Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry (2015)

Publié le par Marion L.

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry (2015)

Après la cote 400 (que vous trouverez ici) voici quand le diable sortit de la salle de bain du même auteur.

     Un livre qui ne suit pas les codes habituels et qui vous étonnera. C’est l’histoire d’une jeune femme, chômeuse, qui peine à survivre, qui doit courir après les allocations pour manger et qui n’ose pas l’avouer à sa famille. Un livre qui dévoile un aspect de notre société, mais sans mélodrame, lourdeur, ce n’est pas un manifeste.

     Cela est dû, je pense, à la brisure des codes évoqués plus haut. Que ce soit sur la typographie qui parfois n’est plus linéaire mais forme des dessins, ou se retrouve éparpillée sur toute la page, qu’à travers la narration, parfois coupée au profit d’une liste de mots, de noms, de verbes, de phrases (des métaphores, par exemple la liste de ce qu’elle n’aime pas chez un homme…) qui prennent plusieurs pages ; des listes qui montrent la richesse de son vocabulaire mais peut dérouter des lecteurs ; que des personnages eux-mêmes qui interviennent, se plaignent de leur condition, réclament des scènes. Des personnages particuliers, notamment Hector, son ami chômeur obsédé sexuel, ou un diable, Lorchus, qui apparait parfois. Et elle se lâche.

     Une manière de raconter si originale qu’il m’a fallu m’accrocher pour entrer dans le livre et le continuer. Et puis son style séduit, on rit, on rit moins à certains moments, on perd le temps (ou pas) de lire ses listes à rallonge. Parfois la typographie, le texte, changent tellement qu’on a l’impression de lire plusieurs livres en un seul.

     Un livre qui étonne. Au début j’étais prête à dire que je n’aimais pas trop, et puis ensuite, la séduction opère et à la fin de ma lecture, je n’ai plus le même avis. C’est un méli-mélo de choses sans être sans sens.

     Etrange mais drôle et touchant. Dans les bonus l’auteure parle de son livre, et qui mieux que l’auteur peut parler de son livre ?

« Ce sera sans doute un roman dialogique, dans la tradition de Jacques le Fataliste. Quelque chose peut-être aussi de Sterne, dans la liberté des digressions. Le récit est interrompu par la mère de la narratrice, qui s’inquiète de sa situation financière, par son meilleur ami, par des lecteurs et des lectrices qui interviennent, commentent le texte, voire protestent contre le sort qui leur est fait. C’est aussi un récit classique, qui fait appel à l’empathie, et se déroule en trois parties faites de chapitres courts. Ce roman raconte une histoire : la recherche d’emploi d’une jeune précaire. Sans prétendre dresser un tableau objectif du chômage, je voulais que ce livre reflète quelque chose de nos misères contemporaines, quelque chose d’à la fois prosaïque et urgent, du ressort de la nécessité économique. Mais sans pour autant faire un documentaire sur la misère, ni un manifeste […] Ce roman, je le veux résolument joyeux, et volontairement « interruptif » […] Le quotidien d’une héroïne qui se débat sans argent, sans emploi, peut facilement être triste, or je ne voulais pas d’un livre plombant. J’ai commencé à écrire ce texte pour m’amuser. […] Les objets se sont mis à parler, le diable à apparaître, les listes à s’allonger dangereusement, la typographie à s’agiter […] Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas le chômage qui est drôle, c’est la littérature qui peut être une fête. »

Marion L. (source image : electre)

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