livre qui dévoile les réflexions des grands penseurs d’alors. Mais qui va plus loin car Simon, l’un des personnages principaux, se demande s’il est vraiment dans le monde réel ou dans un roman. Cela me rappelle – peut-être sans raison – mes cours de philosophie sur la perception du réel (du monde autour de nous et même de nous-mêmes.) Est-on réel ? Oui, car nous voyons, sentons, percevons notre monde. Oui, mais nos sens sont-ils fiables ? Peut-on leur faire confiance pour dire qu’une table est une table, qu’elle est rouge et quelle est bien là ? Peut-on leur faire confiance pour vérifier que ce que l’on vit est réel ? Et si le monde que nous percevons ne l’est pas, sommes-nous réels malgré le « je pense donc je suis » de Descartes ?

     Pourquoi cette question de la part de Simon ? Pourquoi croit-il qu’il est le personnage d’un livre ? Certes, il l’est, mais normalement nous distinguons notre monde de celui de l’imaginaire représenté par le roman. Par un accord tacite, le lecteur va croire, le temps de la lecture, à l’histoire, donner vie aux personnages, en sachant que ce n’est pas vrai. Les personnages ne se demandent pas s’ils le sont, c’est un fait dont ils ne doivent pas avoir conscience.

     Est-ce un jeu de la part de l’auteur ? Joue-t-il à ce jeu des fonctions du langage en l’adaptant à la trame du récit ? Un clin d’œil ? Une tentative d’autodérision ? (où le personnage pense être dans un livre car ce qu’il vit est tellement absurde que ce ne peut pas être la réalité).

     Un livre très intéressant, instructif, qui s’amuse, nous étonne parfois et nous séduit.

     Un livre qui peut être recommandé aux étudiants de L1 lettres qui font de la linguistique (pas assez de connaissances dans ce domaine pour vérifier ces dires.)

     Pas forcément un livre tout public.

Marion L. (Source image : electre)

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