J'ai embrassé un zombie (et j'ai adoré) d'Adam Selzer (2011)

Publié le par Marion L.

J'ai embrassé un zombie (et j'ai adoré) d'Adam Selzer (2011)

[Lu et article écrit en 2013]

Alley est une lycéenne qui ne rêve que d’une chose : fuir sa petite ville pour une plus grande une fois à la fac. Enfin elle pourra y trouver ce qu’elle appelle un « réservoir de mec sortable ». Parce qu’Alley est membre du cercle des vicieux, le groupe qui gère le journal de l’école et qui ne fait pas de cadeau à personne. Surtout Alley, surnommée la reine des glaces. Elle embrasse, prend quelques heures avec un garçon avant de le jeter et de se moquer de lui sur leur blog. Elle ne s’attache pas et ne veut pas s’attacher. Mais ça c’était avant de rencontrer Doug.

Dans ce livre, les vampires, zombies, fantômes et autres créatures ont fait leur coming-out après une sombre affaire d’esclavage de zombies par une grande marque. L’ère post-humaine est arrivée. Sortir avec un mort devient tendance et le gothique (mode des vampires) fait son grand retour. Sauf qu’Alley n’est pas comme ça. Son monde s’écroule lorsqu’elle apprend que Doug, le beau Doug, celui qui chante magnifiquement bien, qui possède ses goûts musicaux incroyables (elle tient la rubrique musique de leur journal/blog), qui pour la première fois lui fait battre le cœur, qui a réussi à faire fondre cette reine de glaces, est un zombie. Un dilemme qu’elle doit surmonter.

L’humour est décalé, un peu noir, mais tranchant et bien amené. Les personnages sont originaux. Pas des anti-héros mais des marginaux qui critiquent ce que les autres font, les règles et les codes de l’adolescence. Ceci rend leurs faiblesses plus attachantes. On peut se retrouver dans le personnage d’Alley : ne veut pas se conformer aux jeux de l’amour, sortir avec untel juste parce que cela fera bien, que c’est populaire et que de nos jours tout le monde les aime (les post-humains). De plus, cela fait écho à la folie littéraire actuelle (qui se calme un peu) de la bit-lit initiée par les vampires (même si depuis, plus de créatures en font partie) où les jeunes filles les trouvent charmants et souhaitent sortir avec eux. Non, pas elle, elle ne voit pas le caractère romantique de tout cela. Et c’est ce qui la rend si particulière. Pourtant, elle est attendrissante dans ses doutes, ses tentatives de ne pas succomber à ce que tout le monde a compris bien avant elle : l’amour; elle est amoureuse.

Pas une histoire d’amour classique, pas de propos ou comportements que l'on pourrait juger niais comme être prêt à mourir pour l’autre. Non c’est plus réel, on voit une histoire entre deux ados qui cherchent à comprendre ce qui leur arrive, innocents dans leur sentiment. C’est mignon, voilà tout. Maintenant que j’en ai lu la fin j’ai juste envie de me taire et… c’est tout. Ou peut-être seulement lâcher un « wouch ». Cela faisait longtemps (du moins à mes yeux) que je n’avais pas autant ressenti de choses à la lecture d’un livre. Leur histoire est si mignonne malgré tous les obstacles qu’ils doivent surmonter (ou peut-être grâce à ça) que la fin m’a bouleversée, vraiment, mais je ne dirai pas comment (en bien, en mal, tristesse, bonheur, colère…)

Le style de l’auteur et sa manière de raconter sont pour beaucoup dans la qualité de ce livre. Ce côté un peu décalé du personnage qui raconte et vit comme si rien ne pouvait l’atteindre mais découvre qu’en fin de compte si. Que le hasard fait bien les choses parfois ou non, et que notre existence est basée sur des rencontres. Tout cela ne tient qu’à un fil car si un seul élément avait été différent la rencontre ne se serait pas faite. Certains n’y verront qu’une histoire d’amour originale, mais j’y vois tout cela.

Alley est comme une enquêtrice plongée dans son enquête, infiltrée parmi les étudiants, comme si elle devait les analyser et en ressortir avec une enquête sociologique sur l’amour chez les ados (principalement ados) et tout ce qu’ils sont prêts à faire par amour : amour comme moyen de pression ou manipulation ? L’amour rend-il idiot ? Peut-on parler d’idiotie lorsque le mot « amour » est associé à celui d’ados ? La question est là, les adolescentes sont prêtes à mourir pour être convertie et rester pour toujours avec leur amour post-humain. Elle-même expérimente donc cette réalité (même si elle est loin de vouloir mourir pour ça.)

Alley veut se moquer – et ne se gêne pas pour le faire – mais au fond elle comprend ces filles. Cette histoire est touchante de part l’innocence de ses personnages. Ils font des choix et cela leur retombe dessus plus tard. Ils sont punis pour leurs agissements. En plus des rencontres, les choix que tout le monde fait prédétermine la suite des événements. Je ne peux m’empêcher d’y voir un exemple de l’effet papillon. Si Alley n’avait pas rencontré Doug, elle ne serait pas devenue Gonk (il faut lire pour comprendre cette allusion) ; et il n’y aurait pas eu d’histoires aussi.

Ce livre mérite bien d’être dans mes coups de cœur. Le titre m’avait interpellée moi et mon imagination. Mais je m’attendais à autre chose je l’avoue, une autre histoire d’amour entre espèces que l’on voit partout maintenant. Mais non, rien à voir, il m’a surprise et en bien. Bref je le conseille de tout cœur, car drôle, agréable, mignon, touchant… en tout cas il a trouvé ma corde sensible et a su me parler. J’espère qu’il en sera de même pour tous ceux qui essaient de le lire.

Marion L.

(Source image : amazon)

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