Barry Trotter 1 : la parodie éhontée (2004)

Publié le par Marion L.

Barry Trotter 1 : la parodie éhontée (2004)

Barry Trotter, comme son nom l’indique, est une parodie loufoque d’Harry Potter. L’auteur s’amuse avec ce grand succès de la littérature, mais également avec la langue et les mots. Voici une belle satire des outils commerciaux à succès (à savoir livres ou films), des fans qui se laissent avoir par les possesseurs de ces richesses, et l’encens ement d’une personne qui ne le mérite sans doute pas.

Qu’est-ce que Barry Trotter ? Il s’agit d’un livre qui parle d’un film. Barry Trotter, Lon Muesly et Ermine Cringer tentent d’empêcher la réalisation du film basé sur les romans de J. G. Rollins, sous ordre de Céldèlbore qui ne supporte plus la présence des Glandus dans Coudbar. Les Glandus sont des êtres qui ne peuvent utiliser la magie. Barry Trotter est un jeune homme de 22 ans qui ne veut pas quitter Coudbar où il ne fait absolument rien à part des âneries, des câlins secrets dans la forêt interdite avec les femmes glandus…. Lon, son meilleur ami, a un jour perdu son cerveau lors d’un match de Quichecuite (car il faut cuire une quiche et l’offrir à l’adversaire). Un branleur avait tapé dans un connard qui avait transpercé la tête de Lon avant que le Vit d’or ait pu être attrapé. L’infirmière de l’école, Madame Pommefritte, a remplacé le cerveau manquant du jeune homme par celui d’un chien. Depuis, Lon est profondément idiot mais fidèle. Un grand chapeau cache le trou dans son crâne. Ermine est la seule qui a trouvé du travail en tant qu’enseignante dans une école ridicule. Elle saute sur tous les hommes qu’elle rencontre et aime donner des ordres. Céldèlbore, le célèbre directeur, ne contrôle pas ses pulsions perverses et sexuelles. Madame McGoogle, selon la rumeur, en fait les frais. A cause de cela et de Barry, elle est devenue folle.

Durant leur périple ils croisent Jorge et Ferd Muesly, Charlie (de Charlie et la chocolaterie) et bien d’autres personnes tels que Siroz, le terrible parrain de Barry qui a fait un séjour à Aztalan. Aztalan est la prison des sorciers. On les y oblige à faire des tours de grand huit, manger mexicain et ne boire que de la téquila. Le mélange fait que même les plus forts mollissent. Tout cela est sans compter la présence du terrible Valdemarne qui tente de tuer Barry à l’aide de ses mangeurs de terre.

Nous avons dit qu’il s’agissait d’un livre qui racontait une tentative d’arrêter un film. Or il s’avère par la suite que le livre qui racontait une tentative d’arrêter un film était un film qui racontait l’histoire de la tentative d’arrêter le premier film qui n’était jamais sorti. Vous me suivez toujours ? Car ce n’est pas terminé. A la fin on découvre qu’il s’agissait d’un livre écrit par Barry Trotter qui racontait l’histoire d’un film qui racontait une tentative d’arrêter un film qui n’était jamais sorti. L’auteur s’amuse comme un grand enfant.

Les jeux de mots sont largement présents. Lourds au tout début (selon mon humble avis) ils deviennent intéressants par la suite. Voici mon préféré : les Merkettors. Les Merkettors ont un effet saisissant sur Barry qui s’évanouit et perd des forces quand ils sont près de lui. Cela nous rappelle bien entendu les détraqueurs :

« -Que s’est-il passé ?

-J’ai peur que vous ayez croisé deux membres de notre service marketing, Barry. Je ne savais pas que vous réagiriez si mal à leur présence.

-Je suis une marque déposée, murmura Barry. Ils se sont nourris de mon identité. »

Je ne vais pas révéler toutes les blagues ou les jeux de mots de l’auteur. C’est pourquoi je ne vais parler que de celui-ci qui est – je l’avoue – très bien trouvé.

Le livre, au premier abord et en première lecture, nous semble être une grande farce (d’ailleurs Valdemarne est le seigneur du côté obscur de la Farce) qui se moque des films à succès. Je pense que le discours de Valdemarne lui-même est extrêmement révélateur :

« […] Mais aussi puissant que je sois, j’ai un problème. Certaines personnes arrivent à faire la différence entre ce qui est bien et la merde. Pas beaucoup de monde – et de moins en moins avec le temps –, mais quelques-uns quand même. J’ai donc décidé de m’en prendre à eux avant qu’ils ne me résistent. Il fallait que je gagne leur loyauté dès l’enfance. C’est là que tu es entré en scène […]. Les films Barry Trotter – oui, il y en aura plein – remplaceront les livres. Tu ressembleras à ce à quoi je veux que tu ressembles, et tu diras ce que je veux que tu dises, et tu feras ce que je veux que tu fasses. Tes fans oublieront vite le décent adolescent des romans et ne se souviendront plus que du nigaud édulcoré que je vais créer ! […] Tous les enfants du monde paieront cher pour voir leur héros, Barry Trotter, vaincre ce vieux crâne d’œuf de lord Valdemarne. Ils ignoreront tous que chaque dollar, yar ou roupie qu’ils paieront me rendra encore plus puissant ! Et tous les produits dérivés complètement nazes, et toutes les promos éhontées – tout cet argent me reviendra également. […] Chaque suite sera un peu plus nulle que la précédente […] Il y aura des baguettes Barry Trotter, des robes, des balais, des figurines, des jeux de plateau, des fournitures scolaires, des bonbons, des tee-shirts, des tasses à café, des calendriers, des romans audio, des statuettes, des cartes à collectionner, des BD […], des restaurants à thèmes, des parcs d’attractions, un jeu vidéo – et peut-être même une équipe de hockey sur glace, si j’arrive à trouver suffisamment de Russes. Les enfants auront des autocollants, des pastilles fluo, des shampooings qui te lavent « magiquement » les cheveux, mais qui en fait sont les mêmes merdes que d’hab’ dans d’autres bouteilles. Maman portera les boucles d’oreille Veilletige [la chouette], papa aura son 4x4 Trotter série limité familiale. […] Avec toute la merde que je vais y déverser, leur cervelle va se transformer en gloubi-boulga, tant et si bien qu’ils ne pourront pas imaginer qu’il puisse exister une autre forme de vie. […] L’imagination est la seule magie dont ils disposent – et tu vas m’aider à les en débarrasser une bonne fois pour toutes ! »

Un peu plus tôt dans le roman les fans sont dépeints comme des êtres sans intelligence qui se laissent facilement influencer. Barry Trotter n’est qu’un jeune homme comme les autres mais élevé au rang de héros simplement parce que les puissances financières ont décidé qu’il le serait. Valdemarne en est leur représentation.

Barry Trotter est une parodie qui se laisse lire. Dès que nous nous habituons au style de l’auteur (qui parle comme un éternel adolescent grossier), il est plus simple de se laisser porter par l’histoire et d’apprécier ses sous-entendus.

Marion L (source image : librairie Decitre)

(Lien vers article du tome 2 : ici)

Publié dans Humour

Commenter cet article