Vittorio le vampire d'Anne Rice (2000)

Publié le par Marion L.

Vittorio le vampire d'Anne Rice (2000)

[Lu et article écrit en 2013)

Une nouvelle histoire de vampires, mais attention, pas comme celles que l’on trouve un peu partout aujourd’hui. Un plongeon dans l’histoire et Florence au temps de la Renaissance. Je ne suis pas allée vérifier ses sources, mais la mise en place du contexte est globale. Encore faut-il ne pas être impatient et laisser Vittorio nous raconter les choses. Il nous décrit sa manière de vivre lorsqu’il était mortel au XVè siècle, ainsi que la Florence de son époque et les guerres intestines qui la secouaient alors. Tout cela dans un langage non pas ancien et de cette période, mais soutenu et érudit. Retour à une langue où les phrases possédaient une structure un peu plus complexe, et où les mots utilisés sont aujourd’hui ceux oubliés dans les dictionnaires que nous n’ouvrons pas.

Laissez Vittorio parler des autres vampires qui avant lui ont décidé de révéler leurs aventures à nous autres simples mortels. Le clin d’œil aux autres tomes de cette saga est bien amené. Le livre peut se lire sans en connaitre les autres, puisque cette révélation n’a pas grande importance dans ce livre. Vittorio n’est pas Louis, ni Lestat, il est juste Vittorio. Un vieux vampire qui a connu une autre époque, élevé d’une manière différente, non pas comme un noble romantique, mais comme un guerrier érudit. Il sait monter à cheval dans sa lourde armure, manier l’épée et la plume. Il a l’éduction d’un jeune homme de la haute société de l’époque. Ce qui n’est pas le cas de Louis ou de Lestat. D’où leur différence.

On retrouve ici l’Italie de la Renaissance, la belle Italie, qui inspira le reste de l’Europe, là où les Médicis ont tout pouvoir, là où de grands artistes ont su développer et nous révéler leur art. Ce décor apparaît dans la « voix des anges », livre du même auteur, qui n’a aucun rapport avec les vampires (raconte l’histoire des castrats).

Vittorio nous raconte sa vie de mortel, sa transformation et ce qui en a suivi. Choisi et condamné à la vie éternelle à cause de sa beauté. Il avait seize ans lorsqu’ils sont venus massacrer sa famille. Seize ans lorsqu’il décida de se venger et de tous les exterminer. Même cette douce et belle Ursula, qui, grâce à sa beauté démoniaque, bouleverse ses sens.

Ceux qui connaissent les œuvres d’Anne Rice seront comme moi à s’attendre à des scènes où la sensualité agit sur les corps, où la magie de la séduction du vampire est à l’œuvre. Car c’est ainsi que font les vampires de notre auteur britannique. Comme la plante carnivore qui se nappe de sucre pour attirer ses proies et les manger. Rien n’est plus fatal pour la victime que la séduction. Elle tombe dans le piège, s’empêtre dans la toile sans même s’en rendre compte ou alors bien trop tard.

Dès le début, il nous dévoile sa condition – ainsi que le titre – mais ce moment arrive plus tard. On sait donc qu’il va devenir vampire mais pas quand, ni comment ou par qui. Nous tentons de répondre à la place de l’auteur car la réponse tarde à venir de sa part. Et c’est ce qui est fantastique ici. On le suit mortel. On ne le voit pas comme les autres vampires, sa tentative de vivre avec sa nouvelle nature, sa sensation d’être damné, ses victimes…. Non, ici ce serait plus l’humain qui ne peut rien mais qui résiste. On le voit faire alors que nous savons déjà que ses efforts sont inutiles. C’est une tragédie. Le destin est lancé. Pourtant on veut y croire malgré tout, comme lui. Et c’est là que ce trouve la magie de ce livre. Du moins pour la grande moitié de l’histoire (à l’heure où j’écris ceci je n’en suis qu’à la moitié. Et à l'heure où je publie l'article, deux ans ont passé).

Je disais donc un personnage pas comme les autres, et du début jusqu’à la fin. Beaucoup moins de sensualité ici, elle est remplacée par la piété, l’amour des anges qui font leur apparition, des âmes et de la beauté. Pas la beauté qui trompe, satanique, ensorcelle les sens et le corps, mais la pure, l’intellectuelle, celle que l’on retrouve dans l’art et la ferveur religieuse par exemple. Même ce qui est mauvais comme le vampire, créature des ténèbres, peut être bon, peut lutter contre sa nature dans une moindre mesure et possède une âme.

La religion a une grande part ici (même si certaines images religieuses sont perverties comme celle de l’annonciation, où l’ange Gabriel est venu à Marie pour lui annoncer l’arrivée de Jésus). Ce livre n’est pas seulement une histoire de vampire – même s’ils sont partout : le contexte, l’épreuve à affronter pour Vittorio, celle qui prouvera que son âme est pure ou non – mais surtout une histoire qui a pour thème la Beauté, celle que les romantiques voyaient dans le bas, que les religieux voient dans leur croyance et certains dans leurs icônes. La peinture est là, les anges y sont représentés et c’est elle qui leur donne vie.

Il y a une certaine réflexion dans ce livre et un côté intellectuel qui en font son originalité.

Un vrai moment de plaisir et une redécouverte.

En règle général ce livre est moins sensuel, avec une écriture construite, un vocabulaire recherché (bravo à l’auteur, et à son traducteur). J’ai beaucoup aimé. Je retrouvais un auteur que j’aimais beaucoup et je me souviens pourquoi. Magique, ensorcelant et même transcendant dans un sens (sa manière de parler des tableaux a trouvé en moi un cœur ouvert pour avoir déjà ressenti « le choc esthétique » évoqué par Malraux.)

Un point négatif toutefois : la partie avec les anges, lorsque nous ne savons pas si cela se passe vraiment ou une folie de Vittorio, est un peu… Non pas grotesque, cela n’est pas le bon terme, mais trop gros. C’est ce qui m’a gêné dans l’histoire mais si légèrement que cela ne change rien à mon avis général. Pour ceux qui veulent goûter un autre texte, une autre manière d’aborder les vampires, allez-y !

Marion L.

(Je ne donne plus mes lectures dans un ordre chronologique à cause des trois-quatre ans de retard et des centaines de livres lus qui attendent d'être présentés.)

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