Dracula de Bram Stocker (1897)

Publié le par Marion L.

Dracula de Bram Stocker (1897)

(lu et article écrit en 2013)

     Une envie de redécouvrir un classique de la littérature de fantasy, de vampire, bien loin du mythe actuel du vampire à l’âme torturée, qui recherche sa rédemption et séduit les frêles jeunes filles, capable d’aimer et qui souffre de son existence. Il devient séduisant, inspire la pitié, on le plaint. Il fait frémir les adolescents, non plus de peur mais de désir. L’ail, le reflet dans le miroir, les symboles religieux… n’ont plus la même importance, parfois jetés dans le domaine du faux (rumeur lancée par les vampires eux-mêmes pour que les armes des hommes ne fonctionnent pas sur eux), parfois remis au goût du jour.     

     Jonathan Harker, solicitor depuis peu, est envoyé en Transylvanie auprès du conte Dracula, un homme étrange qui suscite la peur des locaux. Non moins effrayé par la superstition, Jonathan ne se méfie de rien. Invité dans son château, il traite des affaires du comte qui souhaite acheter une demeure à Londres. Très vite, le jeune homme sent qu’il n’est plus un invité mais un prisonnier et que son heure est proche. Nous suivons ses aventures et ses découvertes de la nature de son hôte dans son journal.     

     A côté, (ou un peu après), nous suivons sa fiancée, Mina, et sa meilleure amie, Lucie, à travers leurs journaux respectifs ou leurs lettres. Ainsi que le docteur Seward qui gère un asile, ami de Lucie et fou amoureux de la jeune femme. Un drame le pousse à appeler son ami et ancien professeur, Van Helsing. Le drame en question rapprochera plusieurs membres d’un petit groupe qui se promettent de mettre fin à la vie de Dracula et des autres « non-morts ». C’est parti pour la chasse à travers l’Angleterre et les Carpates.

     Ce n'est peut-être pas une lecture abordable par tous, puisque la langue y est soutenue, mais à découvrir toutefois pour ceux qui aiment les phrases bien tournées.

     L’histoire ou la réaction des personnages peuvent nous sembler étranges, surfaits, si l’on ne remet pas les choses dans leur contexte. Dracula parait en 1897, et la société d’alors ne correspond plus à la nôtre. Il y avait des codes à respecter et les hommes montraient plus leur sensibilité (eh oui messieurs, nous ne sommes pas dupes). Chaque événement qui sortait de l’ordinaire prenait une tournure très dramatique (je prends ici des choses que l’on voit dans le livre.) Souvenez-vous de l’époque où les femmes s’évanouissaient à la moindre humeur (même si le corset était tout sauf étranger à un tel phénomène.) Il faut donc penser à tout cela avant de lire ce livre.

     En y pensant, nous pouvons le trouver neutre, un peu fade, dans le sens où il n’est pas effrayant (pour le reste, il a trop de qualité pour que ces termes puissent être utilisés à bon escient). Pourtant, à l’époque, cela devait donner des sueurs froides, créer plusieurs insomnies, et terreurs nocturnes. Le genre d’histoire que l’on se racontait au coin du feu pour s’effrayer. Ceci n’est que supposition, attention. Mais j’imagine bien les choses être ainsi (comme la créature de Frankenstein de Mary Sheller)

     C’est dommage que l’on nous habitue à certaines choses, et qu’on ne puisse plus apprécier les choses à leur valeur. Vous saurez apprécier celle-ci, ce livre, si vous gardez tout cela en mémoire.

      [Les hommes ! Ils sont sensibles, n’hésitent pas à pleurer, à montrer physiquement ce que leur cœur leur souffle malgré la sévérité des convenances.. et pourtant quand l’histoire vient, ils font preuve de courage et se montrent en homme, en braves.] Laissez-vous tenter par l’enchantement de Dracula.

 

Petites pensées autour des vampires :

     Avec Dracula nous sommes dans le mythe comme il était alors : une personne avec une pâleur incroyable, de longues dents, des lèvres d’un rouge vif, un regard dur et sévère, une séduction malsaine… pourtant on le craint, on sent chez lui quelque chose qui nous gêne, de la répulsion, comme si notre instinct de survie nous prévenait de quelque chose… Jonathan Harker fait cette terrible expérience une fois seul avec Dracula. Même lorsqu’il croise les trois belles femmes, elles l’attirent mais une partie de lui les repousse. A croire que l’homme bon (ou pieux) est soumis à des tentations extérieures à lui-même, mais que s’il sait rester pur, il saura se défendre. Mais parfois elles sont si fortes qu’il succombe sans en avoir l’air. Et que peut un homme face à de telles créatures ?

     Retrouver le mythe à son état originel, se replonger dans les sources a du bon, fait du bien. Et on comprend mieux l’évolution de cette créature mythologique à travers le temps et la culture, notamment littéraire et cinématographique. Le Dracula, le Nosferatu d’autrefois étaient ensorcelants mais pas séduisants, le mal à l’état pur, avec un physique pas toujours très accueillant. Sa nature profonde ne se cachait pas, elle éclatait.

     Le tryptique légendaire : Carmilla de Sheridan le Fanu, le vampire de Polidori et Dracula de Bram Stocker n’ont rien à envier à la littérature actuelle dans le genre.

     Ensuite Anne Rice qui révolutionne le genre, nous ne sommes plus dans le domaine de Dracula. Les vampires sont plus intelligents, plus dépravés et manipulateurs. Ils n’endorment plus leur victime pour s’en abreuver, ils les séduisent. Ils se cachent moins, savent masquer leur soi réel aux hommes. Ils jouissent d’une liberté. Mais là, ils n’oublient pas leur ancienne condition, ils sont jaloux des hommes, regrettent leur cœur battant. A l’image de Louis ils deviennent mélancoliques, recherchent la présence des autres pour se sentir moins seuls, se rendent compte que l’éternité c’est long, très long. Et puis on voit les choses de leur point de vue, ils ne sont plus seulement une menace inconnue pour nos héros, puisqu’ils sont les héros, et nous apprenons à les connaître. La sensualité arrive, possible grâce à un autre siècle, moins puritain.

     Enfin, le vampire actuel (celui de Stephenie Meyer par exemple), un vampire plus humain que les humains car ses sentiments et ses sensations sont décuplés. Ils se fondent tellement dans la masse qu’ils peuvent se mettre en couple avec des humains et cela ne gêne pas. L’amour entre deux races est possible. Nous sommes loin de la créature noire de Bram Stocker qui ne sort que la nuit et se transforme en chauve-souris, et craint la croix, l’hostie, le pieu en bois… une évolution.

     D'autres auteurs ont tenté de créer d'autres vampires, comme PC. et Kristin Cast (la maison de la nuit) et leur vampire qui le devient à l'adolescence pour ensuite être magique, sans spécialement boire de sang, un mélange entre le vampire et la sorcière; ou Richelle Mead (vampire academy) qui dissocie deux types de vampires, les premiers n'étant vampires que de par leur alimentation et leur problème avec le soleil.

     Et cette légende sera encore exploitée.

Marion L. (Source image : decitre)

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