Animale de Victor Dixen (2013)

Publié le par Marion

Animale de Victor Dixen (2013)

L’auteur reprend le conte de Boucle d’or et les trois ours et en fabrique une histoire vraie, une histoire d’amour, une histoire de malédiction où les légendes n’en sont pas.

     Nous sommes d’abord avec Blonde, une jeune fille recueillie bébé par des sœurs. Elle sait que jamais elle ne quittera ce couvent. Jusqu’au jour où un homme lui donne des documents en pleine nuit ; des documents qui changeront sa vie et répondront à des questions qu’elle ne se posait pas forcément, révélant ses origines et son funeste héritage.

    Avec elle nous revisitons le conte de Boucle d’or, avec celle qui se fait appeler Blonde pour sa chevelure. Petit à petit des détails révélés au début prennent tout leur sens comme cette langueur qui la saisit en hiver et à travers ses lunettes teintées.

     On voit aussi la cupidité et la jalousie et ce que ces sentiments nous poussent à faire entre une jeune fille rongée par la jalousie, prête à mentir sans prendre en considération les conséquences de ce mensonge ; ou cet homme déjà riche mais dont la cupidité et avant cela la jalousie et l’amour meurtri, est capable de faire pour se venger et préserver des biens que lui seul convoite réellement au fond.

     On y voit le côté sombre de l’être humain, cette méchanceté et les trois ours, à la fois mi-homme, mi-ours, mais ni l’un ni l’autre. Ceux qui tentent de se rattacher à leur humanité pour devenir plus homme que bête mais qui se voient forcés de devenir plus bête qu’homme à cause et par la volonté des hommes. Là où il est question de méchanceté chez l’un et instinct de survie chez l’autre même si le côté humain représenté par la bête falsifie cela et apporte un sentiment bien plus humain qu’animal à la colère. Cela peut paraître compliqué, mais dans cette histoire la barrière entre l’homme et l’animal, l’humanité et la sauvagerie (même si ces mots ont perdu de leur sens premier) est floue, où l’animal n’est pas forcément meilleur que l’homme et vise versa. Qu’il existe en l’homme quelque chose de bestiale (plus qu’animal) mais que l’on prête à l’animal quelque chose d’humain (et dans ce sens là, pas l’homme qui a deux jambes et des pouces opposables, non l’homme qui a des sentiments, de l’empathie, cette description de l’humain. Ce qui doit selon certains nous différencier de l’instinct sauvage, que l’on a pourtant tous, de ce côté animal sauvage.

     Des images avant tout car cela ne veut absolument rien dire quand on y pense et quand on voit les actes. Mais il n’y a pas que la cupidité, la peur destructrice, la jalousie, la domination… dans ce livre, car l’amour et l’entraide sont là aussi. Personne n’est profondément mauvais. Cela ne justifie pas tout, mais l’intention était là, même si on dit que l’Enfer est pavé de bonnes intentions.

     Cela continue avec cette histoire d’amour, plus forte dans un sens que la malédiction même si elle ne suffit pas. Puis cette seconde histoire d’amour qui permettra la fin du livre. Et enfin ces amitiés, ces envies de se repentir, ces gens qui sacrifient quelque chose pour aider, répondre aux questions ou tenter de racheter des erreurs. Des gens parfois qui ont réussi à surmonter leur pré acquis, leur conditionnement pour voir à travers un voile, découvrir la vérité par ailleurs, quand d’autres s’enfoncent dans la peur, la colère, et la destruction.

     C’est aussi l’histoire d’un animal traqué, d’un personnage principal pas si blanc que cela même si ses actions jugées dangereuses par d’autres et mortelles ne sont pas entièrement de son fait. Un personnage au double aspect, ni totalement bonne, ni totalement mauvaise, mais plus bonne que mauvaise malgré tout.

    C’est une manière particulière de s’approprier un conte, une « vieille histoire », une histoire que tout le monde connait plus ou moins. Beaucoup ont tenté de faire de même, d’écrire que ces histoires ont eu une base vraie, qu’elles ne sortent pas de l’imaginaire d’un écrivain, qu’elles sont le témoignage d’une autre époque ou d’un monde qui existe mais qu’on ne voit plus ou pas, qui se cache. Que ces histoires auxquelles on croyait dur comme fer enfant ont vraiment existé.

     A la base on pouvait croire à une catharsis alors que peut-être il s’agissait en réalité de témoignages (une envie enfantine de croire à un autre monde, que l’impossible peut devenir possible, des suppositions qui touchent encore l’enfant caché dans un corps d’adulte, ce qui fait que l’imaginaire est aussi attirant). Tout cela pour dire qu’il n’est pas le premier et ne sera pas le dernier. Mais sa reprise est drôlement bien menée.

     La première partie est sur la vie de Blonde et le « mythe » de Boucle d’or. Et l'autre sur la traque et la fuite. Et la tentative de l’être aimé de trouver la solution, de sauver l’autre être aimé. On assiste donc à une histoire fantastique, une histoire d’amour qui transcende, tout comme la littérature sait si bien faire, et une histoire d’enquête ainsi qu’une sorte de road movie, mais à pied et dans la campagne, et pas sur les routes.

     Une diversité qui ajoute vraiment à l’histoire et tient le lecteur en haleine jusqu’au bout.

     En plus comme le conte ne donnait pas de fin pour Boucle d’or, je comprends qu’il soit tentant d’en imaginer une. Et comme le conte, ce livre ne donne pas réellement une fin au conte de Blonde, mais plutôt une ouverture. Il peut encore se passer beaucoup de choses, mais à nous d’en imaginer la suite (à notre tour).

     Ce qui fait de ce livre un témoignage (si l’on considère que le récit de Boucle d’or est vrai), et en même temps un autre conte qui découle du premier. Même si nous restons terre à terre ce livre est une œuvre de fiction que l’on qualifie de roman. Un roman n’est pas un conte, mais là les deux sont intrinsèquement liés.

En bref, une excellente histoire qui se lit vraiment avec plaisir dans un style et une écriture agréables. Avec, encore une fois, une très bonne idée bien développée et utilisée. A lire.

Marion (Source image : Babelio)

Publié dans Jeunesse - Adolescents

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